AUGEREAU
« Il y eut un repos avant de défiler, ajoute Mac- (lonald; les soldats vinrent en foule autour d'Auirereau. Son costume était étincelant; il y avait (les broderies jusqu'à ses bottes courtes, ce qui faisait un contraste frappant avec nos uniformes simples. Il raconta ses campagnes d'Italie, parla de la bravoure des troupes, sans faire nulle mention du chef de cette armée, Bonaparte. Il dit que les soldats y étaient bien traités; et qu'il n'y en avait pas un, tel mauvais sujet qu'il fût, qui n'eut dix louis dans sa poche et une montre d'or. C'était un avis pour les nôtres. »
Augereau ne resta que quelques semaines à la tête de cette armée. Il exerça ensuite divers commandements sans événements notables.
Promu maréchal, il commanda, pendant la campagne de 1805, un corps d'armée de deuxième ligne sur le Hhin. En 1806, il eut à combattre à léna, où il occupait la gauche de nos troupes; puis il fut fortement engagé à Eylau, vit tomber autour de lui, par suite d'une fausse direction, une grande partie de seâ soldats ; il en manifesta un tel mécontentement qu'il fut relevé de son commandement et que son corps d'armée fut dissous.
En 1812, il commande un corps de deuxièm(3 ligne qui occupe la Pru.s.se; en 1813, il intervient à Leipzig; puis il commande les troupes de Lyon.
En 1814, il est chargé d'arrêter l'invasion du côté de Lyon. L'Empereur lui envoie, pendant la campagne même, des instructions précises sur son rôle; mais il trompe sa confiance, reste immobile; laisse faire l'ennemi sans intervenir, s'entend même avec lui et abandonne Lyon.
Pendant les Cent- Jours, il offre ses services à Napoléon qui les refuse; après Waterloo, il les offre à Louis XVIII qui ne les accepte pas davantage; puis, en 1816, il meurt oublié dans sa terre de la Iloussaye.
A Sainte-Hélène, Napoléon a apprécié sévèrement sa conduite : « Augereau, depuis longtemps, a-t-il dit, n'était plus le soldat. Son courage, ses vertus premières l'avaient élevé très haut, hors de la foule ; les honneurs, les dignités, hi fortune l'y avaient replongé. Le vainqueur de Castiglione eût pu laisser un nom cher à la France; mais elle réprouvera la mémoire du défectionnaire de Lyon. »
PlilM.i: DE PnXTF-CORVO. nOI DE SUÈDE
TE maréchal Bernadette est né à Pau en 17G3. J A dix-sept ans. il s'était engagé dans le régiment de Royal-Marine, et y avait servi pendant neuf ans, comme soldat et sous-offîcier.
11 était grand, bien tourné, d'une belle prestance qui lui avait valu le surnom de « Bellej;iiii1h' ». Ses yeux étaient vifs, perçants; sa figure énergique, nettement dessinée — à la Condé. — Il était travailleur, éloquent, entraînant. L'ensemble de ces qualités l'avait fait arriver adjudant en 1789.
La Révolution ne tarda pas à le tirer de l'ornière. En I7ÎM. il était lieutenant, et bientôt iprès capitaine, colonel. A Fleurus, il fut fait Lfénéral de brigade par Kléber, sur le champ de bataille môme; se distingua à nouveau au siège • II' Maestricht et fut nommé général de division; j»uis il servit brillamment sur le lUiin dans l'armée de .lourdan.
Au commencement de 17î)7, il amena à Napoléon, en Italie, un renfort de 20000 hommes, à
la tête duquel il contribua efficacement aux oprrations sur Vienne; désireux de montrer quo comme bravoure et entrain les soldats de l'arnu'c du Rhin valaient ceux de l'Italie.
A la paix, il exerça pendant quelques semaines les fonctions d'ambassadeur de France à Vienne ; mais il n'y réussit pas, et fut rappelé à la suite d'une émeute qu'il souleva en arborant intempestivement un drapeau tricolore. Puis, pendant quatre mois, il fut ministre de la guerre.
Au coup d'Etat du 18 Brumaire, il prit une attitude de blâme, d'opposition. Napoléon n'en tint pas compte, peut-être parce qu'il venait de se marier, et d'épouser la belle-sœur de son frère Joseph. Bernadotte fut nommé maréchal de l'Empire en 1804, et chargé du gouvernement du Hanovre. Puis il intervint dans la campagne de 1805, comme commandant d'un des corps de la « Grande Armée », et ne fut pas sans soulever quelques critiques le jour d'Austerlitz.
