III. h
Le nouveau prince royal fit son entrée en
Suède, en octobre 1811. Il séduisit immédiatement le vieux roi et ses futurs sujets par son affabilité et son activité, et prit en mains les affaires du royaume. Bientôt les intérêts de la France furent en désaccord avec ceux de la Suède. Napoléon avait fait occuper par ses troupes la Poméranie suédoise. Bernadotte, devenu le prince Charles-Jean, se tourna vers la Russie, se lia de plus en plus à elle à la suite de nouveaux pourparlers; intervint pour faire revenir Moreau de l'Amérique; et linalement, au moment de l'armistice qui coupa la guerre de 1813, se joignit ouvertement à la coalition, et accepta le commandement de l'armée du Nord de nos ennemis.
C'était l'époque des grandes défections : le chef d'état-major du maréchal Ney, le Suisse Jomini, était passé à l'ennemi; Moreau était dans le camp de nos adversaires, le conseiller écouté du Tsar. Vers la fm de l'armistice, Bernadotte vint passer la revue des troupes alliées qui assiégeaient Stettin défendue par nos soldats. Il s'avança entre les avant-postes des deux armées, s'approcha do la place, et harangua même des Français qui faisaient un fourrage. Aussitôt, malgré l'armistice, un boulet tiré par la place vint siffler au-dessus de la tête de l'ancien maréchal de France. Bien
vite, les alliés demandèrent des explications à la place, se plaignant de cette violation du droit des pMis. « (le n'est rien, répondit tranquillement 1«» gouverneur français de Stettin, le général Dufresse; c'est une simple affaire de police. Un déserteur français a été signalé; et la grand' garde a tiré '. »
Quelques semaines après, profitant de sa supériorité numérique, Bernadotte battit ses anciens camarades, Oudinot à Grossbeeren, Ney à Dennewitz; puis il prit une part décisive à la bataille de I^eipzig; c'est de son côté que les Saxons firent défection. Pendant l'invasion, il occupa la Belgique, envoya une partie de ses troupes en France au secours des alliés; mais refusa, en 1814 comme en 1815, de pénétrer lui-même dans son ancienne palri*
Au milieu de ces »*m h. iiK-nl.-., ii s «)r,iU[»ji liabilonif^nt des inU;réts de la Suède, et obtint la cession de la Norvège. Monté sur b» trône en 1818, après la mort de TJiarles XIII, il régna jusqu'en I8ii, donnant à ses sujets les bienfaits d'un gouvernement éclairé, modéré, et de la « paix de trente ans ». La Suède garde pieusement son jfouvenir; elle ne lui en veut pas d'avoir adopté