I.K MAIII'.CIIAI, OUDINOT
m:r. DK tiKruiio,
par Kohi-rl Lcfovrc.
(Musée de Versailles, i
C\\ch<-9 Hnchcttc et C".
PI. 13, page 17«.
nemi, indiquant une retraite. Sans hésiter, il lança ses troupes sur la glace, et atteignit la rive opposée, pensant n'avoir qu'à poursuivre son adversaire.
Au lieu décela, il fut accueilli par une fusillade des plus vives. Le combat s'engagea violemment; il tourna en faveur de Macdonald, qui s'empara du fort, des digues, et de cent canons; et surtout réussit ainsi à donner à l'armée de Pichegru un pointde passage des plus précieux pour l'invasion du [»;i\s.
Macdonald fut comblé de compliments, d'éloges. (( J'étais, écrit-il, presque honteux de ces féli- < itations, parce que le hasard avait eu plus de part au résultat de cette journée que mes combinaisons, qui, de bonne foi, n'étaient fondées que >ur l'apparence de retraite des forces adverses — lulraite qui n'était pas dans leurs intentions. — lai donc été plus heureux que sage. » Et il ;ij(>ulv • |ii " .1 la guerre, il faut donner (|uelquefois au hasard ». Il est probable, cepeiulant, (ju'il iic sonireait [>as, en écrivant celh' in.i\irn«'. à («uiv^cillcrde ♦i'engagér à l'aveuglell' .
Après la conquête de la Ilollandr, à la(|ii('llr il rontribua si puissamment, Macdonald servit à larniée du Uliin. Kn I7ÎI8. il fut appelé pii Italie »t eut pour commandant en clu'f IJinnc. |niis
Championnet, pour lequel il n'est pas précisément tendre dans ses « Souvenirs ». Il finit par se brouiller complètement avec lui, et démissionna; huit jours après, il était nommé commandant on chef à sa place.
Bientôt, l'insurrection du royaume de Naples fut enrayée, grâce aux excellentes mesures prises par Macdonald. Mais alors l'Italie fut envahie par les Austro-Russes; commandée parSchérer, notre armée fut battue. Macdonald reçut l'ordre d'abandonner Naples et Rome, et de se joindre àMoreau, qui avait succédé à Schérer. En route, comptant sur le secours de Moreau, il attaqua audacieusement les Autrichiens, et fut battu; non sans dire des mots désobligeants à ses lieutenants, et notamment à Victor, qui avait abandonné son artillerie. « Tranquillisez-vous sur votre artillerie, lui lît-il dire, je l'ai fait recueillir et ramener sans opposition; je vous la ferai remettre à la première occasion. » Le général Victor, devenu maréchal de France, ne lui pardonna jamais cette ironie.
Macdonald attribua sa défaite aux hésitations de Moreau, et aussi aux mauvais conseils du général Gouvion Saint-Cyr, son ennemi personnel. Il fut relevé de son commandement par le Directoire; et, en route, il apprit que sa belle collection de tableaux, provenant très régulière-
ment de prises de guerre, avait été pillée. C'est une mauvaise période de sa vie.
Il n'ntra à Paris, très mécontent, eu bonne disposition pour se joindre à Bonaparte; et il l'aida efficacement le 18 Brumaire. En 1800, le Premier Consul lui donna le commandement de l'armée des Grisons; il fît faire à son armée une marche des plus audacieuses par le Spliigen. A la paix, il fut envoyé comme ministre plénipotentiaire à Copenhague; puis il tomba en disgrâce, au moment du procès de ses amis Pichegru et Moreau, et vécut jusqu'en 1807 dans sa terre de Courcelles. Napoléon voulut le mettre à la disposition du roi Joseph, à Xaples; mais il refusa et resta dans la disponibilité jusqu'en 1809, au moment de la guerre d'Autriche.
\ ce moment, l'Espagne absorbait beaucoup de ;^'éQéraux. Le prince Eugène devait commander l'armée d'Italie contre l'archiduc Jean, pcîudant (jue l'Emjiereur opérerait sur le Danube contre l'archiduc Charles. Macdonald fut adjoint, comme moniteur, au prince P^ugène; et il «accomplit cette mission avec une grande intelligence, et aussi avec une francliise poussée jusqu'à la rudesse. Le prince Eugène avait une grande élévation de sentiments; il sut rester jdein de déférence pour .son con.seiller, sauf à ne [»as sui^ rc ses avis lors-
qu'il les trouva par trop hardis. L'influence de Macdonald contribua très heureusement à pousser l'archiduc Jean vers l'Autriche.
