‹ NapoléonChapitre 33 sur 132 · KELLERMANN · texte numérisé non relu

KELLERMANN

— Duc de Vairny, 1808.

(\I. DE L'aRMIE.J

LEFEBVRE, 1755-1820. — Duc de Dantzig, 1808.

(m. de VERSAILLES.)

PÉRIGNON, 1754-1818. — Comte, 1808 ; marquis, 1817.

fM. DE VERSAILLES.)

SERURIER, 1742-1819. — Comte, 1808.

(m. de l'\rmée,)

COSTUMES DE LA GRANDE ARMÉE. — Chasseur à cheval de la Garde (pelisse écarlate bordée de fourrure noire, garnie de 96 boutons d'or, qui couvre le bras gauche ; dolman vert à brandebourgs aurore), Dragon de l'Impératrice, Grenadier-étendard de la Garde à cheval. Hussard, Trompette de Grenadiers à cheval, Grenadier à cheval de la Garde, Officier de Lanciers polonais.

ÉTUDES DE DETAILLE. (MUSÉE DE l'aRMÉE )

LES INSTITUTIONS DE UEMPIRE

vous arrivez de Naples ? — Oui, Sire ; j'ai cédé le commandement au général Pérignon, que vous avez envoyé pour me remplacer. — Vous avez sans doute reçu la permission du ministre de la Guerre? — Non, Sire ; mais je n'avais plus rien à faire à Naples. — Si dans deux heures vous n'êtes pas sur le chemin de Naples, avant midi vous êtes fusillé en plaine de Grenelle, s

Pour la maraude, pour le pillage même, qui, en Portugal et en Espagne, loin de sa présence, qui, plus tard, en Russie, sous ses propres yeux, avec <r l'armée sans pardon », devinrent des actes réguliers de la Grande Armée, il feignit souvent de fermer les yeux. Quelques jours avant léna, il rencontrait le 7® léger, composé surtout de Languedociens et de Béarnais. « Voilà les meilleurs marcheurs de l'armée ! On n'en voit jamais un seul en arrière, surtout quand il faut joindre l'ennemi. Mais, pour vous rendre Justice entière, je dois vous dire que vous êtes les plus criards et les plus maraudeurs de l'armée, — C'est vrai, c'est vrai ! » répondirent les soldats. Chacun d'eux avait sur son sac un canard, une poule ou une oie. Il y aurait eu trop à sévir, s'il avait fallu examiner ce genre d'indiscipline, et il fallait bien pardonner quelque chose à de pauvres diables qui faisaient le sacrificede leur vie pour la gloire de l'Empereur et de laFrance.

Aussi, la masse de l'armée était acquise irrévocablement à Napoléon ; elle s'était donnée à lui sans esprit de retour. Tant qu'elle fut heureuse, elle exerça sur l'ensemble de la nation une séduction qui acheva de ralUer au régime impérial ceux qui pouvaient hésiter encore. Comment, en effet, pour des jeunes gens qui se sentaient d'humeur un peu remuante, aurait-il été possible d'assister à une pareille moisson de gloire sans vouloir y participer ? Chaque soldat songeait (jn'en s'exposant, il recevrait la croix, ime dotation, qui sait peut-être ! un titre de duc, comme Lefebvre que tout Paris avait connu jadis sergent aux gardes françaises. Lefebvre avait gagné tous ses grades et tous ses titres l'épée à la main, avec une folle bravoure. Un ami du duc de Dantzig visitait le magnifique hôtel qu'il devait à la générosité de l'Empereur, il enviait sa fortune. « Eh bien, dit le maréchal, je te donne tout cela à une condition. — Laquelle ? — Tu vas descendre dans la cour. Je mets à chaque fenêtre deux grenadiers avec leurs fusils, ils tirent sur toi. Si tu réchappes, tu auras l'hôtel et tout. — Merci ! — Mon ami, on a tiré sur moi plus de coups et de plus près. » Quand vinrent les jours de malheur, l'armée ne cessa de croire à son chef et d'espérer en lui contre toute espérance, comme on espère toujours en ceux que l'on aime. « Tu as froid? demandait Napoléon au grenadier Lambert, à la Bérésina. — Moi, mon Empereur ? Allons donc ! quand je vous vois, ça me réchauffe. »

