‹ Napoleon et sa familleChapitre 91 sur 168 · JEROME. — CAMPAGNE A SAINT-DOMINGUE · texte numérisé non relu

JEROME. — CAMPAGNE A SAINT-DOMINGUE

intimes, de prouver sa volonté de ne point céder, même pour un trône, la femme de son choix et 1 enfant qu'il tenait d'elle *.

L'affaire de Lucien était grave : mais pour qui a suivi les querelles engagées entre les deux frères depuis leur extrême jeunesse et surtout depuis 1792, il n'y a point à s'étonner de la rupture. Napoléon conserve quelque espoir que les choses finiront par s'arranger; mais, de Lucien, il pourrait prendre son parti, tandis que, par la conduite du dernier de ses frères, il est profondément atteint et mortifié.

Jérôme, on l'a vu, avait été, en qualité d'aspirant, embarqué sur le Foudroi/anl de la division La Touche- Tré ville et il avait ainsi le 46 pluviôse an X (5 février 1802), assisté, de la rade, à la reprise de Portau-Prince. Dès qu'il eut rejoint, au Gap, Leclerc et Paulette, ce fait d'armes lui valut le grade d'enseigne de vaisseau conféré provisoirement par Villaret. « J'ai cru, écrit l'amiral, devoir l'élever à ce grad(r d'après les talents qu'il a constamment dévelojjpéA

' L'édition resta en projet et cela sans doute parce que Lucien ayant résolu de. se retirer à Rome ne pouvait y venir précédé d'un tel livre. A défaut d'indications certaines, n'a-t-on pas le droit de penser que ces illustrations ont été commandées en brumaire en XII, qu'une partie en a été exécutée pendant le premier voyage de Lucien en Italie et qu'il a suspendu l'exécution des autres gravures lorsque, comme on le verra plus loin, il s'est déterminé à se fixer à Rome?

depuis qu'il est près de moi. » C'était moins de huit jours el Jérôme les avait passés à terre. Mais de cette terre il se lassa vite et, le séjour du Gap lui déplaisant. il obtint le 13 ventôse (4 mars) de retourner en France pour porter au Premier Consul des dépêches de Leclerc expédiées par le Cisalpin, le meilleur voilier de l'escadre. « Le général en chef, écrit Villaret, a témoigné le désir que ses paquets fassent confiés à un officier actif, intelligent et qui pût ajouter aux nouvelles qu'il apportait les détails qui lui avaient échappé. »

Après une traversée de trente-sept jours seulement, Jérôme entra à Brest ; il arriva à Paris le 24 germinal (14 avril) et descendit chez sa mère, rue du Mont- Blanc. 11 eut tout de suite la conlirmalion de sa nomination d'enseigne ; mais il fêta si bruyamment son grade que, en quelques jours, le Premier Consul en fut assourdi et qu'il invita son jeune frère à aller attendre à Nantes que la corvette lEpervier, sur laquelle il devait embarquer, fut terminée à la Basse- Indre, lancée et gréée. A Nantes, ville de plaisir et de commerce, habituée aux frasques des marins, à la vie opulente et dépensière des armateurs et des créoles, les fredaines de Jérôme feraient moins scandale qu'à Paris. Ce fut une joie que ce séjour : bals, dîners, fêtes de tous genres, chacun et chacune s'empressant à recevoir et à bien traiter le frère du Premier Consul. Jérôme ne voulut point être en reste et, YEpervier lancé, le départ passant pour prochain, il donna le 21 messidor (10 juillet) une fête superbe « à ceux des

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