‹ Napoléon et ses maréchauxChapitre 44 sur 69 · DUC DE DALMATIE · texte numérisé non relu

DUC DE DALMATIE

IE maréchal Soult est/ une des grandes figures J de notre armée. Après avoir été commandant il»* corps d'armée, dans plusieurs guerres, commandant en chef d'armée devant Wellington, major général de la dernière armée de Napoléon, il a joué un rôle considérable sous Louis-Philippe pour la réorganisation de nos forces, et a fait adopter, comme ministre de la guerre, les grandes lois militaires qui ont constitué, pendant trois quarts de siècle, la charte de notre armée.

Il est né en 1769 à Saint-Amand-la-Bastide, entre Lavaur et Castres. Son père était notaire. A l'âge de seize ans, il s'engagea dans Royal- Infanterie et était sergent à la Révolution.

Il .se distingua, et avança rapidement dans les armées de la République; il était général de brigade en 1794, rendit de brillants services sur le Rhin et en Allemagne; fut promu général de divi.HJon, et .se distingua, en 171M.), sous les ordres de Ma.sséna dans les belles et éncr'jifjin'^ opération» de larmée d'IIelvétie.

En 1800, il commanda une aile de l'armée de Masséna, en Italie autour de Gênes, et contribua puissamment à arrêter la gauche des Autrichiens ; pendant le blocus, il prit part à de nombreuses sorties; dans la dernière, à Monte-Crete, il fut battu, grièvement blessé et fait prisonnier. Les Autrichiens l'emmenèrent à Alexandrie, où il fut soigné pendant que se préparaient les événements de Marengo. Durant la bataille, il entendit le canon, formidable pendant plusieurs heures, s'éloigner, puis se taire. « Que se passe-t-il? » demanda-t-il au médecin autrichien qui le soignait. « Tout est fini, le général en chef. Mêlas, vient de rentrer victorieux », lui répondit le médecin. A ce moment, la canonnade reprit au loin. « Ce n'est rien, dit le médecin; une affaire d'arrière-garde. » Le bruit lointain du canon redoubla, puis il se rapprocha, de plus en plus violent. Le médecin partit, effaré, aux nouvelles. Avec son expérience de la guerre, le blessé comprit; et il passa la meilleure des nuits, malgré ses souffrances et le va-et-vient de nos ennemis.

Comme maréchal d'Empire, Soult commanda lun des corps d'armée du camp de Boulogne, qui devint le 4*^ corps de la « Grande Armée », et se distiniT^ua autour d'Ulm. A Austerlitz, ce fut lui qui remplit la glorieuse mission d'aborder

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1»' centre de nos ennemis, de leur enlever le plateau de Pratzen : et aussitôt, de céder le plateau au corps de l^Muadotte, pour se tourner contre la gauch»^ do lVniu»mi et l'attaquer violemment.

Ce mouvement difficile, compliqué, pour une masse aussi considérable que celle d'un corps d'armée, fut exécuté, sous le feu intense de l'ennemi, avec une maîtrise qui ravit l'Empereur. Il félicita vivement le Maréchal, et l'appela « le premier manœuvrier de l'Europe ». A coup sur, cette merveilleuse aptitude aux manœuvres, gagnée dans les exercices du camp de Boulogne, est bien faite pour démontrer l'utilité des camps d'instruction pour les grandes unités de l'armée.

En 180G et 1807, le maréchal Soult intervint dans de bonnes conditions à léna; puis à Eylau, Kœnigsberg. .\près cette campagne, il fut créé duc de Dalmatie.

En 1808, quand la t Grande Armée » évacua l'Allrmagne et fut employé <;n Espagne, sous les ordres de rEni(»ereur, Soult commanda les troupes du rentre et, prit part aux affaires de Burgo»*. I' Sommo-Siorra. à l'entrée dans .Madrid, aux opérations roritrc l'arnuM; anglaise i\p Moore. Lorsque l'Einpere.ur fut rappelé en France, le Maréchal continua à poursuivre Moore,

l'attaqua à la Corogne, le battit, s'empara de la Gorogne et de toute la Galice.

Les opérations furent moins heureuses en Portugal. Il devait en chasser les Anglais, avec le concours de Victor et de Ney. Mais les maréchaux ne s'entendirent pas, Soult pénétra seul en Portugal, y eut quelques succès, s'empara d'Oporto; puis faillit être enveloppé de toutes parts par l'armée de Wellington. Il fut forcé d'abandonner son artillerie; et ne réussit à s'échapper qu'en se jetant dans les affreuses gorges de Gevado, où il fut harcelé par les habitants. Il se joignit enfin à Ney; mais, mécontents l'un de l'autre, les maréchaux ne tardèrent pas à se séparer.

