‹ Napoleon et sa familleChapitre 7 sur 168 · LUCIEN EN ESPAGNE · texte numérisé non relu

LUCIEN EN ESPAGNE

les. cas à l'une ou l'autre des puissances signataires, avaient, année moyenne, formé pour la France, de 1777 à 1789, et en y comprenant les présents de congé, une dépense totale de 22G.000 livres. Sous l'ancien régime, un présent diplomatique ne dépassait guère 30.000 livres, et le plus ordinairement se tenait très au-dessous. Sous le Consulat, on s'était fixé aux mêmes chiffres : 30.000 aux envoyés des grandes cours, 18 à 20.000 à ceux des petites. A l'occasion du Concordat, par exemple, Consalvi eut une boîte de 15.000 francs et Spina une de 8.000, Ces traités avec l'Espagne n'étant point « des traités de paix ou d'alliance, » le Premier Consul refusa « de rien donner ». Or, pour ces traités, Lucien, de son propre aveu, eut, delà cour de Madrid, vingt tableaux de maîtres de la Galerie du Retiro, et deux cent mille écus de diamants montés ; et, au témoignage d'un de ses fils, comme présent de congé, le Roi lui envoya son portrait en pied, de grandeur naturelle, placé dans un cadre doré que protégeait un bourrelet de papier de soie. Et, dans le papier de soie, il y avait pour cinq millions de diamants !

Durant ce temps, il est vrai, rien, absolument rien n'avait été fait pour ravitailler l'armée d'Egypte, r»ul effort, nulle tentative même; et l'expédition de Portugal, après de grotesques victoires de Godoy, avait abouti à la comédie de Badajoz. Ce n'avait été que sous la contrainte du Premier Consul que Charles IV avait simulé une guerre contre son gendre, le Prince régent. On avait eu l'air de se battre, du moins on

avait tiré des coups de fusil ; puis, sur l'annonce que les troupes françaises approchaient pour prendre part aux opérations, ce qui pouvait rompre les manœuvres concertées ou les rendre trop sérieuses, le Roi s'était empressé de se rendre avec la Reine à Badajoz oii le prince de la Paix les avait rejoints et où Lucien les avait accompagnés. Tout de suite, et à point nommé, les Portugais s'étaient présentés pour traiter. On en avait donné l'honneur à Lucien qui avait présidé aux négociations et qui, sans nul pouvoir, contre les instructions et les ordres même du Premier Consul, avait, au nom de la France, mis son nom de Bonaparte au bas d'un traité « qui n'avait ni le style, ni la forme diplomatique », dont quantité d'articles étaient « inconcevables » et dont le projet définitif n'avait pas même été présenté au gouvernement français.

Les Portugais, en enlevant la signature (17 prairial, 6 juin), s'étaient flattés que le Premier Consul n'oserait, ni ne pourrait désavouer son frère, et que Lucien, engagé par la reconnaissance à les soutenir, serait assez fort pour les protéger : ils se trompaient. Courrier par courrier. Napoléon refusa sa ratification et d'un ton qui ne laissait point d'espérance.

Ce n'était point pourtant que le Premier Consul sût ou voulût savoir quel rôle avaient joué dans la négociation certains diamants bruts du Brésil, de plus grand prix encore que les diamants espagnols. Il lui plaisait d'attribuer uniquement l'empressement de Lucien à son ignorance des formes et comprenant quelle mortification porterait à son amour-propre le

LUCIEN. — LE TRAITÉ DE BADAJOZ il

nouvel échec que la politique le contraignait de lui infliger, il employa tous les moyens pour la lui rendre moins sensible, pour adoucir un coup dont il ne se dissimulait point la pesanteur et que pourtant il ne pouvait lui éviter. Par Talleyrand et par Berthier, il lui fit écrire pour lui expliquer les raisons politiques et militaires qui le déterminaient; lui-même, dans des lettres très explicites, dictées d'un ton de modération singulier, il prit soin de détailler expressément ses critiques. Même, il essaya de fouetter Lucien par une phrase à laquelle celui-ci ne fût point resté indiiférent en d'autres occasions : « Serait-il possible, lui disait-il, qu'avec votre esprit et votre connaissance du cœur humain-, vous vous laissiez prendre à des cajoleries de cour et que vous n'ayez pas le moyen de faire entendre à l'Espagne ses véritables intérêts? >»

