‹ Napoleon et sa familleChapitre 81 sur 168 · PAULETTE. — LA CORBEILLE · texte numérisé non relu

PAULETTE. — LA CORBEILLE

nouveau dîner de cent quatre-vingt-treize couverts 011 assista encore M""" Leclerc et oià, cette fois, Borghèse fut invité en même temps que le prince électoral de Wurtemberg-, le prince Tufiakin, Azara et Albert Litta : c'est ici, au compte de Napoléon, comme un dîner de fiançailles; car, dans quinze jours, le mariage doit être officiellement célébré, le Premier Consul en est averti et il y a donné son plein assentiment. Il ignore encore que, au mépris de ses lois, on a passé par l'église sans entrer à la mairie et tout concourt pour lui donner le change. C'est tout récemment, en effet, que Paulette a commencé à s'occuper des toilettes dont elle compte éblouir la ville de Rome.

Borghèse, fort neuf en telle matière et très embarrassé pour le choix de la corbeille qu'il veut offrir, s'en est naturellement rapporté au goût de sa femme et lui a remis en argent 43.000 francs pour acheter ce qui lui plairait. Paulette n'a pris chez Leroy qu'un cachemire de 100 louis et s'est, de préférence, attachée aux dentelles : elle a eu, chez Lesueur, une robe d'Angleterre de 12.000 francs, avec une tunique de 50 louis, une camisole de 60 et un bonnet, à rubans lilas — demi-deuil — de 20. Elle a eu une robe en dentelle noire de 1.152 francs, un fichu et des manches point rézeau de 1.200 et des aunages de point rézeau, de matines et d'Angleterre à 340 francs, 18 louis et demi et 10 louis l'aune. Le mémoire de Lesueur monte à 24.610 fr. 80. Chez M"* Despaux, en schalls, en chapeaux et en robes

16.584 francs, rabais faits, car Paulette compte avec les fournisseurs et ne veut pas qu'on la vole. Elle a donc sabré la facture, bien que M"* Despaux Tait assurée « que les prix qu'elle lui a dits sont les plus justes ».

A côté des 45.000 francs, le prince a mis dans la corbeille les diamants Borghèse dont la réputation est européenne, et, pour compléter les parures, il a acheté pour 18.000 francs àFoncier et pour 40.000 à Margueritte. Mais quelle splendeur à présent cet écrin de Pauleltc ! La parure de diamants avec le peigne, le collier en chatons, les bracelets, un médaillon de cornaline entourée de brillants, les accrochoirs pour robe ronde et robe carrée, deux rangs de chatons encore, un papillon, un bandeau, une ceinture et un bouquet ; puis, une parure presque égale de saphirs, une d'émeraudes, une de rubis, c'est 1.425 karats de diamants, plus de 4,200.000 irancs, 80 karats de rubis d'Orient, 300 de saphirs. Et il y a les perles : six rangs de grosses perles, un autre rang de trois cent soixante-neuf perles, des boutons, des masses, des poires, sans parler des perles de collections ! Et il y a les pierres chatoyantes, les algues marines, les pierres antiques gravées ; c'est le trésor d'une couronne. Paulette s'est chargée des conférences avec les bijoutiers et la monture au goût nouveau lui a donné bien du mal. Elle ne se décide point au premier coup : il lui faut dessin sur dessin, avis sur avis ; les bijoutiers font des comptes à l'infini où Us se perdent ; les femmes de chambre interviennent ;

on consulte des artistes qui ne savent que répondre; un vent de folie passe sur la maison.

Et, voici M™® Germont avec ses robes : question plus compliquée que le mariage même. Les étoffes, sitôt levées, cessent de plaire ; les formes, sitôt les robes bâties, semblent démodées ; l'on change et l'on rechange les garnitures en dentelles et en broderies ; la couturière s'empresse, s'agite, se démène ; elle ne parvient pas à satisfaire : et pas plus heureuse la lingère. M"® Lolive, si habituée qu'elle soit aux fantaisies de Paulette, qui lui redevait 100 louis à son départ pour Saint-Domingue et, qui, tout de suite à son retour, lui commandait pour 4.000 francs de joli linge.