LES MINISTÈRES, v^ a: J'avais rendu tous mes ministères si faciles que je les avais mis à la portée de tout le monde, pour peu qu'on possédât du dévouement, du zèle, de l'activité, du travail. » Napoléon voulait dire par là qu'il ne demandait pas à ses ministres des facultés créatrices. Aussi bien n'auraient-ils pas pu en avoir. Ils n'étaient que de simples commis, chargés d'exécuter des ordres, avec les qualités essen-

lielles du commis, la promptitude, la fidélité, la soumission. Pour arriver à cette exécution parfaite, pénétrant dans tous les détails, prévoyant et réglant toutes choses, telle que le maître l'entendait, il fallait beaucoup d'expérience et de pratique, qualités qui ne s'acquièrent qu'à la longue. Aussi ce fut un principe de Napoléon de conserver le plus possible ses ministres en fonctions ; il n'eut qu'un ministre des Finances, Gaudin, qu'un ministre de la Marine, Decrès, que deux ministres de la Guerre, Berthier et Clarke. Ce que le maître voulait avant tout de ses collaborateurs, ou mieux de ses employés, c'était l'exactitude à la besogne quotidienne et l'esprit de suite. De près ou de loin, il avait l'œil ouvert sur chacun d'eux, a Je travaillais du soir au matin avec une ardeur singulière, dit Beugnot, à propos de son rôle d'administrateur du grand-duché de Berg ; j'en étonnais les naturels du pays, qui ne savaient pas que l'Empereur exerçait sur ses serviteurs, et si éloignés qu'ils fussent de lui, le miracle de la présence réelle. Je le croyais voir devant moi, quand je travaillais enfermé dans mon cabinet, b

TALLEYRAND. v^ Parmi les ministres de Napoléon, celui des Relations extérieures avait la situation la plus personnelle ; car il ne traitait pas seulement avec l'Empereur, il traitait aussi avec les étrangers. Talleyrand, qui avait reçu ou plutôt repris ces fonctions après le 18 Brumaire, les garda jusqu'en 1807. Il avait séduit Bonaparte par son esprit naturel, original, par son air d'ancien régime et parce qu'il voyait en cet ancien évêque marié, qui avait fortement conseillé le meurtre du duc d'Enghien, et dont il fit un grand chambellan et un prince de Bénévent, un intermédiaire naturel et commode entre la France du passé et la France nouvelle. L'histoire du mariage de Talleyrand n'est pas banale ; elle est une preuve de la manière dont Napoléon entendait être obéi, tout en compromettant dans l'opinion ceux qui le servaient.

Talleyrand avait eu l'occasion de connaître une personne d'origine américaine, Mme Grand, qui passait pour une des plus belles femmes de son temps, mais dont la beauté n'avait d'égale qu'une sottise sans fond. Quelqu'un lui demandait un jour de quel pays elle était. « Je suis d'Inde », répondit-elle. Les ambassadrices refusaient, à l'époque du Consulat, d'aller aux Relations extérieures, poiur ne point s'exposer à être reçues par une femme dont la situation n'était pas régulière. « Je ne vois qu'un moyen, dit Bonaparte à la jolie personne qui était venue fondre en larmes à la Malmaison. Que Talleyrand vous épouse, et tout sera arrangé. » Le ministre avait vingt-quatre heures pour se déterminer. Son parti fut pris tout de suite, car il avait besoin de Bonaparte pour sa fortune, et la place était trop belle pour l'abandonner. Le mariage fut célébré furtivement à Épinay, dans la vallée de Montmorency, par un caré de bonne volonté. Deux jours après, on apprit que Mme Grand s'était transformée en Mme de Talleyrand ; du coup, tous les embarras du corps diplomatique furent aplanis. Bonaparte dut être enchanté du bon tour qu'il avait joué au plus intelligent et au plus nécessaire de ses ministres ; il l'avait condamné à vivre en tête à tête pour le reste de ses jours avec une sotte, et il l'avait couvert d'un peu de ridicule.