Mais Lucien ne pouvait et surtout ne voulait rien comprendre : son piédestal s'écroulait; il n'était plus le jeune prince régissant en maître la politique de son pays, disposant ses armées et réglant ses alliances, mais un agent imprudent qu'un ministre reprenait et dont le Premier Consul désavouait la signature. Il tombait au néant, et qu'allaient dire les Espagnols et surtout les Portugais? Ces magnifiques présents, reçus dès la signature du traité, était-il logique ou même prudent de les retenir, le traité étant rejeté? II n'y avait qu'un moyen de sortir d'embarras : partir, et partir tout de suite.

Courrier par courrier, Lucien envoie sa démission d'ambassadeur et il le signifie en ces termes à Napo- II. 2

Icon : (( Vous m'indiquez dans votre lettre toutes les fautes que j'ai faites, selon vous, dans ma négociation. Je crois y avoir répondu d'avance. Je ne nie point qu'il me manque beaucoup de choses ; je sais depuis longtemps que je suis trop jeune pour les affaires et je veux me retirer en conséquence pour acquérir ce qui me manque... Je compte partir pour Madrid dans trois jours, et là j'attendrai mon successeur. » (9 messidor, 28 juin.)

Mais, ce successeur, l'on peut tarder à le nommer. Pourquoi l'attendre? « Je resterai à Madrid jusqu'au retour de ce courrier, mais pas davantage, écrit-il, quatre jours plus tard au Consul. Il y va de ma santé que je quitte ce climat, mais, ma santé fiit-elle bonne, je ne connais qu'une puissance capable de me retenir en Espagne, c'est la mort. Je sais que si j'étais assez malheureux pour partir sans lettres de recréance, il faudrait m'attendre à un nouveau torrent de calomnies et de disgrâce, je m'y attends et je persiste. Je m'y attendais aussi en quittant Paris. J'avais calculé qu'on porterait l'effronterie jusqu'à me décbirer dans votre salon, jusqu'à m'accuser de viol, d'assassinat prémédité, d'inceste, etc., et cependant je suis parti... »

Comment revenir sur de telles déclarations et ne point tenir de telles menaces? Qui a fait entendre raison à Lucien ou plutôt quelles affaires le retiennent et de quel genre — affaires de cœur ou affaires d'argent? Ce qui est certain, c'est qu'il ne part point, et il a bien raison : car le Premier Consul, qui, dès le

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refus de ratification, a fait engager à Paris, sous ses yeux, de nouvelles négociations avec le Portugal, réserve à Lucien pour guérir sa vanité, ménager sa considération aux yeux des étrangers et couvrir sa retraite, la signature du traité définitif : « Ce n^est que le traité de Badajoz rectifié avec suppression des articles inadmissibles et adjonction d'articles indispensables. »

Lucien, qui est resté, reçoit donc le 18 thermidor (6 août) le projet officiel, et c'est à lui que l'on paraît s'en rapporter pour le faire aboutir; mais, feignant de ne point voir que son intérêt seul est en jeu et gardant cette attitude d'otTensé dont il croit prendre des avantages, à chaque poste, il ne manque pas de faire valoir que, a dans l'état de son esprit et de sa santé, chaque jour de séjour à Madrid est un grand sacrifice ». Les attaques contre sontraiié l'exaspèrent. « J'ai le plaisir, écrit- il au Premier Consul le 1" fructidor (19 août), de lire, tous les courriers, dans vos journaux, des articles sur la paix du Portugal qui ne seraient pas autrement s'ils étaient dictés par les ennemis les plus acharnés de ma réputation. Au reste rien n'a plus le droit de m'étonner. »