Ce n'est pas assez que la toilette : pour paraître à Rome à son avantage, la princesse doit connaître les façons qui sont de rite en ce monde oii elle va paraître, ce monde dont la formule n'a point varié et qui attend la petite Française à son arrivée pour la passer au crible : marcher, saluer, danser, faire ces belles longues révérences où le corps se fond en une harmonieuse et délicate souplesse, c'est ce qu'il faut savoir d'abord ; et voici Paulette qui prend pour 300 fr. de leçons de danse au-devant d'un joueur de pochette qui reçoit tout juste 40 fr. pour sa peine.

On dansera donc à Rome ; mais y aura-t-on un coiffeur? Cela se rencontre-t-il ailleurs qu'à Paris? N'est-ce pas là seulement qu'on en trouve qui puissent mettre en sa valeur cette tête oii les cheveux sacrifiés au mari défunt repoussent à peine, boucler à la fantaisie requise les cheveux courts, ou mieux,

inventer cette coiffure à la juive qui, cachant la chevelure entière sous une sorte de serre-tête, semble une coquetterie inédite? Débaucher un de ces artistes, il n'y faut pas songer ; mais ils peuvent dresser une fille intelligente, et, sur sa propre tête, Paulette fait donner pour 800 fr. de leçons à sa femme de chambre Adélaïde.

Tout se presse, s'embrouille, se complique ; car ce n'est pas assez des toilettes, il y a les affaires : dans son contrat de mariage, Paulette, en personne avisée, a, de son chef, introduit cette clause qui n'a point été débattue par Joseph et Angiolini : « Dans le cas oij la future épouse se trouvera avoir, par acquisition ou autrement, un hôtel à Paris, de quelque valeur qu'il fût, elle pourra vendre ou aliéner cet hôtel ou bien paraphernal... en vertu du présent contrat et sans avoir besoin d'autre consentement ou autorisation du prince, son époux. » Or, elle a l'hôtel, et si, jusqu'ici, elle n'a rien payé du fonds, elle y a dépensé 45.000 fr. ; mais elle ne possède encore qu'en vertu d'un sous-seing privé et elle veut à présent procéder légalement et passer contrat ; ce sera ainsi chose incommutable ; il n'est point dit qu'elle se plaise à Rome et l'hôtel sera là pour la rappeler à Paris. Elle achète donc par-devant notaire le 11 brumaire (3 novembre), le jour anniversaire de la mort de Leclerc ; elle emprunte 100.000 fr. à Joseph pour payer les frais et donner un acompte et, de cette dette, comme des 350.000 francs qu'elle redoit à M"*' de Charost, elle ne s'inquiète, comptant bien que, après avoir

un peu crié, le grand frère Consul ouvrira sa bourse.

Reste à régler la tutelle de Dermide. Paulette remariée sera-t-elle maintenue comme tutrice, avec Borghèse pour co-tuteur ? Suivant désormais la nationalité de son mari, elle va devenir étrangère et, outre les craintes qu'inspire légitimement le climat de Rome pour un si jeune enfant, les Leclerc ne doivent-ils pas désirer que Tunique représentant d'un général en chef français reste en Franco et reçoive une éducation française? Certes, tel est l'avis raisonné et formel de M"" Davout, de Davout, de M™° Musquinet-Leclerc, de tous les frères et parents du général ; mais le conseil de famille, où les Bonaparte se trouvent, pf^r hasard sans doute, convoqués et représentés en majorité — quatre contre deux — n'a point ces scrupules et décide affirmativement. Cela est fait le 13 brumaire (5 novembre) et, le lendemain, l'on doit se rendre pour le mariage à Mortefontaine où l'on est assuré de trouver des officiers municipaux complaisants.

