‹ Napoleon et sa familleChapitre 87 sur 168 · I.IJCIICN. — LA TRIBU INDIENNE · texte numérisé non relu

I.IJCIICN. — LA TRIBU INDIENNE

du Premier Consul. Je pars la haine dans le cœur. Je laisse à Paris un courrier à vos ordres que vous pourrez m'envoyer en cas d'événement. »

Ainsi se trouvait posée pour Lucien, presque telle qu'il l'avait décrite jadis, la situation dont, cinq années auparavant, il avait fait l'objet d'un roman. A lire la Tribu indienne^ sans en regarder la date d'impression, on serait tenté de penser que Lucien a voulu y donner, sous couleur d'histoire romanesque, des déclarations de principes et des allusions à sa propre aventure; mais non! Par une sorte de prescience dont il n'est guère d'exemple, c'est cinq ans avant ces événements, c'est en l'an YII de la République qu'il a écrit et qu'il a fait imprimer chez Honnet, rue du Vieux- Colombier, n° 1160, ce livre oii il fournit la clef de son caractère et oii il affirme les règles qu'il a imposées à sa vie. Pour se convaincre qu'il n'y a point eu supercherie, ce n'est point assez de la date de l'an Yll imprimée au titre, on veut être assuré que mention en fut faite alors dans les journaux spéciaux :

d'ailleurs la dédicace à Eléonore B marque d'une

façon certaine l'époque oii il a été composé. Eléonore est un des noms que Lucien se plaisait à donner à sa première femme, qu'il appelle d'ordinaire Christine et qui en réalité se nommait Catherine. B.... ne peut être que Boyer. C'est donc à sa femme, morte l'année suivante, que le citoyen L. B. « a dédié son premier essai littéraire en souhaitant qu'il pût quelquefois occuper agréablement ses loisirs ».

Aucune incertitude sur la date de publication ; aucune sur l'époque oii le livre a été écrit, et pourtant voici, telle qu'il est nécessaire de la présenter, car peu de gens ont lu la Tribu indienne, l'analyse de cette histoire confuse oii abondent les épisodes bizarres, et où l'auteur, copiant le style et quelques-uns des effets de Bernardin de Saint-Pierre, lui emprunte un vocabulaire découpé dans cette Chaumière indienne oîi déjà Napoléon, au temps d'Auxonne, avait puisé tant de locutions pour son discours à l'Académie de Lyon.

Le vieux Milford, riche négociant de Plymouth, dévoré du désir d'accroître ses biens, déjà immenses, a élevé son fils unique dans un esprit purement mercantile. Il ne lui a fait apprendre que les quatre règles, la géographie de l'Archipel indien et la langue orientale des Malais. « 11 voit avec ravissement ce fils répondre à ses espérances : il sourit à sa stupidité. » Edouard Milford est en même temps d'une beauté rare : « il est revêtu d'un corps de Ganymède. »

Son père se détermine à l'envoyer à Java sur un de ses navires qui, par un singulier hasard de plume, se nomme le Bellérophon^. Le Bellérophon relâche à Geylan. Le jeune Edouard va se promener dans une forêt oii il pense trouver de la canelle et des pierres précieuses; il s'y égare et, lorsqu'il revient au bord de la mer, le navire a disparu. Il sait que le point de

* C'est, on le sait, le nom du vaisseau anglais sur lequel seize années plus tard, Napoléon vint en souverain réclamer l'hospilalilé du peuple britannique et d'où il sortit prisonnier.

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