II. d
Enfin, et pour achever ses disgrâces, le Premier Consul, sur les instances d'Elisa, porte-parole de Fontanes , lui donna , lui imposa pour secrétaire de son ambassade M. de Chateaubriand. Et celui-ci , tout naturellement fier de son nom, de ses succès littéraires , de l'auréole de gloire qui le parait déjà, vaniteux à la façon des gens de lettres, orgueilleux comme peut l'être un gentilhomme breton de la plus illustre lignée, dédaigneux doublement à l'égard de Fesch et à cause de sa naissance et à cause de son esprit, aussi peu instruit que lui des usages et de la discipline diplomatiques , incapable d'ailleurs de se subordonner en rien et de reconnaître une supériorité quelle qu'elle fût, était bien l'homme le mieux fait pour se mettre en querelles dès le début avec le cardinal, le bafouer devant l'Europe et le rendre la risée des Romains.
L'on s'explique pourtant que Napoléon eût voulu parer de l'auteur du Génie du Chris tiaiiisme la première ambassade qu'il envoyait près du Pape; l'on s'expliquerait moins qu'il eût nommé ambassadeur le cardinal de Lyon, dont jadis il appréciait si exactement les mérites et l'intelligence, si l'on ne devait penser que, d'abord, il avait prétendu suivre ce qu'il croyait une tradition française, entretenir à Rome un cardinal ministre, comme avaient fait Louis XV et Louis XVI : or, de cardinal pouvant supporter le voyage de Rome, il n'avait que Fesch, puisqu'il n'avait pas osé présenter Bernier; la mission de Rome lui paraissait surtout de représentation; il entendait
LES DEAUHARNAIS 211
garder les fils de toutes les négociations qui y seraient engagées et n'avoir près du Saint-Siège qu'un agent de transmission. Enfin et surtout, il se faisait à présent sur son oncle les mêmes illusions que sur ses frères. Il suffisait que Fesch eût de son sang pour qu'il fût propre à tout : archevêque, cardinal, ambassadeur, et qu'il réussît partout, à Lyon comme à Rome.
Fesch , après avoir fait régler son traitement à d 50.000 francs par année, obtenu des frais de voyage et d'établissement doubles de ceux qu'on payait d'ordinaire, se mit donc en route sans autres instructions. Il s'arrêta quinze jours à Lyon, où il fit l'archevêque, il s'arrêta plusieurs jours à Milan où il baptisa le jeune Murât et il arriva enfin à Rome le 13 messidor (2 juillet). Lorsqu'on lui apprit, des Relations extérieures, que le traitement des agents ne courait que de la date de la prise de possession de leur poste, ce furent de tels cris, de telles réclamations, de si grandes doléances que le Premier Consul lui fit donner les 18.750 francs de différence...
En même temps que Fesch, quelques Beauharnais et Tascher apparaissent officiellement dans la famille du Consul, assimilés aux Bonaparte par le traitement et compris, dans les comptes, sous la même rubrique. Pour certains, ce ne sont que des pensions alimentaires et, certes, bien dues : ainsi, une pension de 18.000 francs est attribuée à M"'^ Renaudin, née Tascher, celte tante de Joséphine, qui l'a fait
venir à Paris, qui l'a mariée à Alexandre de Beauharnais, qui l'a, à ce moment, déclarée pour son héritière. M""® Renaudin, depuis un temps infini, maîtresse du vieux Beauharnais, a fini par l'épouser à Fontainebleau , le 30 prairial an IV , juste au moment où sa nièce sortait de misère par son mariage avec Napoléon; mais il s'en est fallu que M""® Bonaparte rendît à sa tante les soins qu'elle avait reçus d'elle et, dès floréal an VII, les rapports étaient si tendus que, à propos d'engagements pris par Joséphine et non tenus par elle. M"*® de Beauharnais avait recours aux gens de loi et écrivait : « Ma foi! rougira qui voudra, mais ce ne sera ni son beau-père ni moi. » Obligée de vendre, le 16 fructidor an YII, sa maison de la rue de France, à Fontainebleau , elle s'était transportée à Saint-Germain où, quelques mois, elle put s'intéresser à Hortense, mais où, l'année suivante , le vieux Beauharnais mourut subitement (29 prairial an VIII-18 juin 1800). Moins d'un an après, sa veuve inconsolable épousa à Paris où elle habitait à présent rue Dominique, n° 1S17, un homme beaucoup plus jeune qu'elle, bien qu'ayant passé la cinquantaine, et qui semble lui être apparenté : un sieur Pierre Danès de Montardat se disant officier de cavalerie. Le contrat de mariage fut passé dès le 3 pluviôse an IX (23 janvier 1801), en présence de Joséphine et d'Horten&e, mais il ne semble pas que leà relations en aient été rendues plus cordiales, car l'année suivante, pour obtenir un secours, ce fut non à Joséphine , mais directement au Premier Consul