JEROME. — AUX ANTILLES
soufrière de Sainte-Lucie ; Jérôme avait pris une sorte de courbature qui avait été suivie d'un accès de fièvre. Ce ne fut point grave, car, le 12, la fièvre avait cessé. Néanmoins, l'amiral, soucieux de sa responsabilité, estima qu'il fallait rendre à Jérôme des forces avant de l'expédier de nouveau et il.l'envoya respirer « l'air des habitations ». Selon les souvenirs qu'on en a gardé à la Martinique, le remède fut souverain et la convalescence se passa gaiement : ce fut à ce moment que Jérôme contracta une étroite liaison avec la famille Lecamus, et s'attacha particulièrement le jeune Auguste Lecamus qui devint, avec Meyronnet, son compagnon inséparable.
Il se trouvait si bien de « l'air des habitations » qu'il n'éprouvait nul désir de reprendre la mer; mais les ordres du Premier Consul étaient formels : il fallait au moins une apparence de navigation pour l'habilitera recevoir l'avancement qu'on lui deslinait : il partit donc au milieu de nivôse (12 janvier 1803) pour la Guadeloupe, oii il passa une dizaine de jours. Au retour, il jugea à propos de s'arrêter à la Dominique, colonie anglaise; il descendit à terre et reçut « avec dignité et convenance » des honneurs presque royaux. Estimant ensuite sa campagne suffisamment remplie, il prit ses mesures pour n'être plus dérangé de quelque temps : il fit entrer VÉpeiwier dans le Cul-de-sac, oij il donna l'ordre qu'on en changeât l'arrimage et qu'on repeignît à Vhuile l'intérieur et les logements : c'était le rendre inhabitable pour un mois.
La pension de 30.000 francs par an que Napoléon
lui faisait, ne pouvait, même en y ajoutant les appointements de lieutenant de vaisseau, suffire à une vie aussi dispendieuse; aussi trouve-t-on, de ce dernier séjour à Saint-Pierre, une suite de lettres de change, de 30.000 francs chacune, que Jérôme tire sur Pfister, intendant de la maison du Premier Consul, à Tordre de M. Rancé, trésorier général de la Martinique, dans la caisse duquel il puisait largement. Gela aide à comprendre que l'amiral Villeneuve estimât que le commandant de VÉpervier « avait rempli l'objet de sa mission en visitant toutes et chacune de nos colonies sur la même route » et qu'il aspirât à son départ. En revenant, passerait-il à Saint-Domingue? L'amiral l'eût désiré : « mais, dit-il, le souvenir trop récent de la perte qu'il y a faite (Leclerc) lui a fait montrer quelque répugnance et je n'ai pas insisté ». (14 germinal, 4 avril.) Il comptait donc le renvoyer directement en France et le pressait de s'embarquer.
Mais Jérôme avait sur son retour des idées toutes différentes, qu'il ne jugeait point à propos de communiquer à son chef. «Je vais appareiller pour Saint- Domingue sous quinze jours, écrit-il le 25 germinal (13 avril) à son frère Joseph. Je compte y passer trois fois vingt-quatre heures et faire route pour la Nouvelle-Angleterre. Je remonterai la Delaware et mouillerai à Philadelphie ; de là, je me rendrai par terre à New-York et à Boston, d'oij je ferai route pour France. Ma campagne aura été longue, très pénible et surtout très instructive pour moi. A mon