‹ Napoleon et sa familleChapitre 75 sur 168 · PAULETTE. — OBSÈQUES DE LECLERC · texte numérisé non relu

PAULETTE. — OBSÈQUES DE LECLERC

drales des services solennels et à prononcer des oraisons funèbres?... Par ordre, le convoi, escorté par la gendarmerie et par la garde du capitaine général, dirigé par le chef de brigade Bruyère, accueilli à l'entrée de chaque ville par les autorités en grand costume, reçu par les garnisons sous les armes, salué de coups de canon et de feux de salve, traverse, à petites journées, la France entière, de Marseille à Montgobert où Leclerc a voulu être enterré; mais, nulle part, les peuples ne s'émeuvent ; nulle part, le passage de ce cercueil, la pensée de « cette autre Agrippine ramenant les cendres d'un autre Gèrmanicus » ne provoque un mouvement de colère, ni même de pitié. Nulle part l'on ne comprend que cet homme est mort pour reconquérir à la France sa colonie la plus précieuse et que ces funérailles qu'on mène au milieu de l'indifférence générale, uniquement dans le glacial de l'officiel, sont bien moins celles d'un capitaine général que de la domination française à Saint-Domingue.

Tout ce qu'on dit, c'est que le cercueil qui pèse neuf cents livres est bien lourd pour ne contenir qu'un cadavre et que Paulette y a caché sans doute les trésors qu'elle rapporte d'outre-mer. Le Premier Consul comprend que l'effet est manqué; lorsqu'il règle les derniers détails, lui-même prescrit que le convoi contourne Paris, oii d'abord l'on a pensé à déposer quelques jours le cercueil à l'église des Invalides; le cortège gagnera Yillers-Gotterets, où l'on célébrera seulement un dernier service : des draperies

assez humbles dont la location coûte 2.587 francs 60 centimes, sont apportées de Soissons ; on ne réunit, en fait de troupes, que quelques détachements du d6® DraiTons et de l'artillerie de la Garde des Consuls, dont la garnison est La Fère; on ne convoque que les autorités du second ordre, et, après ce service, le cercueil est déposé dans l'église de Villers- Colterets d'oij, douze jours plus tard, il est, sans autre cérémonie, transportée Monlgobert, dans le tombeau provisoire préparé par Fontaine.

Si, devant cette apathie qu'il avait constatée dans la nation, devant le renouvellement probable de la guerre avec l'Angleterre qui rendait impossible toute expédition coloniale, le Premier Consul avait dû renoncer, en même temps qu'à poursuivre une revendication nécessaire, à rendre à ce brave homme, à ce bon soldat, son beau-frère et son ami, des hon neurs égalés à ses regrets, son cœur n'était point oublieux et, par la suite, en toute occasion, il se plut à le montrer. Il ne lui suffit point qu'à Fontainebleau, dans la galerie des Grands dignitaires, Leclerc eût son portrait en pied peint par Kinson ; il voulut son buste par Chinard, dans la salle des Maréchaux aux Tuileries ; il voulut, à l'église Sainte-Geneviève, un monument avec sa statue en pied, « un monument qui fût très beau et fit pendant à celui de Voltaire ». Si la statue que Dupaty fit nue pour la rendre héroïque ne fut point meilleure que celle que Lemot fit habillée pour la rendre officielle, ce ne fut point sa faute ; mieux que par l'airain ou le marbre, il a

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