Plus tard, pendant que le roi Joseph attaquait de front Wellington dans la forte position de Talavera, Soult fut chargé d'opérer avec Ney et Mortier sur les derrières des Anglais. Il y eut encore peu d^entente entre les maréchaux; Wellington put se retirer à temps.

En 1809, après avoir battu les Espagnols à Ocana, et leur avoir pris 60 canons et 23 000 hommes, le maréchal Soult pénétra en Andalousie, s'empara de Séville, et força la junte suprême à s'enfermer dans Gadix. Puis il pacifia l'Andalousie, et s'y installa comme dans une

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, d'apréfl Broc. (Musée de Ver$aiUe».}

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véritable souveraineté, pendant deux ans; n'en sortant qu'à contre-cœur pour aider les autres maréchaux. Toutefois, quand après l'évacuation du Portugal par Masséna, les Anglais assiégèrent Hadajoz, Soult courut au secours de la place, et fut rejoint par Marmont : les Anglais se retirèrent.

Soult rentra en Andalousie; bientôt après, Wellington revint sur Badajoz et la prit; battit Marmont aux Arapiles, et entra k Madrid (juillet 1812). Le maréchal évacua l'Andalousie, rejoignit le roi Joseph à Valence, et l'aida à réoccuper .Madrid; puis il marcha sur Wellington, qui s'était posté à Salamanque et qui ne parvint à se retirer qu'en sacrifiant son arrière-garde (octobre i8i2)

Kn \H\'4, Soult est auprès de l'Kmpereur, à la « (irande Armée », en Allemagne, lorsqu'arrivent de déplorables nouvelles : les événements de Hussie ont surexcité tous nos ennemis; l'Espagne est prise d'un regain d'énergie et de patriotisme; l'armée anglaise a été considérablement renforcée. Wellington a envahi l'iispagne, est entré à Madrid cl vient de battre complètement Joseph à Vittoria. La roule de Bayonne et de la France est ouverte k nos adversaires. Il est urgent d'aviser.

L'empereur chargea le maréchal Soultde partir immédiatement pour l'Espagne et d'y prendre le commandement des armées. Il a parlé plus tard de cette désignation : « Soult, a-t-il dit, à Sainte- Hélène, avait bien aussi ses défauts et ses qualités, et ce qu'on aura de la peine à croire, c'est que cet homme, dont l'attitude et la tenue indiquaient un grand caractère, était esclave dans son ménage.... » Et l'Empereur continua en disant qu'au moment d'envoyer le Maréchal en Espagne, il fut supplié par celui-ci d'en parler à sa femme — la maréchale Soult était Allemande, d'apparence hautaine. — Napoléon y consentit. « La Maréchale parut avec l'attitude hostile, le verbe haut »; mais elle se radoucit bien vite, quand l'Empereur lui parla sur un ton ferme, et finit par lui dire : « Dans les grandes crises, Madame, le lot des femmes est d'adoucir nos traverses; retournez à votre mari, et ne le tourmentez pas.... »

Le Maréchal avait reçu de Napoléon la mission « de rétablir nos affaires en Espagne, et de conserver Pampelune et Saint-Sébastien ». 11 ne réussit pas à remplir ce programme; son infériorité numérique était trop grande; il ne parvint à

oppostM .ju. 50000 hommes aux 100 000 de Wellington. Mais il n'en fut pas moins très utile à la France en défendant notre territoire pied à pied depuis la Bidassoa: en détournant Wellington de l'invasion directe vers le centre du pays; et en le forçant à nous suivre, le long des Pyrénées, de Bavonne, par Orthez etTarhes, jusqu'à Toulouse, où se livra, glorieusement des deux parts, la bataille finale, le 10 avril 1814, quelques jours avant l'abdication de l'Empereur.

c Celle très belle campagne » — c'est l'expression même de Napoléon — a trouvé un historien des [dus compétents dans le colonel breveté Ihinia*^. « Les Neuf Mois de campagne à la suite 'lu maréchal Soult » sont remarquablement documentés, tant du cûté français (|iic du côté anglais. Ils mettent bien en relief la manière de faire des deux chefs qui étaient en présence et qui avaient autant d'expérience de la guerre, d'énergie et df prudence l'un que l'autre :

Wellington .se donna comme règle dr in* nvn laisser au hasard, de s'avancer prudemnient, méthodiquement, en affermissant de point en point sa ligne d'opération et sa base de ravitaillement.

