DUC DE CONEGLIANO
DANS la grande promotion de Maréchaux, du début de l'Empire, Napoléon s'était préoccupé de répartir ses choix sur toutes les armées de la République, qui avaient défendu victorieusement nos frontières. Moncey y représente l'armée des Pyrénées-Occidentales dont la base d'opérations s'était étendue en France de Saint-Jean-Piedde-Port à Bayonne, et qui n'avait pas tardé, sous son énergique impulsion, à envahir le Nord-Ouest de l'Espagne.
Bon Adrien Jannot de Moncev est né cii 17o4. Il était le fils d'un avocat de Besançon qui le destinait au barreau. A quinze ans, il s'engagea et servit successivement au régiment de Gonti, dans la gendarmerie, au régiment de Nassau. En 1789, il était sous-lieutenant; en 1791, capitaine de chasseurs dans l'armée des Pyrénées.
En 1793, il se distingua comme commandant des « chasseurs cantabres » près de Saint-Jean- Pied-de-Port, dans la vallée de Roncevaux, où dix siècles auparavant avait eu lieu le désastre de
Holand, le preux de Charlema«i:ne; puis à Saint- Jean-de-Luz. au camp d'Hendaye; il fut fait «général de brigade, et bientôt après général de division et commandant en chef.
Immédiatement sous son commandement, les opérations prennent une tournure des plus actives, des plus énergiques. Attaqués de front >ur la Bidassoa, les Espagnols sont tournés par la vallée de Bastan, et perdent successivement Irun, Fontarabie, Saint-Sébastien.
A Villa-Xova, écrit L.-C. Chénier, l'auteur de Y hlof/e historique du Maréchal de Moncey , iMoncey • •riraiii"''' /" Colonne infernale, i\ la tète de laquelle marche le glorieux soldat de la défense nationale, La Tour d'Auvergne, le premier grenadier de France. Les Espagnols sont battus, laissant entre nos mains des canons, des dra-peaux, de nombreux magasins. La Navarre est conquise jusqu'à Pampelune: puis Moncev s'empare de Tolosa, Bilbao et contribue dans une large mesure à forcer l'Espagne à demander la ['ii\ Entre temps, la Convention avait décrété (ju«' iarméf d«»s Pyrénées-Occidrntalcs avait bien mérité d«* la Patrie; et lui avait envoyé un éhndard d'himneur et une couronne de chêne .
La paix conclue, Moncey fut chargé du conimandenient de la division de Bayonne. Bientôt
dénoncé, il fut mis en non-activité et se retira à Camiade près de Bayonne; consolé par les témoignages d'estime et de respect des populations basques, qui voyaient en lui le héros de la défense de leur frontière.
Replacé, il commanda à Lyon, puis dans l'armée du Rhin et de l'IIelvétie. Le Premier Consul le nomma premier inspecteur général de la gendarmerie. A la proclamation de l'Empire, il continua comme maréchal à remplir ces importantes fonctions, qu'il conserva pendant tout le règne de Napoléon.
En 1808, il fut appelé au commandement du 3^ corps d'armée en Espagne et contribua au siège mémorable de Saragosse. Puis il fut de 1809 à 1815 à la tête de diverses armées de réserve en Flandre, sur les côtes de l'Ouest, à Lille.... Il avait été fait duc de Conegliano en
En 1814, il était major général des gardes nationales de Paris, et contribua énergiquement avec les maréchaux Marmont et 3Iortier à la bataille de Paris. Sa belle défense de la barrière de Glichy lui valut une popularité bien justifiée : pendant. que les deux autres maréchaux luttaient avec des troupes régulières, il était à la tête de la population elle-même de la capitale, surexcitée
par ridée de défendre son indépendance. Il combattit jusqu'à la dernière extrémité, bien secondé par les 1'* et 2" légions de la garde nationale, et par une batterie d'artillerie vaillamment servie par les élèves de l'Ecole polytechnique.
A la Restauration, le maréchal de Moncey donna la mesure de l'élévation, de la noblesse de son caractère par la fameuse lettre qu'il écrivit au roi Louis XVIII pour refuser de faire partie du Conseil de guerre appelé à juger le maréchal Ney. Voici quelques extraits de cette lettre :
« Sire, placé dans la cruelle alternative de désobéir à Votre Majesté, ou de manquer à ma con.science, j'ai dû m'en expliquer à Votre Majesté. Je n'entre pas dans la question de savoir si le maréchal Ney est innocent ou coupable. Ah! Sire, si ceux qui dirigent vos conseils ne voulaient que le bien de Votre Majesté, ils lui diraient cjue jamais l'échafaud ne fit des amis. Croient-ils que la mort soit si redoutable j)Our ceux qui ia bravèrent si souvent! C'est au passage de la Bérésina, Sire, c'est dans cette affreuse catastrophe que Ney sauva les débris de l'armée; et j'enverrais à la mort celui à qui tant de Français doivent la vie.... Non, Sire, s'il ne m'est pas permis de sauver mon pays, ni ma propre existence, je Sf'tiivfrai du nu»iiis r!i*)ririf'ur »
Cette lettre, pleine d'une dignité ferme, élevée, valut au maréchal de Moncey d'être destitué, privé de ses titres de duc, de maréchal, et emprisonné au fort de Ham. Bientôt cependant le roi, comprenant la noblesse de cette attitude, lui rendit ses dignités et le fît entrer à la Chambre des Pairs. En 1823, il commanda un corps d'armée en Espagne. En 1832, il fut nommé gouverneur de l'hôtel des Invalides, et chargé en cette qualité de recevoir en 1840 les cendres de Napoléon.
Il mourut deux ans après, et fut enterré dans le caveau des gouverneurs, de l'église Saint-Louis des Invalides, au milieu d'illustres compagnons de gloire.