‹ Napoleon et sa familleChapitre 54 sur 168 · LA DISGRACE DE FOUCHÉ · texte numérisé non relu

LA DISGRACE DE FOUCHÉ

laisser arracher le renvoi de Fouché. En réalité, ce dessein est arrêté chez lui depuis que Fouché a prononcé son opposition contre le consulat à vie ; mais il lui plaîL peut-être de faire croire à ses frères qu'ils ont pris sur lui assez d'influence pour le décider, et cela parce que leurs haines se trouvent en ce moment d'accord avec ce qu'il juge ses intérêts ; peut-être encore veut-il leur donner une satisfaction apparente pour les mieux jouer ensuite, ou prétend-il rejeter sur eux la responsabilité d'une disgrâce qui ne peut être bien accueillie ni par Joséphine, ni par une partie, et non la moins importante, du personnel gouvernemental ?

Si l'apaisement de la guerre civile dans l'ouest, le Concordat, la rentrée des émigrés, la compression de l'opposition au Tribunat et au Corps législatif, rendent, en apparence, moins nécessaire le rôle du ministre de la Police, beaucoup de bons esprits, sans s'arrêter à la surface, estiment qu'une surveillance exacte est d'autant plus utile et que cette surveillance doit être remise à un ennemi né de ceux qu'on favorise davantage ; mais, en Fouché, Napoléon voit uniquement le faiseur de l'intrigue sénatoriale ; il veut l'avertir par une punition; et comme, en môme temps, il entend ne se point brouiller avec lui, n'est-il pas tout simple qu'il feigne l'avoir sacrifié aux Bonaparte, lesquels voient en lui l'ennemi de Lucien, le protecteur, l'allié, le conseiller de Joséphine?

Sur le coup, celle-ci se croit perdue : Les frères décidément l'emportent sur elle ; dans le public, on

annonce que le Premier Consul va partager le gouvernement entre trois ministres : Talleyrand, Josepii et Lucien, appeler Louis au gouvernement du palais à la place de Duroc, s'en remettre de tout à ses frères. Ceux-ci triomphent et Joséphine est affolée ; mais au premier mot qu'elle en touche à Bonaparte : « C'est une absurdité, lui dit-il. Je ne peux pas empêcher de tels propos, mais je ne suis pas assez fou pour me mettre dans la dépendance de mes ennemis. Je reçois tous les jours des plaintes contre Lucien ; j'en ai encore reçu dernièrement de Madrid. » Rien de plus, et, en allant aux faits, Joséphine peut voir qui a été joué et faire le compte de ce qu'elle gagne ou perd.

Régnier qui est de ses amis, pas au premier degré sans doute, mais trop souple pour lui rien refuser de ce qu'elle désire, paraît sous le litre de grand juge, réunir aux fonctions de ministre de la Justice celles de ministre de la Police, mais de fait, celles-ci vont être confiées à Real, ami de vieille date de Joséphine, en liaison intime avec elle depuis le lointain séjour qu'elle a l'ait à Croissy ; et, si aux Domaines nationaux où elle a tant d'affaires pour ses émigrés, Joséphine perd à échanger Régnier toujours prêt à ses ordres, contre un homme tel que Boulay, probe, convaincu, inaccessible aux sollicitations, elle gagne tout, et, par contre, les frères, sans s'en rendre compte, perdent tout par l'éloignement de Rœderer. Au Conseil d'Etat, Rœderer a mené avec une activité et une habileté extrêmes la campagne en faveur de

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