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INapoléon finit par trouver que Talleyrand avait une situation trop importante aux yeux de l'Europe ; il prit le parti de lui retirer le ministère. Il le fit avec habileté, car il entendait ménager un homme qui pouvait lui être utile. Il le nomma vice-grand électeur, dignité qui le mettait au-dessus des ministres. Talleyrand, qui ne détestait point les titres et les dotations, — l'ensemble de ses traitements était de 495 000 francs, — accepta sans rien dire, convaincu qu'il continuerait à exercer auprès de Napoléon la même influence. La manière dont il présenta les divers agents de son ministère à son successeur, M. de Champagny, mérite d'être contée, a Monsieur, voici bien des gens recommandables, dont voxxs serez content. Vous les trouverez fidèles, habiles, exacts, mais, grâce à mes soins, nullement zélés, i Champagny fit un mouvement de surprise. « Oui, continua -t-il d'un air très sérieux. Hors quelques petits expéditionnaires, qui font, je pense, leurs enveloppes avec un peu de précipitation, tons ici ont le plus grand calme, et se sont déshabitués de l'empressement. Quand vous aurez eu à traiter un peu de temps des intérêts de l'Europe avec l'Empereur, votis verrez combien il est important de ne se point hâter de sceller et d'expédier trop vite ses volontés, i»

En 1808, Talleyrand avait reçu de Napoléon le singulier rôle de geôlier de Ferdinand VII interné dans son château de Valençay ; comme il sentait la confiance du maître s'éloigner de lui, il ne cacha pas sa désapprobation des affaires d'Espagne. L'Empereur, qui le sut, lui fit une scène terrible, lui apprit qu'il n'était plus grand chambellan, et termina par une grossière injure : « Tenez, monsieur, vous n'êtes que du fumier dans un bas de soie. » Talleyrand, impassible, silencieux, adossé à une console, à cause de sa mauvaise jambe, avait écouté sans sourciller la philippique de Napoléon. Toute sa vengeance fut dans le mot qu'il colporta après cette scène : a Quel dommage qu'un si grand homme soit si mal élevé ! >

FOUCHÉ, SAVARY, MARET. v.^ Un autre personnage, de toute autre nature d'ailleurs, eut aussi sa disgrâce après avoir connu la haute faveur; il s'en vengea en s'alliant à Talleyrand en 1815 pour s'imposer aux Bourbons : ce fut le ministre de la Police Fouché, l'ancien oratorien régicide, a le sans-culotte métamorphosé en duc, comme l'appelle Chateaubriand, qui avait enveloppé la corde de la lanterne dans le cordon de la Légion d'honneur». D'une perfidie sans égale, « toujours dans les souliers de tout le monde d, suivant le mot de Nucléon, tenant entre ses mains tous les ressorts de la police, il se croyait indispensable à l'Empereiir par les rapports de toute nature avec lesquels il voulait capter sa confiance. Brusquement, en 1810, il fut cassé aux gages, parce qu'il affectait de se croire nécessaire. Son successeur fut le général Savary, duc de Rovigo, sur la docilité de qui Napoléon savait pouvoir compter ; c'était le gendarme à tout faire, qui avait assuré sa propre fortune en faisant exécuter sur-le-champ la sentence portée contre le duc d'Enghien. En 1811, Napoléon nomma aux Relations extérieures son ancien secrétaire Maret, duc de Bassano, dont la fidélité lui était connue depuis longtemps. <i Êtes- vous riche, Maret? lui avait dit un jour le Premier Consul. — Non,

Général. — Tant pis, il faut être indépendant. — Général, je ne veux jamais être dépendant que de vous. — Hein ! pas trop mal, » Et se tournant vers son secrétaire ; « Maret est bien, il ne manque pas d'esprit, il a répondu adroitement. >

