‹ Napoleon et sa familleChapitre 76 sur 168 · PAULETTE. - SUCCESSION DE LECLERC · texte numérisé non relu

PAULETTE. - SUCCESSION DE LECLERC

assuré à Leclerc Timmortalité lorsqu'il a écrit : « Le capitaine général Leclerc était un officier du premier mérite, propre à la fois au travail du cabinet et aux manœuvres du champ de bataille. » Le jour de la justice, ce sera là le jugement de l'histoire.

Après avoir subi aux Nozarettes quinze jours de quarantaine, Paulette qui avait reçu par Lauriston les instructions de son frère, avait encore été, près d'une semaine retenue à Toulon par sa santé. Ce n'avait été qu'au commencement de pluviôse (fin janvier) qu'elle avait pu se mettre en route, et, le 12 (l^"" février), elle était arrivée à Lyon oîi elle s'était arrêtée trois jours chez l'oncle Fesch, installé depuis un mois t^ans son archevêché. Le palais dont il habitait une partie était encore si pauvrement meublé qu'il dut céder son propre appartement à Paulette qui, épuisée par le voyage, consentit à grand'peine à recevoir le préfet et quelques hauts fonctionnaires. Elle employa sept jours encore pour venir de Lyon à Paris oii elle descendit chez Joseph le 22 pluviôse (11 février).

Bien que le bruit fût partout accrédité qu'elle rapportait des trésors et « qu'elle se trouvait à présent la plus riche de la famille », en réalité, par rapport à ses frères et sœurs, elle était dans une position de fortune médiocre. La succession de Leclerc, à partager entre sa femme et son fils, s'élevait à 571 .979 francs dont, en mobilier et argent comptant, 246.000 et, en immeubles , 325.000 : à cela , il fallait ajouter 494.000 francs de créances dont beaucoup étaient

irrecouvrables et les biens de la Novellara sur lesquels on manquait de données. Au mieux, c'est-àdire l'actif entièrement réalisé, Paulette pouvait prétendre à 700.000 francs, Leclerc lui ayant assuré la moitié de sa fortune en toute propriété et le quart en usufruit ^ ; — une somme à coup sûr, si l'on se souvient du contrat de mariage passé à Milan, mais telle, sinon un peu inférieure à ce que Leclerc possédait en l'an IX ; car, avant de partir à Saint-Domingue, il avait fait à sa famille de grandes libéralités et, en particulier, il avait doté de ISO. 000 francs sa sœur cadette en la mariant au général Davout. A Saint- Domingue, il eût fait sans doute une immense fortune, rien que s'il avait pu mettre en valeur l'île de Gonave dont la propriété lui avait été attribuée par le Consul comme récompense nationale ; mais la Gonave était restée inhabitée et sans eau potable, et, de ce chef, rien à tirer. Avec des débiteurs récalcitrants, des créanciers singulièrement pressés, Montgobert à achever de payer et à entretenir, Paulette eût été fort embarrassée si son frère ne lui avait alloué sur sa Grande cassette un traitement annuel de 60.000 francs.

Il lui fallut quelque temps pour se reconnaître : sa santé était précaire et cette plaie à la main exigeait des soins continuels. Bien qu'elle trouvât tous les appuis désirables et qu'on s'ingéniât à lui aplanir

* La liquidation finale n'eut lieu qu'au l" novembre 1814. Elle donna sur les évaluations de 1803, un déficit d'environ 40.000 francs et les dettes payées et les frais de succession liquidés la part de Tauletle s'éleva à 530.000 francs.

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les difficultés, il n'en fallut pas moins qu'elle parût devant les gens de loi pour régler la tutelle de Dermide, arrêter des comptes avec ses beaux-frères et sa belle-mère et prendre connaissance du passif et de l'actif. En pluviôse et ventôse (février et mars) elle ne bouge donc de l'hôtel Marbeuf que pour passer quelques jours à Mortefontaine où elle s'imagine que l'air lui fera du bien. Elle n'assiste à aucun des grands dîners que le Premier Consul donne, chaque décadi, jusqu'à son départ pour la Belgique,

En germinal (avril) elle se lasse d'habiter l'hôtel Marbeuf, oii, si légère qu'elle soit, la tutelle de Joseph lui paraît encore trop pesante, oij surtout l'on ne prend point pour lois tous ses caprices, et elle songe à s'installer chez elle. Elle jette son dévolu sur un hôtel tout voisin, séparé seulement par le double hôtel Montchenu (hôtels de Guébriant et d'Egmont), ouvrant aussi son portail sur la rue du Faubourg- Saint-Honoré et poussant aussi les grands arbres de son jardin jusqu'aux Champs-Elysées : c'est l'hôtel que Mazin a construit en 1720 pour le duc de Charost, gouverneur de Louis XV, et qui, depuis, n'est point sorti de la famille, le dernier duc, celui qu'on a appelé le pèi'e de l'humanité souffrante, n'ayant point émigré et ayant conservé tous ses biens ; mais il a préféré à cet hôtel l'hôtel de Béthune, rue de Lille, et c'est là qu'il est mort le 5 brumaire an IX (27 octobre 1800), rallié du premier jour au Consulat et devenu, comme citoyen Béthune-Charost, maire du X° arrondissement.

Sa veuve, née de Martel de Fontaine-Bolbec, qui a hérité une partie de son immense fortune, n'a point davantage voulu traverser l'eau et s'est installée avec la parenté de son mari dans le second hôtel de Réthune, rue Saint-Guillaume.

Epargné aussi bien par la Révolution que par ses propriétaires, l'hôtel Charost, depuis les remaniements de Patte, n'a pour ainsi dire pas été touché. il a conservé intacte cette disposition singulièrement noble, commode et simple où se sont plu les architectes du siècle passé : les services des besoins rejetés sur la cour et, pour la vie mondaine, trois grands salons taillés dans la façade sur le jardin ; nulle afféterie dans la décoration, point d'autre recherche dans les distributions que l'abondance de la lumière et la richesse de l'espace. Dans cette suite de palais qui, du Garde-meuble et de la rue des Champs-Elysées, viennent jusqu'à l'hôtel d'Evreux, point de discordance alors dans les architectures, point d'entassement grotesque de pierres, point de profusion de banquier, rien que la noblesse d'un style qui, inspiré des purs modèles antiques, sans glisser jamais dans l'abjection de la mode, s'est peu à peu adapté au ciel de France, aux usages de Paris et ne s'est rendu moderne que par les ornements délicats et les sobres sculptures.

Bien que ne résidant point en son hôtel. M™® de Charost n'a point envie de le vendre; mais comment tenir contre le siège que Paulelte établit autour d'elle? A la fin, elle se rend, et pour 400.000 francs; il est passé acte sous seing privé; tout de suite les

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