Un mois se passe encore au milieu de ces récriminations, de ces polémiques avec Napoléon et Talleyrand ; ne pouvant obtenir, malgré ces coups d'épingle réitérés, ces injures et même ces menaces, que le Premier Consul lui envoie ses lettres de rappel avant qu'il ait signé le traité, le 29 fructidor (16 septembre), il s'adresse à Joseph : « J'écris à mon frère,

lui (lit-il, qu'en finissant celte adaire, je veux absolument me retirer et que, depuis deux ans, j'ai senti qu'une retraite de quelques mois m'est indispensable... Si nous ne pouvons avoir la paix, je quitterai à regret une affaire non terminée, mais il y a des bornes aux devoirs comme aux droits et ces bornes sont atteintes. Je vous aime, après mes enfants, au-dessus de tout... Mais je crois que tous les liens qui m'attachent à vous ne pourraient pas m'em pêcher d'être à Paris au mois d'octobre. Epargnez-moi cette sottise et rappelez-moi sans désagréments. Je ne mérite pas tous ceux que j'ai eus, mais je braverais comme eux le dernier, celui de quitter l'Espagne sans lettres de recréance. »

Le 7 vendémiaire an X (29 septembre), treize jours après cette lettre à Joseph, Lucien peut enfin, grâce aux efforts de Gouvion Saint-Cyr, qui a fait toute la besoigne, signer ce fameux traité ; mais encore faut-il que la paix soit proclamée à Paris, que les ratifications soient échangées à Madrid, reviennent à Paris et que, de Paris, on ait pu en accuser la réception. La paix est proclamée le 15 vendémiaire (7 octobre) ; mais il faut vingt jours au moins pour l'accusé de réception. C'est le dernier délai qu'a fixé Lucien : « Votre courrier, écrit-il à Talleyrand le 2 brumaire (24 octobre), m'a prouvé que le Premier Consul ne veut pas consentir à mon retour et j'ai perdu l'espoir de recevoir par le retour de mon dernier courrier mes lettres de recréance. J'ai pris mon parti en conséquence et, dans dix jours, je pars...

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L'éclat que va produire un départ sans lettres de recréance retombera sur l'injustice d'un gouvernement que j'ai assez bien servi pour n'avoir pas dCi m'attendre à sa défaveur... Vingt-quatre heures après le retour de Gaspard qui vous a porté les ratifications, je roule vers Paris. Celte nouvelle brouillerie entre mon frère et moi fera plaisir à bien du monde, mais la brouillerie de mon frère est un mal moindre que le dépérissement de ma santé et l'exil de ma patrie et de ma famille. »

Et en effet, le 17 brumaire (9 novembre) — non pas dix, mais quinze jours après cette expédition — il quitte Madrid et de propos si délibéré que, d'avance, il l'a annoncé à Fontanes qui en a fait une nouvelle dans le Mercure du 15. De crainte d'être arrêté en route par un ordre du Consul, il court nuit et jour, sous un nom supposé — son secrétaire passe pour le général Tliiébaut et Ini-mênie pour le secrétaire du général. — Le 23 brumaire (14 novembre), il est à Paris.

Sauf le temps du voyage, c'est bien là le terme qu'il a fixé à ses amis, la veille de son départ, dans le salon de W" Bonaparte.

Encore ses amis ont-ils trouvé le temps long. A peine il était parti de Paris que, par chaque courrier, ils pressaient son retour, insistaient sur la nécessité de sa présence, sur les conseils qu'il pourrait donner pour hâter la marche progressive du Consul vers le rétablissement de la société ancienne. « Revenez au plus tôt en France, lui écrivait Fontanes, le 10 messidor (29 juin). Vos chênes et vos marronniers