LE TRIBUNAT ET LE CORPS LÉGISLATIF, v.^ Il y avait toujours les quatre assemblées établies par la Constitution de l'an VIII, qui étaient, à titres divers, des organes du pouvoir législatif : Conseil d'Etat qui préparait les lois, Tribunat qui les discutait. Corps législatif qui les votait, Sénat qui les surveillait et les complétait. Le Tribunat seul avait quelques apparences de liberté, mais de liberté stérile, puisqu'Udiscutait dans le vide, sans pouvoir changer un iota au texte qm lui était soumis. Depuis longtemps, Bonaparte avait décidé la mort des tribuns, a Ce sont des bavards et des phraseurs que je chasserai. Tons les troubles des Etats viennent des bavardages de la tribune ; je n'en veux plus.... Ils ne perdront rien pour attendre. » En 1802, les tribuns avaient été réduits de cent à cinquante ; en 1807, les cinquante furent supprimés ; ils furent versés dans le Corps législatif. « Voilà, dit l'Empereur, ma dernière rupture avec la République, » Le Tribunat mourut en courtisan plein de grâce ; il vota à l'Empereur une adresse pour exprimer ses remerciements et son admiration. La suppression d'un rouage pxirement décoratif ne changea rien à l'expédition des affaires; elles n'allèrent ni mieux ni pis.

Le Corps législatif n'était qu'une chambre d'enregistrement, chargée de voter à la muette des projets de loi qui étaient tout préparés. Une fois, une seule, au début de la campagne de France, il voulut prendre la parole au nom de la nation ; ce fut une scène terrible où l'Empereur laissa éclater toute sa colère et tout son mépris.

LE SÉNAT. \At 'Deux corps seuls comptaient dans l'organisation intérieure d e l'Empire, le Sénat et le Conseil d'État.

Les attributions du Sénat étaient singulièrement élastiques ; il était chargé de régler tout ce qui n'avait pas été prévu par la Constitution et tout ce qui était nécessaire à sa marche. Le Sénat fut une machine à décrets de toute nature, fonctionnant à jet continu. Au Sénat, comme au Conseil d'État, à la Cour de Cassation et dans tous les grands postes de l'Etat, Napoléon avait fait place aux vaincus de tous les partis. Nobles, émigrés, jacobins se coudoyaient et vivaient en parfaite harmonie. En 1808, il y avait dans la haute administration 131 régicides, axixquels personne ne songeait à reprocher leur vote de 1793, pas plus qu'ils ne songeaient eux-mêmes à reprochera leurs collègues d'avoir été de l'armée de Condé. « On ne m'a jamais connu qu'une question, disait Napoléon, un but unique : « Voulez- vous être bon Français avec moi ? » Sur l'affirmative, il plaçait chacun dans la place qu'il jugeait en harmonie avec ses aptitudes. Les nobles de cour, de robe et d'épée, que leur situation sous l'ancien régime aiirait destinés aux premières charges, y avaient toujours droit, au même titre que les fils de la Révolution, à savoir être a bons Franc ais avec lui ». Ce qui voulait dire être serviteurs apphqués, travailleurs

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ALLE YRAND-PERIGORD, 1 754-1838.

Prince de Bénévent, ministre des Relations extérieures. p^k t-RrimoN. (miske Carnavalet. l

AVARY (René). 1774-1833. — Duc de Rovigo, ministre de la Police générale.

PAR R. LEFÈ\TÎE. (MUSÉE DE VERSAILLES.)

FOUCHÉ (Joseph), 1763-1820, duc d'Otrante, ministre de la police générale, exilé à la 2" Restauration, (par in. iubife. (mi-sée de vrRSAiiT.Es.)

MARET (Hugues), 1763-1839. — Duc de Bassano, ministre des Relations extérieures. PAR R. LEFÊVRE.(COLL. DE M™«LA DUCHESSE DE BASSANO.)

