FESCH A ROME
à lui-même, cet homme d'une intelligence bornée, d'une vanité sans limite, d'une jalousie pleine d'inquiétudes, d'une crédulité désespérante, d'une ignorance entière en tout ce qui pouvait être diplomatie, traditions romaines, doctrine gallicane, et d'une nouveauté ridicule en tout ce qui touchait le monde, les rangs, les usages et les mœurs? Il était une proie assurée pour les maîtres en intrigue contre lesquels on allait le faire jouter ; il compromettrait sans remède la politique religieuse de la France; il préparerait, pour un avenir prochain, des difficultés sans nombre dont les conséquences seraient incalculables.
Nommé, Fesch avait voulu, aux Relations extérieures, lire les cartons de Rome : « Ne lisez rien, lui avait dit le Premier Consul, partez et ayez du tact. » C'était ce dont il avait le moins , et oii en eût-il pris? Unissant en lui les défauts extrêmes des deux races dont il procédait, doublant de l'entêtement et de la lourdeur bâloises l'esprit vaniteux et vindicatif d'un Corse, avide comme un banquier suisse , parcimonieux comme un pâtre de Bocognano, aussi plein de confiance en son génie que de suspicion contre quiconque n'était point de son état et de sa robe, il avait en outre le malheur de ne s'être frotté qu'à très peu d'hommes et de ne vouloir choisir ses auxiliaires que dans le milieu singulièrement restreint oii il avait fréquenté : c'était au séminaire d'Aix qu'il avait vu le plus de gens qui ne fussent ni fournisseurs d'armées, ni brocanteurs de tableaux : ce fut donc d'anciens séminaristes d'Aix qu'il composa son personnel.