Il n'en reçut pas moins, en juin 1806, en toute souveraineté, la principauté de Ponte-C.orvo, au moment où son beau-frère Joseph fut nommé roi de Naples.
Dans la campagne de 1806, Bernadotte commanda le l""" corps, et s'attira encore des critiques, trop bien fondées, le jour d'Iéna et d'Auerstaedt.
La veille de la bataille, le 13 octobre, il était à Naumbourir sur la Saale, auprès du corps de Davout. Pendant la nuit Davout reçut l'ordre de traverser la rivière et de se porter sur Apolda pour contribuera la bataille que l'Empereur allait livrer vers léna; et ses instructions se terminaient par : « Si Bernadotte est avec vous, vous pourrez marcher ensemble; mais j'espère qu'il sera à Dornbourg. »
Davout communiqua immédiatement cet ordre
à Bernadotte ; mais celui-ci crut devoir se rendre
A Dornbourg; de sorte que Davout se trouva seul
ri face de toute une armée prussienne. On sait
ivec quelle vigueur, quel héroïsme, il se tira de
• tte situation.
Le corps de Bernadotte arriva péniblement à Dornbourg, gênant la cavalerie de 3Iurat; puis il gravit plus péniblement encore les pentes de la rive gauche de la Saale, inutile entre les deux batailles. Vers quatre heures et demie du soir, un aide de camp de Davout, le capitaine Trol»rianl, envoyé par son chef pour prier Bernadotte de poursuivre tout au moins l'ennemi, (\u\ >•' repliait battu, rencontra le Maréchal sur les liauteurs (|ui dominent la Saale. r»«Ti!;idol((' je reçut avec humeur et ne fit rien.
Napoléon et l'armée apprécièrent sévèrement
cette attitude; mais ils l'oublièrent bien vite en constatant l'entrain, le zèle avec lesquels, dès qu'il fut libre de ses mouvements, le prince de Ponte- Corvo prit part à la poursuite des Prussiens et aux événements qui amenèrent la capitulation de Blûcher à Liibeck.
C'est vers cette époque que le vil, jjourailaires de service, un officier d'ordonnance du maréchal Ney, le duc de Fezensac, qui devint plus tard général de division, et qui en parle ainsi dans ses Mémoires : « C'était la première fois que je voyais Bernadotte, le futur roi de Suède; et il m'a paru bien différent des autres généraux. Il était aimable, parfaitement aimable pour tout le monde; il mangeait avec ses aides de camp et avec les officiers en mission.... » C'était vrai : autant Bernadotte était désagréable, frondeur, récalcitrant pour ses chefs et même pour ses camarades ; autant il était affable, accueillant, obligeant pour ses subordonnés. C'était un charmeur pour ceux qui avaient à lui obéir. Mais lui-même ne savait pas obéir. Toute contrainte surexcitait cette nature ambitieuse, personnelle. Il était fait pour commander en toute indépendance.
En 1807, isolé à l'aile de l'armée, il rendit d'excellents services et se heurta plusieurs fois brillamment à l'ennemi. Blessé dahs l'un de ces
combats, il abandonna son commandement; et bientôt après fut nommé gouverneur des villes banséatiques. Il eut affaire avec la Suède, et se conduisit avec une modération, une équité, une babileté qui lui valurent l'affection de ces contrées.
En 180y, il commanda un corps de Saxons, et intervint à Wagram. Son corps fut fortement engagé, et même très éprouvé ; mais l'Empereur '•mit d'en parler dans le bulletin. Bernadotte voulut riposter en faisant publier, par les journaux allemands, un ordre du jour, oîi il adres- >ait lui-même les plus vives félicitations aux ^axons, sans parler des autres troupes. L'Empereur se fùcha, et l'envoya commander sur les «oies. C'est à ce moment que commencèrent les négociations de Bernadotte avec les Suédois, lésireux de lui voir prendre le poste d'béritier pré.somptif de leur vieux roi.
Après de nombreux j)ourparlers, il accepta toute.s les conditions indiquées, même celle l'embrafiser la religion luthérienne. La diète suéloi.se Tacclama comme prince royal. L'Empereur « onsentit à cette désignation, et même indemnisa lari:»'nifnt Bernadotte de tous ses frais de dépla-