AUGEREAU
cette mémorable occasion. Voici le résumé de . son récit :
Il gardait la ligne de l'Adige lorsque, le 30 juillet ITDG, il reçut l'ordre de se replier sur Roverbella, en rompant les ponts et brûlant tout et' qu'il ne pourrait pas emporter. Le mouvement s'exécuta. A trois heures et demie, arriva à Roverbella le général en chef Bonaparte avec son état-major. Il mit aussitôt Augereau au courant de la situation respective des deux armées, qui était troublante. Augereau conseilla d'en imposer à l'ennemi. Le chef d'état-major Berthier riposta qu'il ne connaissait pas bien les positions de l'ennemi. « Je les connais mieux que vous », déclara Augereau; et il insista sur l'idée « qu'il fallait avant tout éviter une retraite qui démoraliserait les troupes; qu'il valait mieux les rallier et marcher sur l'ennemi; que, quant à lui, il se chargeait de rétablir les communications avec Milan ci Vérone ».
Uonaparte parla ensuit»' de faire lever le siège tl»' Mantoue. Augereau combattit cette proposition.
Le lendemain 31, Augereau rétablit les communications et s'empara de Brescia. Le général en chef l'y rejoignit et tint un conseil de guerre dans lequel il exjirKjua aux généraux la gravité
de la situation; il leur demanda s'il fallait, même après l'occupation de San Marco et de Brescia, se retirer sur la rive opposée du Pu, ou bien attendre l'ennemi avec le peu de forces qui nous restaient.
Tous les généraux furent pour la retraite, sauf Augereau qui déclara violemment qu'il n'exécuterait pas une pareille infamie. Vers deux heures de la nuit, il fut appelé par Bonaparte qui lui dit qu'apiès avoir longuement réfléchi il pensait comme lui, et qu'il allait marcher sur l'ennemi et l'attaquer partout où il le trouverait. Augereau reçut l'ordre de se porter sur Montechiaro, pendant que le général en chef irait rejoindre Masséna à Lonato.
La chose fut faite. Augereau rencontra les Autrichiens postés à Castiglione, et déploya ses troupes en face d'eux dans le plus grand ordre; de sorte que le bon aspect de ses braves soldats pleins de confiance acheva de faire tomber les dernières hésitations de Bonaparte. Il donna l'ordre à Augereau d'enlever Castiglione aux Autrichiens, le lendemain 3 août.
L'opération eut lieu, et fut poussée très énergiquement. Vivement attaqués de front, et tournés sur leur gauche, les Autrichiens furent repoussés de position en position; à la nuit, le quartier
AUGEnE.\u. :i7
Lf/' lierai d'Augereau fut établi à Castiglione.
Le lendemain 4 août, Napoléon arriva à Castii^'-lione, se jeta dans les bras d'Augereau, et lui (lii : « Vous aviez bien raison; c'est dans la journée d'hier que j'ai reconnu mes vrais amis ».
Puis il lui annonça que les ordres étaient donnés pour rassembler l'armée entière à Castiglione, et que le lendemain il achèverait d'écraser 1 ♦'unemi.
Le lendemain, ^î août 1796, eut lieu la mémorable bataille de Castiglione.
Le récit publié par Augereau, tout en faisant l.i part très belle à son auteur, n'en donne pas iiHiins, et malgré lui probablement, une grande impression de l'activité, du sang-froid et de la décision de Napoléon dans ces circonstances terriblement inquiétantes. Non seulement il se rallia à l'avis énergique d'Augereau; mais, après lui avoir donné ses ordres, il courut à Masséna pour battre le détachement autrichien de Lonato; puis revint à (^astiglione, et profita du combat j»réparatoire d'Augereau pour livrer la bataille décisive, dans de bonnes conditions et avec toutes ses troupes.
Quelle a été réellement l'iulluence de l'attitude d'Augereau sur les décisions du jeune général en chef? Ce qu'il y a de certain, c'est que Napoléon
a gardé de cette attitude et de l'énergique intervention d'Augereau le meilleur souvenir, puisque, à la fin de la campagne, il le chargea de porter au Directoire les soixante drapeaux pris sur l'ennemi, et que plus tard il le fît duc de Castiglione.
Après ces événements, Augereau eut à intervenir très vigoureusement à Bassano ; dans les trois journées d'Arcole; puis dans la marche offensive vers Vienne, qui amena la paix.
Nommé après la guerre commandant de la division militaire de Paris, il prit une part active au coup d'état de Fructidor; puis il alla prendre à Cologne le commandement de l'armée d'Allemagne, précédé par une réputation qui ne donnait pas une grande idée de l'élévation de ses sentiments : on parlait beaucoup dans toute l'armée de sa tendance à profiter de la victoire pour lui-même; et son fourgon richement chargé, « le fourgon d'Augereau », était devenu légen daire dans l'armée,
Macdonald commandait une division de l'armée du Rhin à ce moment-là. Il vit arriver Augereau à Cologne, et en parle dans ses « Souvenirs » : Le nouveau général en chef passa la revue de la division de Macdonald, il en trouva la tenue trop belle. « Je vois, dit-il, que l'on conduit ces troupes à la prussienne; mais j'y mettrai ordre. »