LUCIEN. - LA TRI DU INDIENNE
il n'obtint que le mépris et l'impuissance... Dans tous les pays de la terre, les prêtres sont des artisans du crime et de l'erreur ».
Et le livre se termine ainsi : « Voilà, mon Élconore, le récit que je t'avais promis. — L'amour, aux fruits délicieux qu'il nous donne, mêle quelquefois des fruits empoisonnés... — La soif immodérée des richesses élouirc la nature, et l'or appelle tous les maux sur la terre qui le renferme.
« Heureux les pays sauvages inconnus aux nations policées de l'Europe et qui ne possèdent rien qui puisse attirer ses avides spéculateurs ! »
Ainsi, tout ce roman, si l'on en supprime les efforts vers la couleur locale, les épisodes galants, les combats à la hache, des déclamations contre les prêtres, n'a que cet objet : flétrir, avec la dernière énergie, l'homme assez lâche pour abandonner une femme qu'il a rendue mère.
En l'an YII, la Tribu indienne a paru sans gravures, sans aucun luxe d'art ni de typographie ; mais, en l'an XI, Lucien prépare une édition nouvelle et illustrée : il commande à P. -P. Prudhon une suite de compositions, dont certaines sont entre les plus gracieuses et les plus rares du maître. De ces dessins dont cinq sur dix paraissent avoir été exécutées entièrement * ; ces dessins qu'ont gravés, avec quel art et quelle
* C'est pour les amateurs de gravures que j'ai donné ci-dessus le» passages du roman qui les a inspirées : ces gravures sont : 17/osy>»!7alité ou la Chasseresse ; le Sacrifice, ou Ilianir délivrant les prisonniers anglais ; VOracle ou Slellina aux pieds de l'idole; la Grotte; V Ingratitude ou la Soif de l'or.
justesse, Roger et Godefroy, il en est un qui présente la synthèse du roman, qui en élève au sublime l'idée maîtresse, qui, d'une façon inoubliable et sacrée, lui prêta un jour la vie et lui assure l'immortalité : c'est celui qui, dans l'œuvre de peintre, est généralement désigné sous le titre : la Soif de Vor. Marchant sur les corps prostrés de sa femme et de son petit enfant, un homme à la face terrible, aux yeux hagards, aux cheveux hérissés, court à l'autel du dieu qui donne l'or et qui fait riche. Pour s'emparer de cet or, il écrase ces êtres d'amour, d'innocence et de joie; pour s'en emplir, il les piétine; pour l'emporter, il les broiera et, s'il craint que ces douces voix qui l'appellent dénoncent son rapt, il les étouffera à jamais. Egal, sinon supérieur en intensité d'expression, en hardiesse et en grâce, au dessin delà Tlihnis^ \s. Soif de l'or présente cette particularité que, dans l'illustration, toutes les autres compositions étant explicatives et se rapportant nettement à un texte, celle-ci est purement allégorique ne se rattache à aucun épisode, contredit même le roman : il est l'expression complète non plus même du livre publié en l'an VII, mais de la situation posée en l'an XII. Ces dessins et ces gravures ont été exécutés : donc, Lucien a préparé une édition nouvelle de la IVibii indienne. L'amour-propre d'auteur ne pouvait l'aveugler au point qu'il ne vît point la naïveté de la fable et le démodé du style ; les déclamations contre les prêtres étaient de nature à le gêner, lui, l'orateur soutien du Concordat ; mais ce qui emportait tout, à ce moment, c'était l'idée d'affirmer ses sentiments