‹ Napoleon et sa familleChapitre 79 sur 168 · PAULETTE. — COINTRAT DE MARIAGE · texte numérisé non relu

PAULETTE. — COINTRAT DE MARIAGE

instant, il trouvait comme un plaisir d'un genre particulier et délicat à se rabaisser lui-même pour exalter la race d'où il sortait.

A présent que le mariage était public, car, sur la foi de leurs correspondants de Rome, les journaux de Paris venaient de l'annoncer (13 thermidor, 1" août), il convenait de parler afiaires. Dès le commencement d'août, Angiolini stipulant pour Borghèse et Joseph pour Paulette arrêtèrent les termes du contrat : le Premier Consul fournissait une dot de 500.000 francs ; la future y ajoutait une somme de 300.000 francs provenant d'un don manuel que Napoléon lui avait fait en l'an XI, mais énoncée comme apport en diamants pour qu'on pût en taire l'origine et sauver les droits de donation. Ces 800.000 francs liquides devaient seuls être remis à Borghèse, tous autres biens, présents et à venir de la future, notamment ses reprises sur la succession Leclerc, devant être paraphernaux. Donc point de communauté entre les époux, mais Borghèse, touchant les revenus de la dot, devait fournir annuellement à sa femme 20.000 francs pour sa toilette. S'il prémourait, Paulette reprendrait ses biens dotaux, recevrait en douaire une rente annuelle de 50.000 francs et jouirait, sa vie durant, de son appartement au palais Borghèse et de deux voitures entretenues.

Ces articles, passés en contrat par les notaires et légèrement aggravés encore, au profit de la future épouse, sur l'intervention de Lucien, furent signés, uniquement par Paulette et Borghèse, à l'hôtel Charost, le 5 fructidor (23 août).

Restait à fixer la date du mariage que les journaux les mieux informés, les Débats entre autres, annonçaient comme très prochain. Déjà les publications légales avaient été faites les 26 thermidor (14 août) et 3 fructidor (21 août) à Mortefontaine où Paulelle, pour éviter la publicité de Paris, avait déclaré être domiciliée depuis son retour de Saint-Domingue. Tout le monde était d'accord et il semblait qu'on n'eût plus qu'à passer à la mairie et à l'église lorsqu'une difficulté se présenta : on avait oublié Leclerc. Il n'était mort que le 11 brumaire de cette même année (2 novembre 1802) et, si l'article 228 du Code civil qui venait d'être promulgué permettait à la veuve « de contracter un nouveau mariage après dix mois révolus depuis la dissolution du mariage précédent » ; si, par suite, légalement, Paulette pouvait se remarier le 12 ou le 15 fructidor (30 août ou 22 septembre), le Premier Consul n'admettait point que sa sœur fût la première à violer les règles sociales que lui-même venait de rétablir : Dans V Almanach national de l'an XI, il avait officiellement rappelé, pour la première fois depuis la Révolution, les Usages suivis à Paris pour les deuils^ usages naturellement désertés chaque fois que, du gouvernement, l'anarchie gagne la société et que l'infamie des mœurs publiques provoque et entraîne l'abaissement des mœurs privées — usages aussi que Napoléon tenait d'autant plus à restaurer qu'ils lui semblaient indivisibles de l'idée de famille, inséparables de la forme de gouvernement qu'il s'efforçait de constituer. Or, selon ces Usages, le deuil d'un mari

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