‹ Napoleon et sa familleChapitre 80 sur 168 · TAUI-ETTE. — MARIAGE DE CONSCIENCE · texte numérisé non relu

TAUI-ETTE. — MARIAGE DE CONSCIENCE

dure un an et six semaines et, à chaque période, réliquetle chang-e : les trois premiers mois, vêtement de laine noire avec coiffure et fichu de crêpe noir les six premières semaines, de crêpe blanc les six autres ; les six mois qui suivent, vêtement de soie noire avec coiffure en crêpe blanc garnie d'effilé ; puis, pendant trois mois, vêtement noir et blanc; enfin, pour les six dernières semaines, vêtement blanc uni. Paulette en était à l'étape du noir et blanc, et il ne convenait pas qu'elle marchât plus vite que l'almanach : tout au plus pouvait-on tricher des six dernières semaines, en lui comptant le temps de campagne; mais tolérer son mariage après dix mois de viduité, c'eût été la vouer à cette sorte d'infamie dont les Romains flétrissaient la veuve remariée avantle temps, et qui, de leurs lois, malgré l'Eglise et le Gode, s'est plus fortement établie dans les mœurs des Latins que s'ils y avaient attaché une sanction pénale.

Devant la volonté nettement exprimée du Consul, il fallut donc surseoir publiquement au mariage ; mais, dans le particulier, les choses prirent un autre tour. Presque aussitôt après le contrat, M""® Bonaparte la mère permit que « le mariage eût ses effets ». Dans les derniers jours d'août, vraisemblablement le 13 fructidor, Borghèse et Paulette reçurent à Mortefontaine, d'un prêtre italien, peut-être de Gaprara lui-même, la bénédiction nuptiale, en présence de Lucien, de Joseph et d'Angiolini. On ne saurait rapporter la date précise, les registres paroissiaux de Mortefontaine, où, d'ailleurs, ce mariage ir. 17

illégal au regard des lois civiles n'eût vraisemblablement pas été inscrit, ne se retrouvant pas avant 1804 ; mais le fait est certain : il est attesté par un billet de Borghèse, malheureusement non daté, invitant Angiolini à l'accompagner avec Lucien à la campagne de Joseph « où le même jour aura lieu le mariage » ; par une suite de lettres authentiques oii Angiolini parle du bonheur des deux époux, « qui s'aiment autant qu'homme et femme peuvent s'aimer », et « qui passeront deux mois à la campagne jusqu'à la fin de leur deuil ».

Il y eut donc, de l'aveu de M™^ Bonaparte mère, des deux frères de Paulette, Joseph et Lucien, de Gaprara et d'Angiolini, un mariage de conscience; mais, comme il fut tenu rigoureusement secret, il résulta, de l'intimité 011 Paulette vécut dès lors avec Borghèse, le bruit qu'il était son amant ; l'on cria au scandale ; l'on s'indigna que Napoléon tolérât de telles mœurs, et, lorsque le mariage fut publié, l'on affirma que c'était lui qui avait exigé cette réparation.

Napoléon ignorait si complètement ce qui s'était passé et ce qui se passait encore à Morlefontaine que, considérant que le deuil de Paulette touchait à sa fin, il la fit inviter au dîner de deux cent cinq couverts qu'il donna aux Tuileries le 2 vendémiaire an XII (2o septembre) et qu'il emmena ensuite Paulette passer quelques jours à Saint-Cloud, peut-être pour lui faire prendre patience, peut-être pour la surveiller de plus près.

A la fin de vendémiaire, le 23 octobre, il donne un

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