‹ Napoleon et sa familleChapitre 55 sur 168 · LA DISGRACE DE FOUCHE · texte numérisé non relu

LA DISGRACE DE FOUCHE

l'hérédité. Agent de Joseph et de Lucien, il a prétendu forcer la main au Consul, s'est donné comme son confident, a introduit le principe de la succession dans la première délibération. Directeur générai de rinstruction publique, il a, déclarant la guerre à son ministre, Ghaptal, adressé aux préfets, lors du vote sur le Consulat à vie, des circulaires où il les engageait à provoquer des vœux pour l'hérédité. Or, Chaptal, tout à fait lié avec Joséphine, « cette céleste créature, » comme il dit, garde son portefeuille et Rœderer, qui est en lutte ouverte avec Joséphine depuis nivôse an IX, perd sa direction générale où il est remplacé par Fourcroy, encore un ami d'ancienne date de Joséphine.

Sans doute, Fouché tombe, mais Fouché est trop habile, trop instruit des hommes et des choses, pour que, à la première crise. Napoléon qui sait ce qu'il vaut, ne le sorte point du Sénat, tandis que Rœderer, « un idéologue, un économiste, un faiseur de constitutions, » y restera et ne recevra plus que des missions médiocres. De fait. Napoléon s'est ici servi de ses frères pour se couvrir, et, en leur donnant, par le renvoi de Fouché, une satisfaction platonique, en prenant ainsi devant l'opinion l'apparence d'incliner à droite, il a accentué sa politique de bascule ; il a mis aux emplois d'autant plus d'hommes de gauche que ses mesures générales portent plus à droite ; mais il les a pris moins compromis, moins connus surtout que Fouché, bien plus nets en leurs principes et bien moins suspects en leurs alliances.

Or, et c'est ici une remarque nécessaire, Joséphine qui protège les personnalités d'ancien régime, qui se rattache même à l'ancien régime par ses parentés et par ses relations, est, dans le nouveau, liée d'intérêts et d'amitié avec les hommes de gauche, tandis que Joseph et Lucien, ignorés de la société ancienne qui les tient pour ennemis, sont liés d'intérêts et d'amitié avec les hommes de droite. Au changement de personnel, Joséphine trouve donc en réalité plus d'appui, et ses frères perdent toute action.

Le Premier Consul a certainement envisagé toutes ces conséquences, mais en se plaçant au point de vue de ses intérêts à lai-même, non certes en s'attachant en rien aux désirs de sa femme. Il a dû trouver que, durant ces quatre derniers mois, l'ambition de ses frères est devenue singulièrement gênante, que la collaboration de Lucien a eu d'étranges inconvénients, qu'il est nécessaire pour sa propre sécurité de ne point laisser se former des partis contre lui-même, et, au moment où il va recevoir non seulement l'exercice, mais les attributs du suprême pouvoir, de creuser davantage le fossé, de disjoindre en quelque sorte sa fortune de celle de ses frères et de réduire ceux-ci à une nullité opulente, mais entière.

Cette opulence, Napoléon a maintenant le droit de l'assurer ostensiblement, non seulement à Joseph, mais à sa mère et à tous les siens. Sans doute avant que le Sénatus-consulte du 16 thermidor eût, par l'article LUI, stipulé que « la loi fixait pour la vie de chaque Premier Consul l'état des finances du gouver-

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