‹ Napoleon et sa familleChapitre 88 sur 168 · LUCIEN. — LA TRIBU INDIENNE · texte numérisé non relu

LUCIEN. — LA TRIBU INDIENNE

l'île OÙ il se trouve est habité par les Ténadares, peuplade extrêmement féroce, qui fait aux Portugais et à tous les Européans une guerre acharnée. Tout prisonnier Ewopéan est sacrifié aux Dieux par les Brames toujours « altérés de sang ». Eperdu, Edouard s'enfonce dans la forêt oii soudain il se heurte à une femme endormie. « Couchée sur une peau d'éléphant, sa tête repose sur un carquois ; ses cheveux aussi noirs et plus polis que l'ébène sont noués en tresses irrégulières ; un vêtement de toile des Indes, fixé sur son épaule g'auche par un nœud de perles, dessine la forme d'un demi-g'lobe, s'échappe sous la pente de l'Mutre qu'il n'ose pas couvrir et, se réunissant en écharpe au milieu du corps, descend jusqu'aux genoux en replis ondoyants. » Edouard pousse un cri d'admiration. La belle Indienne se réveille « saisit son arc, s'éloigne, ajuste la flèche et présente la mort à l'audacieux ». Edouard la supplie de le sauver; elle s'attendrit et le conduit à une grotte : « Etranger, dit Stellina, voici la grotte de l'hospitalité ; jamais mortel n'osa pénétrer dans ces lieux... Je te donne jusqu'à demain pour réparer tes forces. Les cocos nourrissants, les albètres aux fruits rouges ciselés, les sagoux farineux t'environnent et l'eau désaltérante est près de toi... Adieu, bon étranger, je désobéis à mes dieux pour te sauver la vie... Au delà des mers, souvienstoi quelquefois de la fille de Geylan. » Elle s'éloigne tout occupée du jeune homme blond et quand elle arrive près du palais de son père, l'Itobar, c'est-à-dire le chef des Ténadares, elle voit trois Anglais qui,

comme Edouard, se sont éj^rarés et n'ont pu rejoindre le navire. On va les sacrifier : « Amis, s'écrie-t-elle, ce ne sont point des Portugais. » Mais les prêtres ne lâchent pas leur proie. « Alors, terrible comme la tempête, Rianir s'élance au milieu de la place, suivi des cyclopes de Fétan. Il arrête les victimes soulevées, brise leurs liens, les pousse auprès de l'Itobar, et l'œil plein de rage : « Fût-ce le grand Brama, dit-il... ces trois hommes m'appartiennent et je les donne à Slêllina. » Et il agite dans les airs sa redoutable masmue, et les prêtres, tremblant devant lui comme devant le génie de la mort, fuient et se précipitent dans le temple qu'ils ferment à la multitude. » Rianir, ^ comme on pense, est amoureux de Stellina, laquelle, après avoir sauvé les Anglais, retourne à la grotte pour voir le jeune Edouard et sent bientôt qu'elle l'aime furieusement. La mère de Sttilina, très inquiète qu'elle soit ainsi, va trouver le Grand brame, lequel prétend marier Stellina à un sien neveu et s'empresse de profiter des confidences qu'il a reçues. « Il faut, dit-il, que Stellina consulte l'oracle, le Génie du mal : seule, la nuit, elle entrera dans le temple et, prosternée, elle sollicitera l'arrêt du dieu Vedra... Le colosse est placé au milieu de l'enceinte; sa tête se cache dans la voûte; un roc stérile lui sert de base, habité par l'image du tigre, du serpent et de toutes les bêtes féroces et venimeuses que l'attouchement de ses pieds avec la terre semble faire éclore. Le colosse est de bois de cyprès; un de ses bras repose sur la Discorde et l'autre lance la Tempête.

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