ARMEMENT SOUS L'EMPIRE. — Fusil à pierre, modèle de 1777, employé jusqu'en 1840 .portée extrême, 600 mètres ; bonne portée, 250 mètres : quatre balles en trois minutes. — Canons du système Gribeauval, de 1776, employés jusqu'en 1825 : portée extrême, 3 500 mètres pour le canon de 12, pièce lourde ; bonne portée, 1200 mètres ; deux coups par minute. — Caisson de munitions d'artillerie, système Gribeauval (Gribeauval, vénérai d'artillerie, mort en 1789). (musée de l'armée.)

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et, avant tout, dociles ; car le temps était passé des fonctions d'administration et même de cour, qui étaient des sinécures. Le Sénat était censé se recruter lui-même sur des listes de candidats de diverses provenances ; en réalité, il prenait le candidat de FEmpercur. 11 avait été question une fois, et c'était sous le Consulat, de faire entrer au Sénat un ancien conventionnel de mérite, Daimou. « Citoyens, dit Bonaparte, je vous préviens que je regarderais la nomination de Daunou au Sénat comme une injure personnelle, et vous savez que je n'en ai jamais souffert aucune. »

LE CONSEIL D'ÉTAT, v^ L'organe essentiel du gouvernement impérial, c'était le Conseil d'État Comme le disait un de ses membres, le Conseil était la pensée de l'Empereur en délibération, comme les ministres étaient sa pensée en exécution. Mieux encore que les autres corps de l'État, Napoléon l'avait recruté dans tous les partis. Il y avait des magistrats de l'ancien régime, comme Mole, Séguier, Pasquier, des hommes de la Constituante, de la Législative, de la Convention et du Directoire ; le défenseur de Louis XVI, Tronchet, y ^égcait à côté d'un pxu- jacobin, Real. Las Cases, le futur mémorialiste de Sainte-Hélène, officier de l'ancienne marine qui avait émigré, en était membre. Dans la liste de ses auditeurs, de ses maîtres des requêtes, de ses conseillers, on trouverait les noms les plus illustres de l'administration et de la jurisprudence françaises au début du xrx* siècle. Ses sections de la Justice, des Finances, de l'Intérieur, de la Guerre et de la Marine, son comité du Contentieux, exerçaient sur tous les services publics, même sur les actes des ministres, une surveillance salutaire. Cambacérès, qm en était le président, dirigeait les discussions du Conseil avec une science de juriste approfondie.

La besogne du Conseil d'État fut vraiment énorme ; on a fait le compte de ses délibérations : il fut de 61 139. C'est lui qui avait l'initiative des lois de toute nature ; après les avoir longuement et librement discutées, il en arrêtait le projet, qui était soumis ensuite à l'acceptation du Corps législatif. C'est dans les comités du Conseil d'État que furent discutés et en somme décidés le Code civil, le Code de procédure civile, le Code de Commerce, le Code pénal, le Code de procédure criminelle ; c'est là, et non dans les assemblées délibérantes, que fut arrêtée toute la législation qui régit encore les rapports des Français entre eux.

NAPOLÉON AU CONSEIL D'ÉTAT, v^ Dans les haltes que Napoléon faisait à Paris au milieu de ses courses à travers l'Europe, il ne manquait pas d'assister aux séances du Conseil et d'y prendre part en personne. La contradiction ne lui déplaisait pas. c Je ne me fâche point qu'on me contredise, je cherche qu'on m'éclaire. Parlez hardiment ; dites toute votre pensée : nous sommes ici entre nous, nous sommes en famille. » Mais, même en famille, il peut y avoir entre le père et les enfants des querelles d'iine extrême violence. <r Ayez donc l'attention de ménager un peu mon humeur, dit-il une fois à un membre du Conseil. Dernièrement, vous avez été bien

loin ; vous m'avez réduit a me gratter la tempe ; c'est un grand signe chez moi ; dorénavant, évitez de me pousser jusque-là. i>

