PAULETTE. — MORT DE LECLERC
arrive aux mourants, il voulut qu'on préparât son propre départ et parla de longs avenirs. Dans la nuit du 10 au 11 (1" au 2 novembre) il expira.
On plaça dans un cercueil de plomb son corps embaumé à la façon égyptienne, serré de bandelettes jusqu'au sommet de la tête « où le bandage était terminé par une capeline recouvrant les cheveux de M"® Leclerc qu'elle avait désiré qu'on lui mît sur la figure comme un gage de l'amour conjugal, en échange de ceux de son mari qu'elle avait demandés ». On enferma son cœur dans un vase de plomb et celui-ci dans une urne d'or qui reçut cette inscription : « Pau- LETTE Bonaparte, mariée au général Leclerc le 20 'prairial an F, a enfermé dans cette tirne son amour auprès du cœur de son époux dont elle avait partagé les dangers et la gloire. Son fils ne recueillera pas ce triste et cher héritage de son père sans recueillir celui de ses vertus. »
Paulette, en effet, avaitrésolu de ramener en France les restes de Leclerc et tandis que l'amiral La Touche- Tréville pressait les travaux d'installation à bord du Swiftsure, elle-même, malgré son extrême douleur, s'occupait des moindres préparatifs du funèbre voyage : sept jours après la mort du capitaine général, le Swiftsure quitta la rade du Cap.
On a raconté beaucoup d'histoires sur cette traversée : on a dit que, au Cap, du vivant de Leclerc, Paulette avait écouté sans ennui les galanteries du général Humbert, qu'elle l'avait retrouvé sur le vaisseau et qu'alors la cour qu'il lui avait faite s'était
tournée en intimité : il est inutile d'examiner si cet llumbert, dont on a fait un Lion amoureux, avait, comme ancien domestique, ouvrier en chapeaux et marchand de peaux de lapin, les qualités de l'emploi qu'on lui prête ; ceci suffit : Humbert, suspect d'intelligence avec les noirs, convaincu de dilapidations, accusé de lâcheté par Leclerc lui-même, avait été renvoyé de la colonie et était rentré en France le 8 brumaire (17 octobre) trois jours avant que Leclerc ne mourût au Cap. Après une enquête approfondie, il fut destitué de son grade et rayé des cadres de l'armée le 22 nivôse an XI (13 janvier 1803) « pour avoir détourné des magasins de l'armée des rations en les vendant à son profit et pour avoir eu des relations coupables avec les chefs de brigands ». A cette date, les passagers du Swiflsure étaient encore en quarantaine aux Nozarettes de Toulon.
A ce moment — peut-être le seul dans sa vie — Paulette, la pauvre Paulette à la tête rase, veuve à vingt-deux ans d'un homme qu'elle aimait, le seul qui soit parvenu à se faire un peu craindre d'elle, ne pensait point à se faire adorer. Elle avait été, elle aussi, très éprouvée par le climat : depuis le mois de juillet (thermidor an X), elle était malade et, bien qu'il n'y eût point danger de mort, Leclerc en avait informé le Consul. Elle portait à la main une plaie profonde et de mauvais caractère qu'on ne fit disparaître à Paris qu'après un traitement énergique et très suivi et qui reparut à diverses reprises. Ne s'étant jamais bien remise de ses premières couches, elle