DUC DE RAGUSE
LE maréchal Marmont, duc de Raguse, est né à Châtillon-sur-Seine en 1774. Son père avait de la fortune et était chevalier de Saint-Louis. Il fit ses études militaires à l'École d'artillerie de Châlons-sur-Marne, et ne tarda pas à être envoyé, comme jeune officier, à l'armée qui opérait contre Toulon. 11 avait été recommandé à Napoléon, qui se l'attacha et fit sa fortune,
Marmont suivit Napoléon en Italie, et fut son aide de camp pendant la campagne de 1796. Il était auprès de lui en Egypte, où il eut l'occasion de se conduire brillamment; puis à Paris au coup d'Etat du 18 Brumaire. Dans la campagne de 1800, le Premier Consul lui confia le commandement de Tartillerie de « l'armée de réserve », dont il sut tirer, malgré son infériorité numérique, un parti très énergique le jour de 3Iarengo.
A la paix, Marmont fut mis à la tête de l'artillerie de France, comme premier inspecteur général de l'arme ; il s'occupa avec ardeur des divers services de l'arme, des questions de personnel,
comme des questions techniques, et voulut même à ce moment, faire de la science : il envoya à l'Institut un rapport — qui n'y eut pas grand succès — sur la propriété de la chaleur d'augmenter le poids des corps! montrant ainsi dès cette époque qu'il y avait peut-être chez lui plus de présomption que de jugement.
A la formation du camp de Boulogne, il reçut le commandement du corps d'armée d'Utrecht, et s'occupa activement de l'installation et de l'instruction de ses troupes. Il a donné à cet égard des renseignements intéressants dans le livre YII de ses « Mémoires » :
Tous les généraux étaient sous la tente, comme la troupe. L'instruction fut reprise en détail, puis poursuivie pour les grosses unités. Le dimanche il y eut des manœuvres à feu de corps d'armée, qui attirèrent <ie nombreux et brillants visiteurs. Quand le cycle des manœuvres fut terminé, Marmont fit employer le temps de ses soldats à l'élévation d'un énorme monument en terre, qui conserva longtemps <l;nw !<• pays le nom de u .Marmont-berg ».
« iiieniot, dit-il dans ses Mémoires, les troupes arrivèrent à un degré d'instruction dont il est im[K)ssible de se faire Une idée.... Les régiments, qui l'ont reçue, ont conservé toujours, même
après nos longues guerres, la trace de leur séjour dans ce camp. Leur excellent esprit et leur zèle à remplir leur devoir les ont constamment distingués.... »
Son corps d'armée fît, en elTet, très bonne contenance dans les premières opérations de la campagne de 1805, qui amenèrent Ulm; puis il opé'ra en Dalmatie.... En 1809, il rejoignit la « Grande Armée », à fortes marches, pour prendre part à la bataille de Wagram. Après la victoire, il fut chargé de poursuivre l'ennemi ; il l'atteignit à Znaïm, et allait engager la lutte, lorsque furent faites les propositions de paix. 11 fut nommé maréchal de France; il avait déjà été fait duc de Raguse.
Il commanda ensuite avec distinction en Portugal et en Espagne, non toutefois sans faire preuve d'une certaine jalousie à l'égard de ses collègues, et sans montrer le désir de vaincre à lui seul. Il attaqua un peu imprudemment Wellington « aux Arapiles », et fut grièvement blessé; à ce moment son armée se trouvait en très mauvaise posture, et il fallut tous les talents de son remplaçant le général Clausel pour éviter un désastre.
Ce fut à cette époque qu'il envoya son aide de camp Fabvier rendre compte à l'Empereur, alors
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en lliissie, des péripéties « des Arapiles ». Fabvier atteiiriiit la « Grande Armée » la veille de la journée de la Moskowa. Pendant la bataille, mù par cette admirable émulation qui existait entre les armées de l'Empereur, il voulut montrer aux troupes de Russie, dit le comte de Ségur, comment on savait se battre à l'armée d'Espagne, et combattit à la tête des tirailleurs les plus avancés; il tomba blessé dans la fameuse redoute qui nous coûta tant de sang. Oh! la noble époque!
En 1813, Marmont fut à la tête d'un corps d'armée, à Lutzen, Bautzen, à Dresde. A Leipzig, il se conduisit vaillamment et tint tête à l'armée de Silésie. En 1814, il joua un rôle considérable, glorieux à Brienne, la Rothière,... Vauchamps, Champaubert, Etoges; moins heureux à I.aon, où son corps fut surpris et écrasé par une attaque de nuit.
Après Arcis sur Aube, ([uand l'Empereur se porta vers Saint-Di/ier, sur les derrières de l'ennemi, Marmont et Mortier furent refoulés par les alliés à Fère-Champenoise, et poussés sur Paris. Ils furent chargés alors de la défense de la rapitiile à l'extérieur, pendant que le maréchal Moncey occupait les barrières et l'intérieur de la grande ville.