Les annales du Conseil d État ont conservé le souvenir d'une scène terrible qu'il fit au comte Portalis, le fils de l'ancien ministre des Cultes ; celui-ci ne lui avait point fait connaître un bref lancé par le Pape Pie VII contre le cardinal Maury, qui venait d'être nommé archevêque de Paris. L'explosion éclata en plein Conseil, devant les collègues du coupable, qui assistèrent, dans le plus profond silence, à cette sortie terrible. « Quel a pu être votre motif, monsieur ? Seraient-ce vos principes religieux ? Mais alors, pourquoi vous trouvez-vous ici ? Je ne violente la conscience de personne. Vous ai -je pris au collet pour vous faire mon conseiller d'État? C'est une faveur insigne que vous avez sollicitée. Vous êtes ici le plus jeune et le seul peut-être qui y soyez sans des titres personnels ; je n'ai vu en vous que l'héritier des services de votre père.... Votre faute est grande, monsieur. > Et, à la fin, ce terrible coup de massue : « Les devoirs d'un conseiller d'État envers moi sont immenses ; vous les avez violés, monsieur. Vous ne l'êtes plus. Sortez, ne reparaissez plus ici ! d Le malheureux sortit. Les assistants, figés dans le silence, entendirent les derniers éclats de la tempête : « J'espère qu'une pareille scène ne se renouvellera jamais ; elle m'a fait trop de mal. ... Depuis que je suis au gouvernement, voilà le premiw individu, auprès de moi, qiii m'ait trahi. » Et, se tournant vers le membre dn Conseil qui rédigeait les procès-verbaux : <r Vous écrirez trahi, entendez- vous ? >

LA NOBLESSE IMPÉRIALE, v^ Le 30 mars 1806, le Sénat tint une séance fort importante ; il s'agissa.it de prendre connaissance d'une série de décrets qui avaient pour effet, disait Cambacérès, d'affermir le système du gouvernement héréditaire par des institutions analogues à sa nature. L'un de ces décrets érigeait en duchés douze territoires de l'Empire. « Ces titres, disait l'archichancelier, deviennent la propriété de ceux qui les auront reçus, et seront transmis de mâle en mâle à l'aîné de leurs descendants légitimes. Cette grande conception, qui donne à l'Europe la preuve du prix que Sa Majesté attache aux exploits des braves et à la fidélité de ceux cju'elle a employés dans les grandes affaires, offre aussi des avantages politiques. L'éclat habituel qui environne les hommes éminents en dignité leur donne sur le peuple une autorité de conseil et d'exemple, que le monarque quelquefois substitue avantageusement à l'autorité des fonctions publiques. Ces mêmes hommes sont, en même temps, les intercesseurs du peuple auprès du trône. » Des décrets postérieurs complétèrent bientôt cette institution de la noblesse. Que de chemin on avait fait depuis la nuit du 4 août et les décrets de la Constituante !

La noblesse impériale eut tous les titres de la noblesse de l'ancien régime, à l'exception de celui de marquis. Les titres de baron d'Empire et de comte d'Empire étaient donnés soit à la personne, soit à la fonction. Ainsi étaient barons de droit les présidents des collèges électoraux, le premier président et le procureur général de la Cour de Cassation, de la Cour des Comptes, de chaque Cour d'Appel, les évêques et les maires

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€ des 37 bonnes villes qui ont le droit d'assister à notre couronnement ». Etaient comtes de droit les sénateurs, les conseillers d'État à vie, les cardinaux et archevêques. De plus, hirent créés barons ou comtes, en vertu de leurs mérites, un grand nombre d'officiers, des administrateurs, des savants, des industriels.

Le titre de duc — il y en eut trente-deux — fut toujours donné à la personne. Sur ces trente-deux noms de ducs, un seul, Valmy, appartient à la France et à la période des armées républicaines. Un duché est portugais : Abrantès ; un est espagnol : Albuféra ; un est polonais, Dantzig ; deux sont allemands : Auerstaedt, Elchingen ; tous les autres sont italiens. Seul, le duc Decrès n'eut pas de titre territorial.

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