Soult, en raison de son infériorité nuiuéiirjiie, et de la nécessité de restreindre l'invasion, était

décidé à manœuvrer; à se tenir toujours prêt à livrer la bataille, « sans rien compromettre ».

Ils étaient loin, l'un et l'autre, de la conception de la guerre napoléonienne. Aussi, l'Empereur s'impatienta-t-il parfois, et fît-il écrire à Soult « d'être plus hardi, de prendre rolTensive ».

Si les deux chefs se valaient comme prudence et science de la guerre, ils se ressemblaient moins dans leur action personnelle sur la troupe : le duc de Wellington était adoré de ses soldats. Un de ses officiers, le lieutenant Gleig, a publié ses impressions lorsqu'il le vit pour la première fois : c( En arrivant sur le sommet d'une hauteur gazonnée, nous fûmes rejoints par quatre officiers à cheval. Celui qui marchait en avant, maigre, bien proportionné et de taille moyenne, paraissait à peine entrer dans l'âge mur. Il était habillé d'un vêtement gris, uni, et boutonné jusqu'au menton; il portait un chapeau claque, recouvert de toile cirée, des culottes grises, des jambières boutonnées sur le côté, et un léger sabre de cavalerie. » Les vieux soldats reconnurent aussitôt Wellington et l'acclamèrent. Le lieutenant Gleig fut enthousiasmé, convaincu qu' « avec un tel chef, on ne pouvait pas être battu.... Ah! dit-il, que celui qui commande cherche avant tout à inspirer confiance à ses troupes ! sa simple

vue, au moment décisif, vaudra plus qu'un renfort de troupes fraîches.... »

Le maréclial Soult n'était pas de cette école; il pensait probablement, comme certains écrivains de l'antiquité, que « la tète du général doit agir plus que son bras » ; et il se laissait absorber par ses occupations de cabinet. « Je passais une grande partie du temps — a écrit son ancien aide de camp, le général de Saint-Chamans, dans ses « Mémoires » — à écrire sous sa dictée les ordres qu'il donnait pour l'administration de son armée, les subsistances, les cantonnements, la police et la discipline, les hôpitaux.... Il n'oubliait rien et était propre aux plus petits détails comme aux plus grandes opérations.... » Sous sa rudesse naturelle, il cachait une grande perspicacité. Il aimait les entreprises vigoureuses, ordonnait parfois des mouvements audacieux, mais ne se croyait pas forcé de payer de sa personne. Il n'avait pas le courage entraînant de Murât, de Lannes, de Ney... et avait des tendances « à se mettre à l'abri derrière son bâton de maréchal ».

Celle opinion de Saint-Chamans était probablement celle de l'armée; et Napoléon a dû la connaître, car, le 4 mars, il fit écrire au Maréchal que « Sa Majesté persiste à penser qu'il doit battre l'ennemi, pour peu qu'il montre de l'audace,

marche lui-même à la tête de ses troupes, et donne l'exemple en étant le premier au lieu du péril.... »

Le maréchal Soult avait donné, au cours de sa carrière, trop de preuves de courage et d'énergie pour se laisser influencer par ces reproches. Il persista dans sa manière de faire à la fois prudente et énergique; et rendit — Napoléon l'a hautement reconnu plus tard — un très grand service au pays.

Pendant les Gent-Jours, Napoléon lui pardonna d'avoir accepté des Bourbons le portefeuille de la guerre, et d'avoir fait du zèle jusqu'à le traiter d'aventurier, d'usurpateur, dans un ordre du jour à l'armée. Il le nomma major général à l'armée de Belgique; mais le Maréchal fut loin de lui rendre les mêmes services que Berthier dans les campagnes précédentes; il y eut incontestablement des fautes, des lacunes d'état-major commises dans cette guerre de quatre jours, et elles influèrent sur Waterloo.

Au début de la seconde Restauration, Soult fut exilé. Il rentra en France en 1819, et vécut dans sa terre de Saint-Amand, paraissant rarement à Paris.