Le Premier Consul n'y viendra pas : il est parti trois jours auparavant (le 11 brumaire, 3 novembre) pour Boulogne — voyage subit, dont rien, à trois jours près, ne motive l'urgence, hormis la volonté qu'il a de ne point consacrer par sa présence cette violation des lois ; hormis la colère qu'il éprouve d'avoir été trompé, trompé par cette sœur qu'il préfère, trompé par sa mère, par ses frères, par Caprara, par tout le monde ; d'avoir été joué, lui, et de ne pouvoir à présent défaire ce mariage qu'il a approuvé, qu'il a autorisé, dont il a payé la dot et qui, depuis

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deux mois, est consommé sans qu'il s'en doute. Il ne peut punir Paulette que par son absence; il la lui inflige, mais, s'il s'abstient — et les affaires lui servent d'excuse — il ne veut point de scandale inutile ; il n'entend point que la famille paraisse désapprouver ni même connaître une situation qui l'offense seul et que seul il doit juger. A défaut de lui, il y aura donc à iMortefontaine M™" Bonaparte la consulessc, M™' Bonaparte la mère, M"° Joseph, M™^ Louis, M"® Murât, et, en hommes, Joseph, Louis, Bacciochi et Ornano — pas Lucien, qui a assisté et préside, peut-on croire, au mariage de conscience et qui luimême, depuis onze jours, s'est mis par l'union qu'il vient de contracter, dans la pleine disgrâce de son frère. Les témoins sont, pour Borghèse, le tribun Stanislas Girardin, le voisin d'Ermenonville et M. Gossolin de Saint-Même, commissaire général des relations commerciales de Naples à Marseille ; pour Paulclte, M. Bouchard, maire de Vémars, et le conseiller d'Etat Miot : impossible d'en rencontrer de plus intimes, qui portent aux choses une attention plus complaisante et avec qui l'on soit plus assuré du secret. ISul autre invité de marque, rien que des intimes : M"" Clary et Bernadotte, M™^ Bouchard; nulle pompe, nulle réjouissance. Pour se distraire, la société joue aux barres ; deux lignes dans le Journal officiel : « M"^ Leclerc s'est mariée avec le prince Borghèse ; le mariage a été célébré à Morfontaine. » Napoléon a refusé de paraître de sa personne à ce mariage qu'il tient pour une comédie, il refuse de

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paraître môme en écriture pour accréditer Paulette à Rome. « Paulette, écrit-il à Joseph, m'écrit que son mariag-e a été publié (le mot publié ne dit-il pas tout?) et qu'elle part demain pour Rome. Il paraît convenable que toi ou maman écriviez à la mère des Borghcse pour la lui recommander. » Il n'oublie point que c'est sa sœur et il veut que les convenances soient observées, mais il marque son mécontentement ; il affirme aussi, semble-t-il, que c'est une Bonaparte, non la sœur du Premier Consul, qui part chez les Borghèse, et, en ce qui le concerne, il s'efface. Au commencement de l'an XII, il a porté le traitement de sa sœur Elisa de 60 à 120.000 livres par an, il laisse celui de Paulette à 60.000.

Et il presse le départ, il ne veut point d'adieux à faire et à recevoir, point de séjour à Paris, point d'occasion où il s'attendrisse : il est blessé et veut qu'on le sache. Avant que lui-même soit de retour de Boulogne, il faut que Paulette soit en route pour Rome : à la date de Paris le 22 brumaire (14 novembre), il fait annoncer officiellement que, « le prince et la princesse Borghèse sont partis l'avant-veille » ; lui-même ne quitte Boulogne que le 25 (17 novembre).

Tel qu'il s'accomplit, le mariage de Paulolte est pour Napoléon une contrariété très vive, mais une contrariété de cœur ; deux autres unions qui se for-

ment presque au môme moment, lui apportent de bien autres soucis, soucis politiques ceux-là; ils troublent profondément et pour jamais l'harmonie de la famille et ils exercent sur l'avenir de certains de ses membres une influence décisive.

