FINANCES DU PREMIER CONSUL
nement » ; avant que la loi des finances eût accordé au premier consul Bonaparte un traitement de six millions « pour sa représentation, les frais et entretiens du Palais des Tuileries et de Saint- Gloud et les dépenses des voyages », Napoléon avait trouvé d'autres ressources, mais il eût été difficile de les avouer.
Son traitement légal s'élevait seulement à 500.000 fr. par année, à quoi il faut joindre un crédit pour la dépense des maisons des trois Consuls, fixé à 600.000 francs en l'an YIII et porté à un million en l'an IX; or, si, faute des comptes de Pfister, on ne peut évaluer les recettes accessoires des exercices an YIII et an IX, les recettes, en l'an X, s'étaient élevées à 17.547.067 fr. 68, y compris le traitement de 500.000 francs et le crédit pour dépenses de maisons porté cette année à 2.028.000 francs : c'avait été quinze millions de surplus'; et Bonaparte avait pu ainsi élever en l'an X sa dépense personnelle à 12.827.578 fr. 03^
' Il doit y avoir de plus un compte à litre de président de la république italienne, comprenant, outre le traitement de 500.000 livres de Milan, les ressources accessoires, mais je ne l'ai pas retrouvé jusqu'ici.
* Ces recettes sont fournies par des crédits supplémentaires pour dépenses secrètes eu l'an IX (2.340.000 francs) ; par un crédit pour dépenses secrètes en l'an X (1.500.000 francs), par deux versements de 300.000 francs chacun, faits par les ministères des Relations extérieures el de la Police, par un premier versement de 1.322.661 francs de la ville de Hambourg, à cause de l'aiïaire de Napper-Tandy ; par un premier versement de 2.962.9(52 francs du gouvernement portugais; par des versements montant à 8.355.820 fr. 14 faits par leTrésor public (dont 2.028.000 francs pour les dépenses du gouvernement et 6.092.441 fr. 66 pour les dépenses des bâtiments du gouvernement) ; enfin par divers remboursements pour ordre.
En l'an XI, compris les six millions fixés par la loi de fmance, la recette s'élève à 18.728.002 fr. 55' ; et c'est ainsi que la dépense peut atteindre
16.516.139 fr. 56, mais, lorsqu'on arrive à de tels chiffres, les seize millions dépensés peuvent, aux yeux du public, se justifier par les six millions reçus, tandis que les douze millions de l'an X n'auraient pu même aux yeux les moins prévenus, paraître la somme de dépenses produite par une recette légale de 500.000 francs.
Seul des frères, Lucien ne reçoit point de traitetement sur ce qu'on appelle dès lors la Grande Cassette^ Napoléon estime sans doute que la fortune qu'il lui a fait faire en Espagne doit lui suffire : peut-être a-t-il été blessé que Lucien à son retour d'Espagne ait iugé à propos de constituer à M""® Bonaparte une rente de 24.000 francs, comme si, lui, le Premier Consul la laissait dans le besoin, même avant qu'il lui eût constitué le traitement annuel de 120.000 francs qu'il lui fit en l'an XI. En tout cas, pour Lucien, ni traitement, ni présents. Son nom ne paraît pas une seule fois dans les comptes.
* Sur ce total, 26.250 francs proviennent de la fortune personnelle du Consul (rente sur le Grand livre et actions de la Banque do France) ; 6.000.000 de son traitement; 1.200.000 francs des versements mensuels des Relations extérieures et de la Police ; 3.067.549 fr. 63 d'un second versement de la république de Hambourg ; 4.938.271 fr. 61 d'un second versement de Portugal ; 1.108.095 fr. 28 de versements laits par divers ministères pour dépenses d'ordre ; 2.240.585 fr. 93 sont reportés des excédents de l'an X ; 4.719.489 fr. 65 ont été versés au Trésor de réserve.
LUCIEN- — SGiN HOTEL 173
Aussi bien, Lucien n'en a que faire et il se monte une maison de prince. Le 16 messidor an X (5 juillet 1802), il a acheté, moyennant 300.000 francs, riiôtel qu'il occupait comme locataire depuis le mois de frimaire (décembre 1801) : cet hôtel qui, du prince de Conti, est venu à M. de Brienne et qui, vendu 150.000 francs par M'"'' de Brienne en l'an YI (1797) a, durant le Consulat, passé par trois propriétaires, montant à chaque vente selon la progression qui, en trois années, double la valeur des immeubles. Cet hôtel est d'une décoration à ce point somptueuse et rare,que, à la regarder seulement dans le glacial d'un état de lieux, elle donne l'idée du suprême bon ton à la fin du dernier siècle : c'est, passé l'antichambre, la série des petites pièces et des boudoirs lambrissés, à dessus de portes peints par des maîtres ; le billard décoré dans les boiseries de grandes toiles d'Oudry; la salle à manger, avec les Quatre parties du monde du même Oudry dans les panneaux; une seconde antichambre, puis un selon lambrissé à dessus do portes de Coypel ; le salon doré, aux lambris ornés de pilastres peints en or, brunis en arabesques, à la corniche rompue de médaillons qu'encadrent d'ors légers des feuilles d'eau et des rosaces ; des bas-reliefs en dessus de porte, et quatre grandes ruines d'Hubert Robert encastrées dans la boiserie. Puis, toujours au rez-de-chaussée, chambre à coucher à lambris sculptés et dorés, cabinet tout boisé d'acajou, boudoir à boiserie sculptée et dorée où sont figurés en demi-relief des instruments de musique, et encore des anti-
chambres, des cabinets, des salles de bains, des bureaux, des chambres à coucher, une chapelle oii sur l'autel il y a une Sainte Famille qu'on dit de Raphaël. Etsau premier étage, des bibliothèques, trois salons, sept chambres à coucher, une salle à manger ; et puis un autre pavillon, un autre encore, tout un monde. Le mobilier à demeure, glaces, cheminées et tableaux, est, en dehors du prix principal, évalué et payé 129.637 francs — Et c'est du démodé, du rococo, de la ferraille !
C'était assez bien pour le comte de Brienne et pour le cardinal, ces Brienne réputés pour les plus grands seigneurs et pour les plus fins connaisseurs de leur temps, mais « ce n'était point du dernier style et la décoration manquait de grandiose ». Aussitôt qu'il est en possession, Lucien abat les cloisons que jusque-là il s'était contenté de tendre ; il remanie les appartements en entier ; parquets, boiseries, tapisseries, tout est renouvelé. Après plusieurs mois les travaux sont achevés ; Lucien vient inspecter l'ensemble ; tout lui déplaît et on démolit tout pour reconstruire sur de nouveaux plans : « La dépense passe un million. »
Qu'est ce décor près des trésors qu'il y entasse. Sa galerie, la galerie du citoyen Lucien, c'est une des curiosités de Paris ; grande salle pour l'Ecole italienne, salons pour les peintres modernes, aile spéciale pour les Hollandais. Il a des experts — et l'un est le peintre Guillon-Lethière ; un autre, le restaurateur Roser — qui courent l'Europe pour son compte et