‹ Napoleon et sa familleChapitre 98 sur 168 · JEROME- — MADEMOISELLE PATTERSON · texte numérisé non relu

JEROME- — MADEMOISELLE PATTERSON

condescendance, parle de la politique en homme qui la conduit et des bonnes relations qu'il désire que la France entretienne avec les Etats-Unis. Invité à dîner avec Pichon et Willaumez, « il se conduit de manière à donner la meilleure opinion de lui ».

Seulement, lorsque Pichon prétend lui insinuer que, la Poursuivante se trouvant au port, il est convenable qu'il s'y embarque et y prenne un emploi de son grade, Jérôme refuse nettement, alléguant que, ayant envoyé son lieutenant Meyronnet en France pour demander les ordres du Premier Consul, il est obligé de les attendre. Et lorsque Willaumez, ayant épuisé toutes les représentations, en vient à parler du droit de son commandement et d'un ordre formel d'embarquement, Jérôme oublie si complètement la subordination qu'il en résulte la scène la plus fâcheuse.

La raison qu'il a de ne point partir, c'est qu'il va se marier et, lelendeniain, il en fait part à Pichon.

A Baltimore, chez Samuel Chase, beau-père de Barney et politicien connu par ses malversations, il a rencontré une jeune fille, miss Elisabeth Patterson, — presque de son âge puisqu'elle est née le 6 février 1785 et lui le 9 novembre 1784 — dont il est devenu passionnément amoureux et qui, de flirt en flirt, l'a amené à l'épouser. Le père de cette jeune fille, William Patterson, de famille écossaise établie en Irlande, a émigré aux Etats-Unis en 1766, à l'âge de quatorze ans ; il y a fait le négoce, et, à la guerre de l'Indépendance , par de hardies spéculations sur les munitions et les armes, il a gagné

une fortune de 100.000 dollars qu'il a ensuite augmentée considérablement par son industrie et ses placements : de miss Dorcas Spear, sa femme, il a eu plusieurs enfants, dont au moins un fils Robert, et cette fille la Belle de Baltimore. Belle, elle l'est en effet et comme peu de femmes l'ont été : des traits d'une pureté, d'une grâce et d'une régularité parfaites, des yeux d'un brun clair étincelaut, des cheveux noirs, un cou et des épaules merveilleux, une taille et des extrémités d'une finesse exquise, rien de la race anglo-saxonne, tout de cette race d'Érin, qui éclôt parfois en une beauté étrange et suprême, victorieuse et irrésistible. Il reste de miss Patterson un portrait par Gilbert Stuart où la fantaisie du peintre .montre son visage sous trois aspects . de profil, de face et de trois quarts : il est impossible d'y trouver un défaut, d'y noter une imperfection : c'est la beauté ! Et non point une beauté avec des lourdeurs, du gras, des rigidités de statue, mais une beauté pleine de vie, d'entrain, d'allure, brillante, éclatante, rieuse, la beauté fast.^ habituée à remporter tous les succès, à recevoir tous les hommages, à éveiller tous les désirs, experle, non point par la lecture des Nuits d'Young et des Maximes de La Rochefoucauld, mais par les déclarations partout recueillies et par la certitude de sa valeur. Épouser le frère du Premier Consul, cela n'était ni ordinaire ni commun et, en mariages transatlantiques, il était difficile de mieux débuter : les milliardaires le trouveraientencore acceptable. Elisabeth s'y employa.

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