‹ Napoléon et ses maréchauxChapitre 52 sur 69 · DUC DE VALMY · texte numérisé non relu

DUC DE VALMY

rA liste des Maréchaux, nommés à la procla- -J mation de l'Empire, se termine avec Bessières. Kellermann est le premier des quatre commandants on chef d'armée, auxquels par le même décret l'Empereur accorda « le titre de Maréchal », comme récompense de leurs éminents services.

L' nom alsacien de Kellermann évoque les plus ^'rands souvenirs. D'un côté, c'est Valmy, la journée qui mit fin aux troubles, aux défaillances, aux sauve-qui-peut des jeunes armées de la République, qui redonna du courage à la nation, de la ron6ance à la France, et qui lui permit de tonir léle à toute l'Europe. De l'autre coté, c'est Marengo, la bataille (jui mit la couronne impériale sur la télé du Premier Consul, et qui immortalisa à nouveau le nom de Kellermann.

El, cependant, il s'est étendu comme une pénombre sur les deux hommes qui ont illustré ce nom. Il ne semble pas que leur réputation soit aussi grande que les événements, auxquels ils

ont été mêlés. Pourquoi? Il est intéressant de le rechercher.

Le Kellermann de Valmy était le père du héros de Marengo. Il devint maréchal d'Empire, duc de Valmy ; tandis que le fils ne dépassa pas le grade de général de division.

Né à Strasbourg en 1735, le Maréchal était entré au service comme cadet au régiment de Lowendal; puis il fut lieutenant dans les volontaires d'Alsace, et se distingua dans la guerre de Sept Ans. En 1780, il était lieutenant-colonel de hussards. La Révolution le trouva général de brigade, l'employa d'abord à l'armée du llhin, puis lui confia le commandement de l'armée de la Moselle. A ce moment, en septembre 1792, il reçut l'ordre de rejoindre le général Dumouriez, pour l'aider à s'opposer à la marche de l'armée alliée qui avait pénétré en France par Trêves, Longwy, Verdun,... et cherchait à atteindre Paris, après avoir battu nos armées.

Kellermann no se joignit à Dumouriez qu'à contre-cœur. Il se méfiait, dit la « Revue d'histoire », de l'ardeur de son collègue. Il estimait qu'il fallait faire une guerre prudente... et prendre une position « respectable », barrant à l'ennemi le chemin de Ghâlons et de Reims.

Il n'a donc été pour rien dans la conception de

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la belle et célèbre manœuvre de Valmy, qui permit de réunir nos forces, en les laissant adossées à l'Argonne; et qui obligea l'ennemi à se placer devant nous, face à l'Allemagne, le dos tourné vers Paris. Cette audacieuse manœuvre, qui trou- Ida tant nos adversaires, appartient exclusivement à Dumouriez; en l'imaginant, en mettant toute son énergie à la faire exécuter, cet officier L^énéral s'est révélé comme un véritable homme de guerre.

La jonction des deux armées de Dumouriez et de Kellermann se fit le 19 septembre, vers Sainte-Menehould. L'armée de Dumouriez fut installée, face à l'ouest, sur les hauteurs de la rive gauche de l'Aisne. Deux paniques eurent lieu piMulant los marches déconcentration. Dans l'une d'«'ll.-. ,111 «liiv de Dumouriez lui-même, 10 000 Français s'enfuirent devant 1500 hussards autrichiens. I/ordre ne fut rétabli que grAce à l'énergie du commanda ni <!•• n.ifn' ;irri»''rr gîirdc. le général Stengel.

L'armée df K( llermann s'installa vers Donniarlin, face au nord: son avant-garde vers Ilans, reliée avec les avant-postes de Dumouriez, que commandait Slengel posté sur les hauteurs de rVvron et de Valmy.

I alliés marchaient sur les traces de

Dumouriez et cherchaient la bataille. La rencontre eut lieu le 20 septembre 1792.

Les avant-gardes de l'ennemi avaient couchr la veille à Somme-Tourbe; le 20, de bonne heure, elles se heurtèrent aux avant-postes français qui firent bonne contenance, et donnèrent à Kellermann le temps de prendre son ordre de bataille. Il aurait voulu se replier derrière l'Aisne; mais, sous l'influence de l'attaque brus quée des premières troupes ennemies, et peutêtre aussi sur les conseils de Stengel, il se décida à installer le gros de ses troupes sur les pentes et le sommet de la butte de Valmy; sa gauche était défendue par son avant-garde, qui s'était repliée en ordre sur Orbeval; sa droite par Stengel, tenant les hauteurs de l'Yvron.

L'artillerie reçut l'ordre de couvrir énergiquement les autres troupes. Une forte batterie d'artillerie fut installée en avant des corps qui occupaient la butte de Valmy. Elle fit très bonne contenance, sous l'impulsion de chefs <listingués comme d'Aboville et Sénarmont, et tira sans relâche. Elle inspira confiance aux autres armes.

L'attitude personnelle de Kellermann joua aussi un grand rôle dans cette journée, où il importait par-dessus tout d'empêcher nos jeunes soldats de se débander à nouveau. « Kellermann

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se tint à cheval, près du moulin de Valmy, à l'endroit le plus dangereux, en avant du régiment de cuirassiers, écrit M. Chuquet dans son intéressante histoire de Valmy. — A ses cotés, se tenaient les deux fils du duc d'Orléans, le duc de Chartres', qui commandait la brigade de cavalerie, et son jeune frère, le duc de Montpensier, qui servait d'aide de camp à son frère ».

Sous l'influence de ces exemples, nos jeunes soldats conservèrent leur moral; mais ils étaient trop resserrés ; le feu violent de l'artillerie ennemie causa dans leurs rangs des pertes peu nombreuses, mais impressionnantes : près du moulin de Valmy, trois caissons sautèrent à la fois, et mirent en confusion nos troupes. Kellermann intervint aussitôt, pour rétablir l'ordre. 11 enga- 1,'eade nouvelles batteries, flt redoubler la canonnade d'intensité, et rétablit le calme et le liou ordre.

l)c son côté, l'armée alliée, couverte par une nombreuse artillerie, qui ouvrit, elle aussi, un feu d'enfer, dessina son attaque; mais borna là ses efTorls. L'ordre d'attaque ne fut pas donné aux troupe.H, après leur déploiement. Le haut commandement prussien se laissa inquiéter par la

t. Le doc de Chartres devint, en 1830, le roi Louis-Philippe.

situation extraordinaire que lui avait faite la manœuvre hardie de Dumouriez, et aussi par l'attitude calme, résolue, des soldats de Kellermann. Il se décida à renoncer à l'offensive; et, après une longue et formidable canonnade, abandonna la lutte pour retourner vers l'Allemagne.

La France était sauvée. La gloire de cette période mémorable est à partager entre Dumouriez et Kellermann.

On a reproché à Kellermann, peut-être avec raison, de s'être attribué trop exclusivement l'honneur de cette campagne : il y a eu, en effet, un peu d'exagération dans son attitude à cet égard; cela ressort de sa correspondance et même d'un certificat qu'il a délivré à Stengel, et qui se trouve aux archives, dans le dossier de cet officier général : « Je certifie, écrit Kellermann, que lors de la bataille de Valmy, en Champagne, où j'ai battu et forcé le roi de Prusse à quitter le territoire de la République, le général Stengel.... »

Il n'a pas battu le roi de Prusse; mais il est incontestable que la belle attitude de ses troupes a contribué, avec la manœuvre imaginée par Dumouriez, à engager les alliés à rentrer chez eux.

Plus tard, Kellermann servit dans l'armée de

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