‹ Napoleon et sa familleChapitre 52 sur 168 · NAISSANCE RE N A POLËON-CH A R LES · texte numérisé non relu

NAISSANCE RE N A POLËON-CH A R LES

époques, rechercher les indices, remémorer ses sensations ! Il était si bien convaincu que, à la fête de sa femme, la Sainte-Eugénie, le 15 novembre (24 brumaire), il voulut se signaler, c On m'a dit, écrit M™^Gampan à Hortense, que M. Louis avait fêté avec grâce et sensibilité la mère de son cher petit. J'en ai été ravie; elle l'aura été aussi sûrement; son cœur est sensible, il aura été très ému : mais je la connais bien cette maman du cher Napoléon au berceau, l'aurat-elle témoigné? Voilà une question qui sent l'institutrice, j'oserais ajouter la mère bien tendre. Je sais que les âmes simples, tendres et élevées sentent beaucoup et dédaignent la démonstration ; mais ce qui part de qualités estimables devient quelquefois un défaut dans la vie habituelle. Pardon, ma chère Hortense ; ces réflexions partent du fond de mon cœur seulement, car on m'a dit que les larmes perlaient dans vos yeux au moment de la surprise, et j'ai été charmée qu'elles soient venues trahir votre habituelle retenue. »

Ainsi, c'est à Hortense outragée au fond de son cœur dès le premier jour, abandonnée depuis huit mois par son mari, que M""® Canipan reproche de se montrer insensible aux revenez-y d'un tel époux ! En vérité, si son institutrice, « sa mère bien tendre, » la juge ainsi et avec cette clairvoyance, que doit-elle attendre des autres ? Napoléon est plus juste : lorsqu'il règle en l'an XI le traitement de la famille, au lieu d'inscrire Louis pour la somme totale qu'il alloue au ménage, il porte M. Louis Bonaparte pour 60.000 francs et M"" Louis pour une

somme égale ; cela prouve au moins qu'il n'est pas dupe.

Et désormais, n'est-on pas en droit de penser que si, en thermidor, Napoléon a fait ce premier pas légal vers le règlement de la succession, c'est que, dès ce moment, il a formellement arrêté sa pensée sur cet enfant à naître qui, il n'en doute point, sera un garçon. L'état de santé physique et mentale de Louis l'a conduit à écarter l'hypothèse, presque admise par lui Tannée précédente, de le choisir pour son successeur, et, au lieu de puiser dans sa propre génération, — ce qui évoque une idée de mort prématurée, — il ira chercher un héritier dans la génération qui le suit, qui est déjà la postérité et qui, devant lui, recule, presque à rinfini, le terme fatal de ses destinées.

Page 1