Après Essling, et l'insuccès du premier passage du Danube par l'armée de Napoléon, l'armée d'Italie reçut l'ordre de rejoindre l'Empereur à Vienne. Elle prit part au deuxième passage du fleuve et à la bataille de Wagram, dans laquelle Macdonald joua un rôle mémorable :
Le premier jour de la bataille, au début de la journée, l'armée d'Italie futemployéeen deuxième ligne. Vers le soir Macdonald reçut l'ordre de tenter une attaque centrale, qu'il désapprouvait du reste, et il échoua.
Dans la deuxième journée, l'Empereur lui renouvela l'ordre de pousser une attaque centrale contre le plateau de Wagram et de s'entendre à cet effet avec Marmont. Pendant que Macdonald faisait ses préparatifs et s'avançait lentement vers le plateau, les événements prirent mauvaise tournure : à notre gauche, Masséna commençait à plier sous les masses de l'ennemi; notre centre avait reculé aussi. Macdonald crut nécessaire de demander une dernière instruction, et galopa vers l'Empereur, qu'il avait vu se profiler sur un monticule. Quand il arriva au monticule, Napoléon venait de le quitter, et s'éloignait dans une
.MACDONALI). d81
autre direction. Macdonald profita de ce poste pour jt'ler rapidement un couj) d'œil sur l'ensemble i\o la situation : il aperçut les masses ennemies s'avancer de son coté, et comprit qu'il n'avait jdus une seconde à perdre pour agir. Il recourut à son corps d'armée; et pendant que son artillerie, aidée par celle de la garde, ouvrait le feu sur sa gauche pour former « la fameuse batterie de cent canons », il fit déployer au ])as de course quatre bataillons en première ligne, quatre autres en deuxième, et porter en avant ses deux divisions qui se trouvaient encore formées en colonne par bataillon. Jiientùt les boulets ennemis ravagèrent Ifs rangs de ses troupes, les masses de la cavalerie autrichienne apparurent. ^ïacdonald n'eut que le temps df faire serrer sa deuxième ligne sur la première, et d'appuyer derrière leurs ailes N(s<leux divisions, en colonne. Laface postérieure de ( »'t énorme carre fut barrée par la division de <• il Valérie de Nansouly
l.es AutrichiiMis cbarfini-nt a lund jiisfjiic sur b*s baïonnettes de nos s<d<lats. ï^a massive formalifm, improvisée par .Macdonald, resta inébranlable; sur toutes ses faces éclata imc fusillade des mieux nourries... et bientôt. .Macdonald put donner à Nansouty l'ordre de charger à son tour. Il fil même, inutilement du reste, inviter la
cavalerie de la irarde à l'aider de ses charges. Puis, il reprit la marche en avant de son énorme carré. Tout céda devant lui. La bataille était gagnée.
Dans ces circonstances, qui ont mis en relief son coup d'œil et son énergie, Macdonald trouva encore le moyen de satisfaire h son besoin de gouailler. Pendant un temps d'arrêt, il fut accosté, sur le champ de bataille même, par un brillant officier général qu'il ne connaissait pas, et qui vint le complimenter chaudement. « Est-ce vous, lui demanda Macdonald, qui avez refusé de charger avec Nansouty?... Pourquoi? — Parce que, répondit le général, la garde ne peut intervenir que sur un ordre de l'Empereur ou du maréchal Bessières. — Alors, riposta Macdonald, si au lieu d'un succès, j'avais eu un revers, vous ne m'auriez pas protégé ; et vous vous seriez retiré sans combattre, parce que vous n'aviez pas d'ordre? » Le général salua sans rien dire et se retira.
A la fin de la sanglante journée, le général bavarois de Wrède tomba à coté de Macdonald, au passage d'un boulet, et s'écria ; « Dites à l'Empereur que je meurs pour lui, et lui recommande ma femme et mes enfants ». Macdonald s'aperçut que la blessure était légère, qu'il s'agis-
sait surtout d'un étourdissement occasionné par le vent du boulet; il se dépêcha de rassurer le irénéral et de lui dire : « 31ais je crois bien, général, que vous pourrez faire vous-même cette recommandation; et même, ajouta-t-il en riant, faire encore des enfants à votre femme.... »
Dès le soir, l'Empereur se rendit au bivouac des troupes de Macdonald, et l'embrassa devant ses soldats, en lui disant qu'il le nommait maréchal d'Empire. A la paix, il le fit grand-aigle de \d Légion d'honneur et duc de Tarente.
