GRASD-DUC DE BERG; ROI DE NAPLES
LAMAUTiNK a fait le portrait ph3^sique de Murât : « Sa taille était élevée, son buste svelte, son cou dé«:ra(<é, ses bras souples quoique fortement noués aux épaules, ses jambes bien fendues pour embrasser un cheval, ses pieds bien arqués pour mordre les pentes des montagnes. Sa physionomie ouverte et rayonnante, ses yeux bleus, son nez aquilin, ses lèvres ^^racieuses, son teint coloré, ses cheveux châtains, longs, soyeux, naturellement ondes, flottant sur ses joues, ou rejçlés sur son col à hi manière des Basques, frappaient les yeux et gagnaient les cœurs. »
Voici son portrait moral, ([ui a trait égah'iuent .1 sa jeunesse : « Urave jusqu'à hi témérité, il risqua bien des fois sa vie dans des épreuves dont il sortait toujours vainqueur. Afais s'il y avait dans cet enfant phis de jactance que de hardiesse, si l'on pouvait lui reprocher les allures et le ton impérieux d'une ambition précoce, il se faisait pardonner ces défauts par une générosité naturelle, par une bonté de cœur dont le mouvement
et l'expression avaient quelque chose de chevaleresque. »
Il y a beaucoup de vrai dans cette appréciation. La reculée du temps a contribué à faire ressortir encore davantage la sensibilité, la délicatesse affectueuse, l'élan du cœur de Murât. Les « Souvenirs » de tous ceux qui l'ont approché, et notamment ceux d'Auguste de Colbert, son aide de camp des premières campagnes, devenu un des généraux les plus distingués, les plus bril lants de l'Empire, sont là pour montrer non seulement la vaillance, mais la générosité de cœur de Murât. L'histoire de l'homme distingué qui a été son chef d'état-major pendant toutes les guerres de l'Empire, le général comte Helliard, donne la même note, ce Les relations journalières d'un général avec son chef d'état-major, écrit l'auteur de cette histoire, le général Derrécagaix, sont une pierre de touche délicate pour les caractères. » Entre Murât et Belliard, elles ont créé des liens indissolubles d'estime, d'amitié d'une part, de profond dévouement de l'autre, qui les honorent et les grandissent tous les deux. Et cette appréciation est confirmée par les lettres si tendres, si touchantes du roi Murât, que viennent de faire publier, pieusement, dans toute leur intégrité, les petits-enfants du roi de Naples.
Il ne faut pas oublier cette note, pour apprécier cette grande vie du soldat, et même le rôle de Murât comme souverain. Il faut se rappeler que dans cette poitrine battait un cœur tendre, généreux, vaillant, ardent, dont les élans dominèrent cette nature héroïque, vibrante, aussi entraînante que facile à être entraînée.
Oui, il s'est laissé aller au delà de ce qu'il (levait à la France, à Napoléon, dans les dernières années de son règne, mais au milieu de circonstances extraordinaires faites pour troubler les consciences les plus droites; il y a été poussé non seulement par son affection pour sa femme, pour ses enfants; par son dévouement pour ses sujets.
Il avait pris à cœur ses devoirs de souverain dans son beau royaume de Naples; il s'était identifié avec les intérêts de ses sujets; il leur avait apporté, avec le souffle de la liberté, les idées d'union et d'indépendance qui ont fini par prévaloir et par fonder l'Italie actuelle. Son règne, quelque court qu'il ait été, a été utile à l'Italie. Ce n'est pas sans raison qu'un auteur italien a pu s'é( rii'i- : « L'imprcsa di Gioacchimo Murât era passata como una meteora ». VA le commandant Weil, qui a écrit « les Dernières Années » de son règne, ajoute : « La traînée lumineuse laissée dans le ciel par ce météore a contribué a éclairer de ses
feux, en Italie, la conquête de l'indépendance et la constitution définitive de l'unité nationale. »
Au point de vue militaire, auquel nous nous placerons surtout dans cette esquisse, la vie de Murât est une merveille.
Né le 25 mars 1767, à la Bastide-Fortunière, après une jeunesse mouvementée, il fut désigné, avec son ami Bessières, parle département du Lot pour faire partie de la garde constitutionnelle en création. Quelques mois après, il était sous-lieutenant dans un corps franc qui devint le 21^ chasseurs.
En 1795, Jlurat était chef d'escadrons dans ce régiment à Versailles, lorsque Napoléon fut nommé commandant en second de l'armée de l'intérieur. Murât lui rendit immédiatement un service signalé, en allant prendre et en lui amenant les canons des sections, au moment même où les insurgés allaient s'en emparer. Cette artillerie joua le rôle prépondérant dans la répression de l'insurrection. Ce fut le point de départ de la fortune de Napoléon; ce fut aussi celui de la carrière de Murât.
Quand Napoléon prit le commandement en
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