‹ Napoleon et sa familleChapitre 6 sur 168 · LUCIEN EN ESPAGNE · texte numérisé non relu

LUCIEN EN ESPAGNE

n'était en rien question de son aml)assacle, Alquier a signé à Saint -Ildephonse, un traité par lequel, moyennant l'abandon de la Toscane au prince de Parme, époux d'une infante, la Louisiane a été rétrocédée à la France ; Berthier est venu combiner sur place une action commune en vue du ravitaillement de rÉgypte et d'une expédition contre le Portugal. Il reste, pour Lucien, des signatures à échanger, des profits à recevoir, une action à exercer pour obtenir que les traités ne restent point lettre morte et que les promesses soient exactement tenues. Quant aux négociations, s'il s'en trouve, elles ne devront être menées que sur des instructions formelles venues de Paris et en référant au Premier Consul à toute occasion.

Arrivé à Madrid le 15 frimaire (6 décembre 1800), après un arrêt prolongé à Bordeaux et une tentative de retour, sous prétexte que la peste était en Espagne, Lucien s'établit tout de suite non point en ambassadeur, mais « en gentilhomme de race princière » venu pour régler, de haut et sur un pied d'égalité avec les souverains, les relations entre les deux pays. Il affecte un air dégagé, écrit ses dépêches d'un style d'ironie qui lui paraît grand seigneur ; il prétend éblouir la cour et la ville de son luxe intime ; il a des maîtresses titrées, mais besoigneuses. Sa légation qu'on Ta laissé composer uniquement de ses familiers, de ses courtisans et de ses gens d'affaires — Bacciochi, Félix Desportes, Sapey, Arnault, Thibaut — est comme une maison princière oii l'on aurait mauvais

ton. On s'y dispute ses faveurs, mais le bien de la chose est le moindre des soucis. Dans sa suite, Lucien a mené deux peintres : Le Thière et Sablet ; ce sont eux les plus occupés à chercher des raretés pour le maître. Laquais, équipages, hôtel, réceptions, tout est du dernier goût, avec une nuance de simplicité dans les livrées qui est comme une concession aux idées républicaines et donne une note d'incognito. Ces façons réussissent ou semblent réussir : en tout cas, il en est certain : « Je suis comblé de faveurs, écrit-il, j'ai rompu la barrière de l'étiquette; je suis reçu quand il me plaît et en particulier ; je cause affaires avec le Roi et la Reine ; le prince de la Paix, loin de s'en alarmer, s'en réjouit. » Et l'on signe, ou même l'on resigne avec lui tous les traités qu'il présente : le 9 pluviôse (29 janvier 1801), traité d'alliance pour envahir le Portugal, si le Portugal ne consent point à abandonner l'alliance anglaise ; le 24 pluviôse (13 février), convention au sujet de la direction à donner aux troupes de terre et de mer contre l'Angleterre et ses colonies ; le 30 ventôse (31 mars), traité — déjà passé avec Alquier cinq mois auparavant — pour Parme, la Toscane et la Louisiane : trois traités en deux mois sans compter les mêmes conventions !

Il était d'usage que, à la signature d'un traité, les plénipotentiaires reçussent en présent, des diamants, montés d'ordinaire en tabatière ou disposés autour d'une miniature du souverain. Ces présents, réglés par la réciprocité ^ et dont l'initiative appartenait selon

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