‹ Napoléon et ses maréchauxChapitre 37 sur 69 · M LU AT · texte numérisé non relu

M LU AT

plus hrillaiiU'. Dans ses « Souvenirs militaires », le colonel Je Gonneville décrit son attitude au rnnibat de Ilof :

a L'ennemi était fortement posté. Plusieurs charjres lancées par Murât avaient été ramenées. Alors, il se porta au galop devant le front des cuirassiers d'IIautpoul, pour les entraîner à la charge . ^ \ ue les enthousiasma. Par-dessus sa tuniquf toute brodée d'or, il portait une pelisse de fourrure. La poignée de son sabre étincelait de pierreries ; son bonnet de fourrure était rehaussé par des plumes noires, et une aigrette blanche fixée par un diamant. Il arriva la tête haute, la figure gaie, ouverte, monté sur un magnifique cheval; et dès qu'il fut à la portée «h* la troupe, commanda d'une voix retentissante : « ( Jiargez », puis s'élança lui-même à la charge, suivi par les cuirassiers électrisés.... Tout fut renversé, enfoncé. La vaillance de Murât avait as.suré le succès. »

Quelques jours après, à Eylau, devant la supériorité numérique écra.sante des Russes, et surtout de leur artillerie, sous le temps affreux, sous la neige que le vent chassait dans les yeux de nos soldaU, nos affaires allaient mal ; le corps d'Augereau était à moitié détruit. Napoléon se tourna vrrs Miinif. d lui montrant les masses

russes qui s'avançaient lui dit : « Nous laisserastu dévorer par ces gens-là? »

Murât courut à sa cavalerie, et l'entraîna dans une des charges les plus belles, les plus formidables, les plus meurtrières de l'histoire. La première ligne russe fut enfoncée, la deuxième aussi. La troisième résista; alors intervint Bessières avec la cavalerie de la garde; la troisième ligne ennemie fut rompue à son tour par nos grenadiers à cheval. La journée fut sauvée par Murât, par Bessières; et ce fut une merveille de voir les deux maréchaux amis risquer leur vie, braver les mêmes dangers sans arrière-pensée, rivaliser d'audace, comme s'ils avaient tout à gagner, comme s'ils étaient encore les volontaires du Lot de 1792.

Après Tilsitt, le prince Murât fut envoyé en Espagne, comme lieutenant de l'Empereur ; il eut à intervenir énergiquement contre le soulèvement de Madrid. Quand le frère de Napoléon, Joseph, fut nommé roi d'Espagne, Murât fut désigné à sa place comme roi de Naples, et se consacra à son royaume jusqu'en 1812.

Pendant la campagne de Russie on le retrouve à la tête de la réserve de cavalerie, plus vaillant que jamais, bravant tous les périls, ne songeant qu'à l'honneur de nos armes,, à la gloire de la

France; oubliant couronne, femme, enfants, tout ce qu'il aimait si tendrement, pour prodiguer sa vie avec une bravoure, une abnéi^atiou sans pareilles, pour inscrire des pages suhjimes d'héroïsme dans les annales de notre pays.

L'armée voit avec admiration le roi Murât se lancer lui-m«''me à fond, comme autrefois, au plus fort de la mêlée; charger la cravache à la main, sous son costuitie éclatant qui le signale autant à ses ennemis qu'à ses propres troupes; donner ses ordres, sur le terrain, dans les circonstances les plus difficiles, nver un coup d'(ril. un sang-froid inoubliables.

A la Moskowa, il se couvre de gloire, combattant parfois à pied, l'épée à la main, pour lame ner des troupes d'infanterie à ratta(|ue ; se jetant au milieu des carrés de la division Friant pour le» encourager h. résister à outrance aux charges furieuses des Russes; et quand la situation est léla lilio, saluant les braves qui l'entourent, en leur rrianl * « Soldats de Friant, vous êtes des héros! » puis pendantquelessoldats l'acclament, remontant .1 • heval pour rc»urir k sa cavalerie, la lancer ilans la bataille, et faire enlever la grande redoute par lescuira.ssiers, dont les chefs Afont brun et (laulaiu court tombent tous deux au champ d'honneur....

En 1813, il accourt se mettre aux ordres de

l'Empereur; et brillant, entraînant, insouciant du danger, contribue puissamment au succès de Dresde, aux derniers efforts de la campagne à Leipzig. Puis il se sépare tristement de l'Empereur, son beau-frère, qu'il ne devait plus revoir, et rentre dans son royaume.

Si alors, pendant les derniers mois de son règne, il s'est laissé aller au désir de conserver sa couronne, si les sentiments patriotiques du soldat passionné de gloire ont cédé devant les intérêts de sa femme, de ses enfants, de ses sujets, devant les aspirations de l'Italie qu'il avait poussée lui-même à la liberté, à l'unité; si le volontaire de 1792 s'est trouvé mal préparé pour remplir son rôle de roi jusqu'au bout, dans des circonstances si horriblement troublantes; s'il a été affolé par la lutte que se livraient dans son cerveau sa générosité naturelle et les intérêts des siens, et ceux de l'Italie ; s'il a ouvert des négociations regrettables, joint ses armes à celles des ennemis de la France pour les retourner aussitôt contre eux ; s'il a terminé sa carrière en aventurier; il faut oublier ces aberrations, ces entraînements irraisonnés, pour ne songer qu'aux pages inoubliables de gloire, d'héroïsme que ce vaillant entre les vaillants a inscrites dans les annales de notre pays.

En pensant à Waterloo, Napoléon exprimait, à Sainte-Hélène, ses regrets de n'avoir pas pu accepter, au retour de l'île d'Elbe, l'ofTre que lui faisait Murât de se mettre à ses ordres pour sa dernière campagne; et il ajoutait : « Murât nous aurait peut-être valu la victoire.... Jamais on ne vit à la tête de la cavalerie quelqu'un de plus déterminé, de plus brave, de plus brillant. »

(Test là ce qui doit rester dans le souvenir de la France. Murât a été un de ses plus vaillants ♦•nfants. II a été l'entraîneur de cavalerie le plus extraordinaire de l'histoire; le héros le plus vibrant de la grande épopée.

Il a été aussi le premier souverain qui ait osé prendre les armes pour conquérir à l'Italie son unité, son indépendance. Et l'Italie s'en est souvenue; elle a placé, aux portes du Palais de ses Uois, la statue du roi Joachim Murât à coté de ♦ lie du roi « Galantuomo », de Victor-Emmanuel, le libérateur, le fondateur de l'Italie actuelle.

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