Ses apparitions n'en défrayèrent pas moins les chroniques du temps, si l'on en croit son compa-

triote 1*1 ami. Aiiaichasis Combes, qui a écrit une « histoire anecdotique » du Maréchal :

a Un soir, il se présenta à une réception à l'ambassade d'Autriche. Au domestique qui lui demanda : « Qui faut-il annoncer? » il répondit : « Le maréchal duc de Dalmatie ». Le domestique annonça : « Le maréchal Soult! » et il en fit autant pour d'autres maréchaux, refusant de dire leurs titres, et se bornant à les annoncer sous leur nom de famille. Les maréchaux se communiquèrent leurs réflexions, et s'abstinrent de paraître à cette ambassade. L'affaire s'ébruita et, quelques jours après, les journaux libéraux constatèrent qu' « aux réceptions de l'ambassade d'Autriche il y avait beaucoup d'Autrichiens, quelques Russes, An^^dais... et sept Français, les so[)t ministres ».

Avant cela, raconte Anacharsis Combes, une autre histoire avait couru les salons de Paris : La maréchale Soult avait un perroquet qui, un beau jour, déserta sa cage; on lui dit que le fugitif était dans le voisinage chez une actrice; elle réclama son pernK[u<;t dans une h;ttre un peu hautaine, qu'elle signa : a Soult de Dalmatil: ». L'actrice répondit : « Ni vu, ni connu. — Ipui-

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Immédiatement après 1830, le Maréchal fut

nommé ministre de la guerre, et conserva ces hautes fonctions jusqu'en 1834, rendant au pays et à l'armée les plus importants services, pour la réorganisation, la consolidation de nos forces. Il démissionna, à la suite d'une discussion avec ses collègues, dans laquelle, dit-on, il traita M. Thiers de « petit foutriquet ».

Quelque temps après, il fut ambassadeur extraordinaire à Londres pour le couronnement de la reine Victoria. Les Anglais acclamèrent le rival malheureux,, mais glorieux, énergique, de leur grand Wellington.

De 1839 à 1847, le maréchal Soult fut, soit comme ministre des affaires étrangères, soit comme ministre de la guerre, président du conseil. Quand il se retira définitivement, le roi l.ouis- Philippe lui donna le titre de maréchal général. Il mourut à Saint-Amand en 1852.

^ tT

DANS la grande promotion des Maréchaux, Brune représente les armées du Nord, et surtout l'armée de la Hollande. Après une carrière active très courte, très brillante, très utile, il périt assassiné dans des conditions dont il importe de rappeler l'horreur; car elles font bien ressortir les infamies, les atrocités qu'entraîne après elle la guerre civile.

Le maréchal Brune est ne, en 1763, dans la Corrèze, à Brive-la-(jaillarde. Son père était avocat. Il fit ses études de droit à Paris; écrivit, devint imprimeur; puis s'engagea dans un halaillon de vohmtaires, et fut nommé adjudantmajor. Son instruction, ses capacités ne tardèrent pas à le mettre en relief : a[)rès avoir rempli diverse» missions, été employé dans les étatsmajors, il fut général de brigade, en \1\H\, k l'armée de Napoléon dans la division Masséna; et son nom fut souvent c'iU'i dans les bulletins, parmi ceux des officiers qui se sont le plus vaillamment distingués dans les nombreuses et glori'Misfs |,,',fnj||f.^ .1-. ,('\U' c.'impagnf,

Après la guerre, il fut fait général de division, et commanda une division en Lombardie.

En 1798, il commande en chef en Suisse et en Italie. En 1799 — c'est la période culminante de sa carrière, — il est mis à la tête de l'armée de Hollande, dans des circonstances pleines de difficultés et de périls : nos autres frontières étaient gravement menacées surtout du côté de l'Italie, et de la Suisse. L'inquiétude était déjà générale en France; elle fut à son comble, quand on vit sortir des ports de l'Angleterre un armement formidable destiné à conquérir la Hollande et à envahir la France par le Nord. 40 000 Anglo- Russes débarquèrent" dans la presqu'île du Helder (août 1799). Brune essaya de s'opposer au débarquement; mais son infériorité numérique était trop grande : il échoua; la flotte hollandaise se rendit, sans combattre, aux Anglais. Il semblait que les alliés n'avaient plus qu'à marcher pour pénétrer facilement dans nos départements du Nord. Heureusement, ils voulurent d'abord s'asseoir dans le pays conquis, se fortifier, soulever les habitants, et perdirent un temps précieux que Brune sut remarquablement utiliser.

Vers le milieu de septembre, il avait réuni 25 000 hommes, qu'il avait aguerris dans de petits combats ; alors il attaqua énergiquement les Anglo-

Husses à Bergen et à Kastrikum et les rejeta dans le pays marécageux du Zyp (19 septembre au T) octobre). — Le commandant en cbef ennemi, le duc d'York, vit bientôt son armée réduite de moitié par les pertes éprouvées dans les combats et par la maladie; il demanda et obtint une capitalisation des plus dures: et se rembarqua, après nous avoir rendu sans échange 8 000 prisonniers. Brune avait sauvé notre frontière de l'invasion.

