‹ Napoléon et ses maréchauxChapitre 48 sur 69 · DUC D'I STRIE · texte numérisé non relu

DUC D'I STRIE

LE maréchal Bessières figure le dernier sur la liste des Maréchaux d'Empire de 1804. Il y représente la garde personnelle de Napoléon, le dévouement intelligent, sans limites, à l'Empereur et aux devoirs, la sûreté des conseils, comme la vaillance sur le champ de bataille.

Napoléon avait ce maréchal en haute estime ; à Sainte-Hélène, il a cité Murât et Bessières, comme les deux meilleurs cavaliers dela« Grande Armée ». « De qualités bien opposées, a-t-il dit, l'un officier d'avant-garde, aventureux, bouillant; l'autre officier de réserve, plein de vigueur, mais prudent, circonspect. »

Tout en étant d'un dévouement absolu à l'Empereur, Bessières sut conserver vis-à-vis de son souverain une attitude pleine de dignité. Il fut toujours son ami respectueux, fidèle, jamais son courtisan. z\ussi fut-il un des rares hommes que Napoléon écoutait; l'Empereur avait senti que, sous l'esprit vif, alerte de ce Gascon, il y avait un jugemeni lin, sérieux, pondéré ; et,

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néanmoins, il ne crut pas devoir suivre ses avis, lorsque Bessières lui déconseilla le divorce, puis l'expédition de Russie. Dans ses « Mémoires sur la campairne de Russie », le comte de Ségur nous montre l'Kmpereur hésitant, au sortir de Moscou, sur la direction à donner à la retraite, après la sanglante journée de Malo-Jaroslavetz. C'est Bessières «ju'il charj^^e de reconnaître avec soin la formidable position des Russes; c'est l'avis de ce Maréchal qu'il suit envers et contre tous, pour reprendre la route de l'arrivée par Mojaïsk. Les autres Maréchaux connaissaient cette confiance de l'Empereur, et souvent quand ils avaient à soumettre un avis, une observation, c'était Bessières qu'ils chargaient de cette mission, parfois redoutable devant les colères de Napoléon.

Be.ssières n'était pas seulement un vaillant cavalier, un homme de bon conseil. (Tétait un honnête homme; et ce n'est pas une qualité banale : il y a près de deux mille ans que l'écrivain militaire grec Oncisander disait qiuî « l'honnéle homme se manifeste à la tête des nruxos. comme au sein de la patrie ».

Bessières c a vécu comme Bayard; il est mort comme Turcnne », a écrit dans son Mémorial dn Sfiinlp-lli'U'ne, Las Cases reflétant la ptmséc de l'Kmpfreur; et il ajoute que. bien peu de temps

avant la mort du Maréchal, il avait eu une conversation avec lui sur les événements si ii^raves de 1813 ; et que le dernier mot de Bessières, qui partait dans la nuit pour l'armée, avait été : « Dans la crise des circonstances, et avec nos jeunes soldats, c'est à nous autres chefs à ne pas nous épargner ».

La duchesse d'Abrantès, dont il est toujours bon de peser les appréciations, surtout quand elles sont malveillantes, est pleine d'indulgence pour Bessières, et en fait un portrait qui doit être vrai : « Il avait alors trente-trois ans; il était plus grand que Lannes; comme lui il était du Midi, et son accent ne laissait aucun doute à cet égard. Il avait de belles dents; des yeux qui louchaient un peu à la Montmorency, sans que cela fût désagréable ; et une tournure qui était plutôt bien que mal. Mais, comme Lannes, il avait la manie de la poudre; il portait ses cheveux longs et poudrés de chaque côté de la figure, et par derrière une queue longue et mince.... »

Ailleurs, la duchesse d'Abrantès ajoute qu'il était franc, bon, charitable. « Dans la garde, il était comme le frère adoptif de chacun de ses soldats. Jamais sa porte n'était fermée pour eux : « Je suis sorti de leurs rangs, disait-il souvent, je « ne dois pas l'oublier ». Et il ne l'oubliait pas, sa

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