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valent m. eux, croyez moi, que les orangers d'Espagne et de Portugal, Finissez vite cette guerre et que la France vous revoie : elle n'eut jamais plus besoin de vous. » Et quelques jours après : « Votre bon démon ne doit-il pas vous ramener bientôt ? J'ai grand besoin de vous et, là-dessus, je ressemble à toute la France. Que de bons conseils, que de vérités courageuses à dire ! Quel appui vous pouvez donner dans le grand jour ! »

Tout le groupe réactionnaire, catholique et surtout monarchiste, qui dès le ministère de l'Intérieur, a accaparé Lucien et auquel Lucien s'est livré, aspirait à son retour, et c'était pour cela peut-être, en dehors de quantité d'autres raisons d'ordres divers, que Napoléon longeait la courroie et n'eût point été fâché que Lucien prolongeât son séjour en Espagne. Mais qu'y eût-il fait de plus et n'avait-il point atteint son but? N'en rapportait-il pas une immense fortune, cinquante millions a-t-on dit !

Et il ne s'en cache point, car laissant à M"® Bacciochi la maison de la rue Verte, dès le 1" frimaire (21 novembre), il loue, pour trois années, moyennant un loyer annuel de 12.000 francs en numéraire, le magnifique hôtel de Brienne, rue Saint-Dominique, n" 200, « consistant en une grande cour ayant son entrée par ladite rue, grand corps de bâtiment entre cour et jardin, basse-cour, écuries et remises, bâtiments en dépendant, grand jardin et autres dépendances ». Brienne après Marbeuf, n'estce point tout dire pour les Bonaparte, et que peut-il

leur arriver par surcroît? Mais le luxe des Briennc, si grand qu'il est, ne suffit point à Lucien, il met dans rhôtel les ouvriers comme si déjà il était propriétaire, et, en même temps, au Plessis, il se prépare à tout reconstruire, achète tous les entours, bouleverse le château, les jardins, les communs, jette l'argent à belles mains pour que, dès le printemps, il puisse s'y installer avec sa cour.

Cette cour, Elisa devra nécessairement la tenir, car l'absence de Lucien, loin de rompre les liens qui étaient entre eux, semble les avoir renforcés. Nul comme elle n'a souffert de son départ et c'est pour elle qu'a été la vraie disgrâce. Du même coup perdre un frère tel que Lucien et un mari tel que Bacciochi, c'était trop î Heureusement, Fontanes lui était resté. Elle trouvait à sa société des agréments de tous genres, où la pohtique, le pédantisme et la littérature entraient pour quelque chose. Quant à Fontanes, il en avait tiré tout ce qu'il était, il en devait tirer tout ce qu'il serait et cela valait bien un peu de complaisance. Elisa n'était point belle, « d'une taille ordinaire, mince, maigre, point de gorge, les bras menus, la jambe et le pied jolis; une figure bien faite, profil antique ; des cheveux noirs, des yeux noirs, la peau assez blanche, la bouche assez grande, de belles dents », voilà le physique. Nul charme de femme, mais, a dans la physionomie, une extrême mobilité : dans la même seconde, elle crie, elle pleure et elle rit et console ceux qui l'entourent ». Gela seul peut

sauver le masculin des traits et le laid des yeux à fleur de tète. Cela excuse l'amant, mais ne justifie pas Tamour.

Après le départ de Lucien pour l'Espaçne, Elisa a mené, rue Verte, une vie fort retirée des Tuileries et à peine traversée par quelques séjours à Mortefonlaine et au Plessis, surtout au moment des vacances de Lolotte. On ne la voit point à Malmaison, mais, au moins, Fontanes lui tient fidèle compagnie : « Je vis très retiré, écrit Fontanes à Lucien ; je ne sors que pour aller m'entretenir de vous avec celle qui vous aime le plus. N'allez pas croire que c'est une des mille Arianes que fait votre absence. C'est mieux que cela : c'est une àme et un esprit comme le vôtre. Mes livras, la rue Verte et Madrid voilà où sont toutes mes pensées. M'"^ Bacciochi peut vous dire si je vous suis tendrement attaché. Elle a la bonté de me recevoir quelquefois. Elle aime à m'entendre parler de son frère. »