En 1810, Macdonald gouverna la Catalogne, en Espagne. Rappelé en France par une attaque de goutte, il reprit du service en 1812, et commanda le 10* corps de la « Grande Armée », à, l'extrême gauche, sur lès cotes de la Baltique, pendant que Napoléon s'enfonçait en Russie. A la lin de la retraite, il rejoignit l'armée à Elbing, êcha[)pant avec une grande? habileté, un grand sîin^' froi*!. m l'riuu'îui qui r«MiveIo|q)ait de toutes [larts.
En 1813, il prit part aux batailles de Lutzen et (!♦• Hautzen. Ajirès l'armistice, et Dresde, il était sur la Katzbarh. à la tête de trois ('orj)s d'armée, t'n face de Rliicher. 11 attaqua audacieusenient son adversaire; mais gêné par le temps qui était atroce, par la supériorité numérique de l'ennemi,
il ne réussit pas et fut repoussé. A Leipzig, il fut fortement engagé pendant les trois journées de la « bataille des Nations » ; touché trop tard par l'ordre de la retraite, il n'arriva au pont que quand il avait déjà sauté. Il risqua immédiatement de franchir les deux bras de la rivière, tantôt à cheval, tantôt à pied, tantôt sur un radeau improvisé qui croula et le fit tomber à l'eau, pendant que l'ennemi tirait sur lui.
Le récit qu'il fait de ce passage, dans ses a Souvenirs », est impressionnant. En atteignant la rive, mouillé, transi, contusionné, il entendit des soldats restés sur l'autre bord lui crier : « Monsieur le Maréchal, sauvez vos soldats, sauvez vos enfants ! » Et il ne pouvait plus rien pour eux... que pleurer.
En 1814, il prit une part des plus actives à la campagne, aux batailles; et après Arcis-sur-Aube accompagna Napoléon jusqu'à Saint-Dizier ; il approuva nettement l'idée audacieuse, énergique de l'Empereur de vouloir continuer la guerre quand même, et se jeter sur les derrières des alliés. Puis, il le rejoignit à Fontainebleau; fut envoyé à Paris comme plénipotentiaire, et produisit par sa fière et patriotique déclaration grande impression sur l'esprit du Tsar.
Il resta jusqu'au bout plein d'égards pour
Napoléon, qui le remercia avec elTiision, et lui donna le sabre qu'il avait porté à la bataille du A[ont-Tbabor. Il fut en outre un des derniers maréchaux à accepter les Bourbons; mais il le Ot en toute Io3^auté; et quand Napoléon revint de l'île d'Elbe, il essa}^! énergiijuement, sans du reste y réussir, de maintenir les troupes de Lyon dans la voie du devoir ; puis il accompagna le roi jusqu'à la frontière, mais sans la dépasser.
Pendant les Cent-Jours, il resta enfermé chez lui, soignant sa goutte. A la deuxième Restauration, il fut nommé grand-chancelier de la Légion d'honneur; et assuma aussi la mission d'assurer le licenciement de l'armée de la Loire.
A partir de cette époque, on ne trouve plus guère dans ses « Souvenirs » qu'une conversation qu'il eut à Saint-Cloud, avec Monsieur à la table de Louis XVIII. Monsieur lui manifesta son étonnement de ce qu'il eût accepté la Révolution, et n'eut pas émig»*é, en sa (pialité d'oflic ier de la brigade irlandaise. .Mardonabl répondit (ju'il adorait la Révolution. « Oui, dit il, j'en déteste les crimes; mais l'armée n'y a pas été mêlée; elle
n'a jamais fait que regarder ronnomi on face
(iomment n'adorerais-je pas la Révolution! ("est elle qui m'a élevé, grandi. Sans elle, aurais-je aujourd'hui l'honneur de déjeuner à la table du
Roi, à côté de Votre Altesse Royale! » Monsieur prit bien la chose; il lui frappa sur l'épaule en lui disant qu'il aimait cette franchise.
Et les « Souvenirs » se terminent sur cette boutade.
Après 1830, Macdonald se démit de ses fonctions de grand-chancelier. Il mourut dix ans après,dans sa terre de Gourcelles.
OUDIXOT