‹ Napoleon et sa familleChapitre 61 sur 168 · JOSEPH. — SES COLÈRES · texte numérisé non relu

JOSEPH. — SES COLÈRES

Cela paraît solide : mais voici des témoins désintéressés qui racontent qu'au commencement d'avril, Joseph est allé bouder à la campagne, « qu'il était brouillé avec le Consul » ; que d'ailleurs il n'en avait point d'inquiétude, car il disait à son interlocuteur : « Le Premier Consul et moi nous ne pouvons à jamais être séparés et ce sera moi qui vous remettrai dans ses bonnes grâces. » Yoici Lucien qui confesse : « que la rancune de Napoléon contre Joseph ne dura guère. A quelques Jours de là, ils se raccommodèrent et cette indulgence, sans même que Joseph songeât à lui présenter les excuses qu'il lui devait. d'une voie de fait très grave, si on considère la dignité suprême du Consul, fut, sans contredit, de la magnanimité ».

Le fait peut donc passer pour acquis, et l'on a des raisons de penser qu'il n'est point unique. Joseph se montre à des moments d'autant plus violent et passionné qu'il est d'ordinaire plus renfermé. Sa colère alors ne connaît point de frein; elle passe des paroles aux actes avec la même intempérance. Or, non seulement Napoléon pardonne alors les unes et les autres, mais il semble qu'il n'en garde même point souvenir — comme si des temps de sa prime jeunesse, il en avait conservé l'habitude, et si ces fureurs de Joseph lui paraissaient quelque chose d'enfantin, à quoi il ne fallait attacher nulle importance, comme font entre eux deux camarades qui se battent, s'embrassent ensuite — ou même n'y pensent plus.

Quoi qu'il en soit, le 28 geruiinal (18 avril) Joseph reçoit des instructions pour régler les questions en

litige avec l'ambassadeur d'Angleterre Lord Wliitworth, qui ne veut plus traiter avec Talleyrand « avec lequel, il faut toujours avoir l'argent à la main ». Il reporte les propositions à Saint-Gloud et suit la négociation jusqu'au 21 floréal (11 mai) oij avec les Consuls, les ministres de la Guerre, de la Marine et des Relations extérieures, il assiste au conseil privé où est débattue la reprise des hostilités. Le lendemain, il tente encore diverses démarches pour conjurer la guerre, et, le 24 (14 mai), il est l'un des sénateurs députés par le Sénat pour remercier le Premier Consul de sa communication au sujet de la rupture de la paix avec l'Angleterre.

Un mois plus tard (4 messidor, 22 juin) l'harmonie est si bien établie entre les deux frères que Napoléon, partant pour visiter les départements du Nord, décide de s'arrêter un jour à Mortefontaine où la famille entière se trouve réunie : mais là se produit une nouvelle scène qui paraît choquer le Premier Consul plus que les injures et les violences qui lui ont été adressées à huis clos, et qui marque encore une étape dans la lutte engagée entre Joséphine et ses beaux-frères.

D'abord, au dîner, il y a deux tables, et Napoléon refuse d'admettre à la sienne les dames qui ont accompagné à Mortefontaine sa mère et sa sœur, M""* Bacciochi ; il ne veut y recevoir que les dames nommées en titre d'office près de l'épouse du Premier Consul. Cela déjà met un froid entre les assistants, mais ce n'est rien, et voici le grave : « A

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