‹ Napoleon et sa familleChapitre 92 sur 168 · JEROME.— VOYAGE AUX ANTILLES · texte numérisé non relu

JEROME.— VOYAGE AUX ANTILLES

habitants de cette ville chez qui il avait été accueilli ». Près de deux mois s'écoulent ensuite sans qu'il se décide à prendre la mer ; vainement le Premier Consul lui écrit, le 18 thermidor (6 août), cette belle lettre : « Nommé enseigne de vaisseau, il me tarde de vous savoir sur votre corvette, en pleine mer, étudiant un métier qui doit être le chemin de votre gloire. Mourez jeune, j'en serai consolé; mais non pas si vous viviez soixante ans sans gloire, sans utilité pour la patrie, sans avoir laissé de traces de votre existence. C'est n'avoir jamais existé; » il faut encore vingt-trois jours à Jérôme, et, à peine en mer, sous prétexte d'avaries, il relâche à Lorient d'où il revient encore passer quinze jours à Nantes : ce n'est que le 1" complémentaire (18 septembre) qu'il se détermine enfin à faire voile.

UEpervier, avec son état-major, tel qu'on l'avait laissé composer à Jérôme uniquement de ses amis et de ses complaisants, avait plus les allures d'un yacht de plaisance que d'un navire de guerre où l'on apprend à servir. Halgan, excellent officier ayant déjà fait brillamment ses preuves, avait le commandement nominal; mais il était loin d'être un chef sévère, et Meyronnet, Vincent et Gay, enseignes ou aspirants, n'étaient pour le frère du Premier Consul que des courtisans et des compagnons de plaisir. Meyronnet, qu'il connaissait du Foi'iiiidable, remplissait les fonctions de confident intime et prenait déjà des airs d'aide de camp.

Après quarante-deux jours de traversée, Jérôme qui,

peu satisfait de l'aniforme sévère de la marine, naviguait, paraît- il, en costume de capitaine des Hussards de Berchiny — culotte, dolman et pelisse bleu céleste avec gilet écarlate — arriva à Saint-Pierre de la Martinique. Halgan y tomba fort opportunément malade, en sorte que le Capitaine-général qui semblait avoir des ordres à cet effet ou dont le zèle devançait les instructions du ministre, « l'autorisa à remettre son commandement au citoyen Bonaparte » et « comme le grade de lieutenant de vaisseau devait être conféré à Jérôme en même temps que le commandement », l'amiral Villeneuve lui en donna la commission provisoire (6 frimaire an XI, 27 novembre).

Puis, selon les intentions du Premier Consul, il lui prescrivit un voyage d'agrément dans les Antilles, et d'abord une visite à Tabago et à Sainte-Lucie. Quoique l'amiral le déclarât « pénétré de la noble émulation de rendre son nom aussi célèbre dans la marine qu'il était déjà fameux dans les fastes de la guerre et de la politique », il avait été trop étonné par sa façon de servir pour ne point lui adresser une semonce, mais avec quelles précautions ! « En lui témoignant le désir de le voir un peu plus assidu à son bord, écrit Villeneuve à Decrès, je lui ai demandé s'il voulait être amiral comme M. de Penthièvre ou comme M. de Tourville. Son choix n'a pas été douteux. »

Le 8 frimaire (29 novembre), YEpei'vier mit à la voile pour Sainte-Lucie ; mais, deux jours après, il rentra, ramenant Jérôme fort souffrant. En allant, dans le fort de la chaleur, visiter le cratère de la

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