Vers la fin du printemps de Tan X, sans doute en prairial (mai-juin 1802), Lucien, en villégiature à Méréville, chez M. de Laborde, y a rencontré une jeune femme dont il s'est subitement épris : vingtquatre ans, des traits d'une régularité parfaite, des yeux très grands, bien fendus, à fleur de tête; le visage, du bas, un peu court et rond, du haut, un peu large; mais un port, une taille, un corps de déesse. Peut-être, excès de grandeur, de puissance, de beauté même; par suite, diminution d'agrément et decharme ; plutôt un admirable modèle à peindre qu'une maîtresse désirable à aimer; un de ces êtres d'exception qui semblent créés à dessein pour démontrer la réalité des canons esthétiques.

Elleestd'une famille bourgeoise, tenant à la finance, et en passe, avant la Révolution, d'arriver à la fortune. Son père, Charles-Jacob de Bleschamp, qui prenait alors la qualité d'avocat au Parlement de Paris, avait à Calais une place d'entreposeur des tabacs qu'il devait aux parents de sa femme. Celle-ci, née Bouvet, et de la même famille, semble-t-il, que les illustres marins de ce nom, avait pour mère une Grimod de Verneuil et, par elle, était apparentée à ce qui était le plus puissant dans la Ferme, les Grimod de la Reynière, les Grimod d'Orsay, les Dufort, etc.,

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comme, par eux, alliée à des gens de robe tels que les Moreau et les Lamoig-non , et à des gens de cour tels que les Groy et les Lévis. L'argent donne de ces surprises, fait de ces alliances, établit de ces contrastes. Par un autre côté, elle se trouvait parente assez procbe de M™® Desrois , sous-gouvernante des enfants d'Orléans, dont la fille fut mère de Lamartine.

Bleschamp, originaire, dit-on, de Saint-Malo, était venu à Calais oij il avait succédé comme entreposeur à son beau-père Bouvet. A la Révolution, il retourna dans son pays natal oii, vers la fin de Tan IX, il obtint un emploi dans le commissariat de la Marine.

Marie -Laurence- Charlotte -Louise-Alexandrine, sa fille, fut mariée à dix-neuf ans à un certain Jean- Fiançois-IIippolyte Jouberthou que quelques-uns appellent Jouberthou de Vauberty, certains Jouberlot et d'autres Jauberthou, qui, dit-on, était originaire de Nantes, et qui, en ce temps d'agiotage à outrance, faisait l'agent de change à Paris : il y obtint une des charges créées en vertu de la loi du 28 ventôse an IX et paraissait jouir alors d'un bel état de fortune, car il habitait rue Neuve-du-Luxembourg n° 156, une fort grande maison, avait un train de financier et possédait en l'an YIII la terre de Molac, qui avait été aux Le Sénéchal de Kercado. De sa femme, il avait eu deux enfants : un fils, mort en bas âge et une fille, née le 6 brumaire an YIII (28 octobre 1799), qui avait reçu les prénoms de Anne-Hippolyte-Alexandrine*.

(1) Mariée en 1818 au prince Alphonse Ilercolani, remariée en 1833 au prince Maurice Jablonowski.

Ruiné à plat en Tan X, JoubeiLliou partit pour Saint-Domingue, soit que, Nantais ou Malouin, il eût quelques droits à y exercer, soit qu'il y portât une pacotille et voulût faire du commerce, soit enfin qu'il eût promesse d'une place. Il laissa à Paris, sans grande ressource, sa femme et sa fille ; mais Alexandrine n'eut pas l'idée de se réfugier à Saint-Malo, oii son père, commissaire principal de marine, jouissait pourtant d'une certaine aisance.

Le temps qu'elle passa en épouse abandonnée, avant de rencontrer Lucien, fut assez court : sept mois dans une hypothèse, deux ou trois dans l'autre, selon que Jouberthou est parti avec l'expédition ou, plus vraisemblableiueiit, qu'il ait attendu pour s'embarquer la non velle des premiers succès, nouvelle qui arriva à Paris dans la troisième décade de ventôse (11 au 20 mars).