Elisa poussait même ses bontés pour Fontanes au point d'accepter de tenir avec Lucien l'enfant « qu'il s'était avisé de faire » à sa femme. Il est vrai que Fontanes avait une si galante façon de solliciter ! « Si j'ai un fils, écrivait-il à Lucien, il aura votre génie ; si c'est une fille, elle aura les grâces de votre sœur. » Ce fut une fille et qui mourut tôt. Il en eut une autre et qui fut encore nommée Christine par Lucien et Elisa. (On sait que c'était de ce nom, qu'il avait donné à sa seconde fille, que Lucien appelait d'ordinaire sa femme, Catherine Boyer.)

A l'été, Elisa fort souffrante partit pour les eaux ; au passage à Paris, elle avait aperçu son mari, envoyé par Lucien de Madrid avec « le magnifique traité ». Son voyage fut si rapide que Bacciochi, retournant en Espagne et courant la même route que sa femme, ne put la rejoindre. Il s'en plaignait. — S'en plaignait-elle? Elle vint à Barcges d'abord : le déplacement l'avait soulagée, mais les eaux lui firent grand mal. De là, à Garcassonne, pour consulter Bartliez, fort en réputation dans le monde médical, et ayant, à ses yeux, ce prestige d'avoir soigné Charles Bonaparte dans sa dernière maladie : comme elle souffrait de l'estomac, elle pensait au cancer héréditaire.

M. de Barante était alors préfet de l'Aude, mais, se trouvant lui-même indisposé, il chargea son fils de faire à la sœur du Premier Consul les honneurs de la ville. Elisa accepta d'autant meilleure grâce que voyageant sans aucune suite, elle était descendue dans une mauvaise auberge où, pour échapper aux punaises, elle couchait à terre sur un matelas. Déjà, à Barèges, elle s'était fort ennuyée, n'ayant rencontré personne de sa connaissance, et c'était presque une bonne fortune de tomber à Garcassonne sur un jeune homme d'agréable mine, qui fût au courant des nouvelles, de son monde, des pièces qu'on jouait et des livres à lire. En ces conditions, un tête à tête de deux jours ne parut point lui déplaire.

Barthez lui avait donné une consultation copieuse ; mais, Montpellier étant presque sur la route, elle alla demander avis à la Faculté et à Fouquet en particu-

lier. Mais comment se reconnaître parmi tant d'ordonnances ? La pauvre chère dame, comme on l'appelait dans la société da Plessis, ne s'en trouva pas soulagée et revint fort malade à Paris où elle crut enfin découvrir le remède qui lui convenait : « du lait de chèvre, seul, sans pain, sans eau, et six tasses seulement par jour ».

Mais comme le reste, le lait de chèvre s'usa : et rien n'y put, ni son monde habituel, ni le trantran repris des voyages au Plessis, ni même le retour si désiré de Lucien. « Elle ne m'a pas encore paru si malade, écrit un de ses intimes. Elle a quelquefois été aussi souffrante, jamais aussi abattue, son œil est devenu fixe et sa physionomie, jusqu'à présent si mobile, n'éprouve plus qu'une longue habitude de douleur. Elle sortait autrefois de crise par un sourire, par un mot gai qui consolait tout le monde ; elle n'en sort aujourd'hui que pour plaindre ceux qui la voient de l'ennui qu'elle croit leur causer. On sent à ses discours, à ses regards, qu'elle n'a plus de confiance dans sa jeunesse, dans sa force, dans son courage. Elle n'a plus l'aimable prétention d'être au ton de tout le monde ; elle s'occupe du soin plus louchant encore de ne gêner celui de personne... Elle disait hier dans le salon : « Je m'en vais, j'empêche tout le monde de s'amuser, j'attriste tout le monde. »

Et pourtant, toute moribonde qu'elle est, la pauvre chère dame ne sait rien refuser aux incessantes demandes de Fontanes qui se hâte de profiter qu'elle

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