‹ Napoleon et sa familleChapitre 99 sur 168 · JEROME. - PUOJET DE MARIAGE · texte numérisé non relu

JEROME. - PUOJET DE MARIAGE

Lorsque Jérôme fit sa confidence à Pichon, les fiançailles étaient officielles : la demande avait élé faite à M. Patterson par le ministre d'Espagne, le marquis (i'Yrujo, etaccueillie avec empressement; le mariage était fixé au 11 brumaire (3 novembre), et Jérôme somma Pichon d'avoir « par convenance » à y assister.

En face, Pichon n'osa point résister et il se laissa « presque arracher son consentement pour se rendre à la cérémonie », mais, rentré, après le départ de Jérôme, il réfléchit, comprit quelle responsabilité il encourrait, quelle sottise il commettrait, et prenant la plume, il écrivit à Jérôme, à M. Patterson et au commissaire des Relations commerciales à Baltimore : aux uns et aux autres, il déclara que tout mariage contracté sans le consentement formel de M™® Bonaparte actuellement vivante serait nul et de nul efTel ; il énuméra les qualités et conditions requises pour contracter mariage^ telles qu'elles se trouvent au titre V du Code civil, décrété, fit-il remarquer, le 6 germinal précédent (27 mars 1803).

A Jérôme, il fait observer « qu'il ne peut, sans exposer la personne qui est l'objet de sa préférence, et la famille respectable à laquelle elle appartient, passer outre les obstacles légaux qui empêchent son alliance ». A M. Patterson, il adresse l'extrait authentique du Code civil ; au commissaire des Relations commerciales, son subordonné, qu'il charge de remettre en mains propres la lettre destinée à M. Patterson, il enjoint, « au cas où, malgré ces dispositions, on passerait outre à une célébration, de

faire, en son nom, à Fecclésiastique qui y procéderait, une notification signée, portant purement et simplement les dispositions (les lois françaises qui s'opposent à la validité de ce mariage ».

Le lendemain (6 brumaire, 29 octobre), Pichon reçoit cette lettre de Jérôme : « J'ai eu, citoyen, hier au soir communication de la lettre que vous avez écrite à M. Patterson ; j'ai vu avec peine que vous preniez des détours pour nuire à mes projets. La manière dont j'avais déjà reçu vos représentations devait vous engager à vous adresser encore directement à moi sans chercher des moyens qui ne conviennent point à votre caractère ministériel et encore moins à celui d'un homme loyal. »

Pichon s'attendait aux injures, mais avait-il atteint son but ? Il put le croire : à la vérité, le 21 brumaire (13 novembre), Jérôme, par bravade, lui annonce encore que son mariage sera célébré le 23 (lo) et l'invite à y assister ; mais, dans la soirée du 22, Lecamus arrive, chargé par Jérôme de déclarer « qu'après mûre réflexion, il a rompu son mariage », de réclamer toutes les lettres écrites à cette occasion et a de prier le chargé d'affaires de ne point en écrire à son ministre ».

D'oii vient ce revirement? D'abord, M. Patterson met obstacle à une affaire qui ne lui présente plus de garanties suffisantes et qui lui semble à présent une spéculation par trop risquée. Tant qu'il a cru que Jérôme avait atteint ses vingt et un ans, — ce qu'il s'était offert à prouver par sa commission

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