Il convient donc de rabattre singulièrement de ce qu'on a raconté de la vie d'Alexandrine à ce moment : on a dit, entre autres choses, que Napoléon avait vivement désiré l'avoir pour maîtresse et qu'il lui en avait fait faire la proposition. Où et comment l'aurait-il vue? Cette histoire a sans doute été inventée par la dame pour se donner du relief, et elle a été accréditée par Lucien qui, pour bien des raisons, ne pouvait manquer d'y" croire.

Avec Lucien, les choses traînent peu : à l'été M""^ Jouberthou est installée au Plessis. Gela explique l'espèce de solitude qui s'y est faite et pourquoi Elisa s'en est peu à peu écartée. Fontanes y vient encore, mais dans quel esprit, on va le voir par une curieuse

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lettre à Élisa : « Vous savez d'avance, mon aimable et excellente amie, lui écrit-il le 12 vendémiaire (4 octobre), tout ce que je peux vous dire, car un coup d'œil suffit pour juger les masques; la dame est belle, aussi coquette que belle, aussi avide que coquette. Ce règne-là peut être long et cher.

« Tous les symptômes d'une passion vive se lisent dans les traits et les discours du patron. Il est discret, mystérieux; il concentre son bonheur, mais ce n'est pas là le compte de la dame : elle veut du bruit, de l'éclat et tous les avantages productifs de l'affiche en règle. Son regard nous a bientôt appris que c'était elle qui tenait la cour et à qui on devait la faire. Cet orgueil est tout à fait plaisant. Du reste, je n'ai pas Irop mal joué mon rôle, car je sais déjà de la dame qu'elle a été la plus infortunée des créatures ; il ne tenait qu'à moi de pleurer, mais, d'un autre côté, le patron m'a dit qu'elle était la plus vertueuse des femmes ; il ne tenait qu'à moi de rire. Je n'ai fait ni l'un ni l'autre ; mais je me moque bien des deux in petto.

« On doit jouer Alzire. Il est difficile d'avoir moins de grâce avec plus de beauté. J'avais envie de lui crier que la grâce est plus belle encore que la beauté, mais, pendant qu'elle répétait son rôle, on a prononcé votre nom et ce nom exprimait ce que je voulais dire. Quelque envie que j'aie de vous voir, je vous félicite de votre refus. Vous ne devez point paraître approuver, en vous montrant, ce choix qui fait bien regretter celui d'Espagne (la marquise de Santa-Criiz). Il parait qu'on va s'entourer de quelques autres dames

d'honneur, amies de l'amie de la rue de Grenelle. Je vous avoue que j'ai d'abord eu grande envie d'abandonner la place .à la favorite et aux favoris ; mais j'ai jugé qu'on me taxerait d'impolitesse et de mauvaise humeur. "Vous savez d'ailleurs que j'aime ces lieux qui me parlent de vous ; j'y reste donc, malgré les inconvénients, pour les souvenirs qui me sont chers. »

C'est donc à présent autour de M™^ Jouberthou, maîtresse déclarée, une société d'où naturellement se retirent les quelques femmes qui jadis y étaient attirées par Élisa. Il n'y reste que les complaisantes en titre d'office, M™ Desportes, W" Frévilie, M""' Ar nauld. Lucien n'avait point comme Joseph, des amis qu'il plaçât sur un pied d'égalité et de confidence ; le seul auquel, par reflet, il eût permis ce rôle, n'était plus retenu que par une sorte de respect humain; ses conseils eussent été importuns, ses avis inutiles : Lucien, si roide avec les hommes et afl"ectant une volonté qui ne pliait point, était, pour toute femme qui s'en donnait la peine, une proie assurée : ici il était sous le joug, bien plus encore que ne lo pouvait penser Fontanes ; car, depuis deux mois, (fructidor an X, août 1 802). Alexandrine était enceinte.

A l'hiver, lorsque Lucien revint à Paris, il établit M""® Jouberthou clans une maison de la place du Palais-du-Corps-Législatif (Palais Bourbon) qu'il fit communiquer par un souterrain avec son hôtel de la rue Saint-Dominique afin de pouvoir constamment continuer la vie commune. Là, naquit, le 4 prairial an XI (24 mai 4803), un enfant qui, le S, fut déclaré à

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