Le gouvernement lui envoya des témoignages touchants de la reconnaissance nationale. Le Premier Consul lui confia ensuite la mission délicate, difficile de pacifier l'ouest de la France; puis lui fit prendre le commandement en chef de l'armée d'Italie, en 1800, après Marengo. Il le fit maréchal d'Empire en 1804, et lui confia le commandement en chef de l'armée d'observation de l'Allemagne du Nord.

A ce moment. Brune tomba en disgrâce, et ne reprit du service actif que pendant les (lent-.loiirs. Alors l'Kmpereur le lit comte, pair de Krance; el le chargea du commandement en chef des troupes chargées d'arrêter en Provt^nce l'invasion des Anglo- Autrichiens.

Après Waterloo, hj .M.inM-lial alKiiHloiiiia ce commandement par ordre, et vouhit rentrer à Paris.- C'est à ce moment qu'il fut assassiné en

traversant Avignon. Dans son livre, F Assassinat du maréchal Brune, le commandant de Conchard donne des renseignements saisissants bien contrôlés, sur ce crime, et sur les passions populaires qui agitèrent le Midi dans cette triste période :

Le Maréchal avait quitté Toulon en voiture, suivi par ses officiers d'ordonnance , et ses bagages, escorté par un peloton de chasseurs. A Cavaillon, il dirigea ses bagages sur Orange par une traverse; et suivit avec deux officiers la grande route d'Avignon, comptant y changer de chevaux et repartir ensuite pour Orange.

Son escorté le quitta au pont de Bompas sur un ordre venu d'Avignon. En entrant dans cette ville, le Maréchal s'arrêta à l'hôtel du « Palais- Royal », pour faire changer les chevaux. Comme il était en tenue, il fut bientôt signalé, et entouré par des énergumènes dont le nombre alla en grossissant, et qui crièrent : « A mort! à mort! c'est un assassin... C'est lui qui a porté au bout d'une pique la tête de la princesse de Lamballe! »

D'où venait cette accusation stupide? il est difficile de le préciser. Ce que l'on sait, c'est que les passions royalistes battaient leur plein dans le midi ; que la garnison avait été forcée de quitter Avignon après Waterloo; qu'il y avait eu des pillages, des assassinats. C'était la Terreurblanche.

Le Maréchal resta calme au milieu des vociférations. L'hôtelière du « Palais-Royal » vint l'avertir qu'elle logeait le nouveau préfet de Vaucluse, M. de Saint-Chamans. La Maréchal se rendit dans la chambre du préfet, qui descendit et parvint à faire partir la voiture.

Malheureusement, la route que devait suivre le Maréchal longeait pendant un quart de lieue Ifs murailles de la ville. Les énergumènes purent n'v porter par une traverse, arrêter la voiture et la ramener à l'hôtel, en poussant des cris de menaces.

Le Maréchal parvint a pénétrer dans riiùtcl età i:aj;ner une chambre du premier éta^^^e; mais il fut séparé de ses officiers qui lurent enfermés au rez-de-chaussée. La générale fut battue dans la ville : des troupes de garde nationale arrivèrent devant l'hôtel, mais pour se joindre à la foule hurlante. La gendarmerie se montra, mais fut renvoyée .

Alors, malgré l'intervention du préfet et du main*, l'hôtel fut envahi par les toits; les jKtrtcs furent enfoncées, et la chambre du Maréchal f<»r. . «• Il était en train d'écrire. « Que me voulez-vous? » dit-il en se levant; il n'avait p;is d'armes. — « Nous voulons ta tète. A mort! à m»»rl' » rnlri'i\\ ]^"^. forccnés.

c( Faites », dit le Maréchal; et il se découvrit la poitrine. Un coup de pistolet lui laboura le front, pendant que par derrière un portefaix le mettait en joue avec sa carabine, et le tuait à bout portant.

Le lendemain, on voulut l'enterrer; mais la foule revint, s'empara du cadavre, le traîna au milieu du pont, et le jeta dans le Rhône. Quand le corps revint à la surface de l'eau, on lui tira une cinquantaine de coups de fusil.

Et l'horrible scène se termina par une inscription que l'on grava sur l'une des poutres du pont : (( C'est ici le cimetière du maréchal Brune. — 11 aoùtMDGGGXV. »

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