JOSEPH. — NAISSANCE DE CHARLOTTE
Joseph eût primé le fils qu'avait eu Louis. Or, M"^ Joseph était de nouveau enceinte et, suivant le sexe de Tenfant dont elle accoucherait, tout était en suspens. Ce fut une fille qui naquit à Mortefontaine le 9 brumaire an XI (31 octobre 1802) , à onze heures du soir, qui reçut l'unique prénom de Charlotte, et dont l'état civil fût dressé sans nulle cérémonie sur la déclaration de deux petits amis de Joseph : Bouchard et Deslandes. Cela supprimait les difficultés, et n'est-ce pas qu'on le sent dans ce billet écrit le surlendemain par le Premier Consul à son frère : « Faites tous mes compliments à M"^ Joseph. Elle fait de si belles filles que l'on peut se consoler de ce qu'elle ne vous a pas donné un garçon... Je vous prie de croire que rien ne peut altérer mon attachement et mon amitié pour vous, pour votre épouse et pour tout ce qui vous touche. »
Cette naissance, si grave en conséquences, qui apportait à Joseph et à ses amis une telle déception, on la prit à la Corse, dans la famille; tout passa inaperçu du public; le Moniteur n'en parla point et, dans les autres journaux, vers le milieu de la semaine, passa cette note : « M°® Joseph Bonaparte est accouchée d'une fille il y a quelques jours. »
Rien ne fut changé à l'attitude réservée de Joseph, à l'attitude expectante de Napoléon : celui-ci bien déterminé à ne point désigner Joseph, mais à lui assigner une compensation fructueuse et telle qu'il la pût désirer ; celui-là, convaincu de ses droits, décidé à les faire valoir, certain de les faire triompher, d'ail-
leurs nullement pressé d'engager la bataille et résigné à celle oisiveté qu'il prétendait aimer. Durant les premiers mois de Fan XI (vendémiaire-germinal, septembre 1802-avril 4803), Napoléon l'y laisse entièrement, mais il lui abandonne et les aiîaires de la famille, dont Joseph reste pour tous le cher, et les aiîaires de la Corse qui lui en semblent comme l'accessoire et le prolongement. Joseph, donc, avec moins d'éclat et de splendeur, avec des amitiés différentes et dans un autre milieu, mène une vie sensiblement analogue à celle de Lucien, mais plus correcte, plus familiale, plus hautaine. Il lui plaît de se tenir hors des affaires, à la campagne, mais si la famille s'y réunit, c'est lui seul qui la préside.
Comme Lucien, Joseph est un des membres honoraires de la Société galvanique ; comme lui, un des souscripteurs à la Société en faveur des gens de lettres et des artistes ; comme lui, il est de l'Institut, mais il n'a point, comme Lucien , porté ses vues sur l'Académie française, et, au contraire de Lucien, il n'a point voulu être nommé par arrêté du gouvernement : à la première vacance qui s'est produite dans la classe d'histoire et de littérature ancienne (Académie des Inscriptions), par suite de la mortdeDom Poirier, il a posé sa candidature, préparée par le Troisième consul, et il a fait ses visites. Le 25 germinal an XI (15 avril 1803), il a été élu à l'unanimité. N'est-ce point ainsi une leçon qu'il a prétendu donner, l'affirmation de son libéralisme, la critique de la réorganisation de l'Institut?