LUCIEN. — COLÈUE UE NAPOLÉON
nouvelle se trouvenl; encore contredits par des dates formelles : ce ne peut être à Malmaison, dans un concert, oij, à l'annonce du mariage, le Consul aurait fait scandale, imposé silence aux musiciens et se serait écrié à la fin : « Sachez que Lucien a épousé sa coquine »; car, du 1" au 10 brumaire (24 octobre- 2 novembre), Bonaparte n'était point à Malmaison, mais à Saint-Gloud.
De Malmaison, il n'a pu envoyer Murât chez Lucien pour lui proposer de rompre son mariage, d'abord parce qu'il n'était pas à Malmaison ; ensuite parce que Murât nommé le 15 vendémiaire (8 octobre) président du collège électoral du Lot, parti pour Gahors au commencement de brumaire (26 octobre), s'y trouvait encore le 18 (10 novembre) lorsque Napoléon était lui-mcme parti depuis sept jours pour Boulogne. Par suite, Murât n'a pu tenir à Lucien les discours que celui-ci rapporte en notant les attitudes, les gestes, les gasconnades, les hésitations et les affirmations de son beau-frère.
En réalité, les choses ont pris une tournure tout autreque celle que Lucien leur donne. Napoléon, « outré delà conduite de son frère », avait eu d'abord la pensée d'user de rigueur contre lui et contre la femme qu'il avait épousée ; mais il connaissait assez Lucien pour savoir qu'avec lui les moyens de contrainte ne réussiraient pas : ordonner, sur un fait privé, l'arrestation d'un sénateur, membre du Grand conseil de la Légion, eût été non seulement un acte d'arbitraire qui eût soulevé l'opinion , mais un attentat contre un
des grands corps de l'Etat; engager un procès en cassation de mariage eût été un scandale inutile, car Lucien se serait défendu, et, légalement, il ne pouvait être contraint qu'à réparer les omissions qui entachaient son mariage de nullité ; encore, rien ne prouvait que M™® Bonaparte la mère fût disposée à intervenir, et Napoléon était sans droit pom'le faire en son propre nom. Lucien, dès ses premiers engagements avec M"* Boyer, avait affirmé cet adage qu'il ne cessa de proclamer toute sa vie : « Que tout homme d'honneur doit être et doit toujours rester l'unique régulateur, le pontife suprême du sanctuaire de sa vie privée.» Il avait assez aimé M"® Jouberthou, surtout il avait assez aimé le fils qu'il avait eu d'elle pour vouloir un mariage qui rendît ce fils légitime : ce n'était point par des violences, qu'on le ferait revenir.
De plus, il était dans le caractère de Lucien d'aimer à étonner : il était dans sa nature d'affirmer, en toute occasion, son indépendance et, si le Consul aimait à taquiner Lucien par des paroles, Lucien se plaisait à taquiner le Consul par des actes. Plus Napoléon se montrait contrarié par ce mariage, plus Lucien était disposé à l'afficher. N'était-ce point ce qu'il faisait, lorsque, non content de montrer sa femme aux grandes représentations des théâtres, il la promenait les jours de fête dans les endroits oii s'assemblait le petit peuple, et que, loin de repousser les ovations, il paraissait les provoquer ? Engager directement la lutte avec un homme qui manquait autant de mesure ; qui, lorsqu'il s'était égaré dans"