CHAPITRE XI
AUSTERLITZ. lÉNA, FRIEDLAND
PRÉPARATIFS DE LA CAMPAGNE CONTRE L AUTRICHE, a CAPITULATION D'ULM. g NAPOLÉON A VIENNE, a NAPOLÉON EN MORAVIE. /*LA VEILLE DE LA BATAILLE. a 1805. BATAILLE D'AUSTERLITZ. a APRES LA VICTOIRE. .0 L'EUROPE CENTRALE EN 1806. a RUPTURE AVEC LA PRUSSE, a 1806. BATAILLES D'IÉNA ET DAUER- STvEDT. a NAPOLÉON A BERLIN, a 1807. BATAILLE DEYLAU. a 1807. BATAILLE DE FRIEDLAND. a ENTREVUE DE TILSIT. g RETOUR DE NAPOLÉON
'■J UAND Napoléon avait décidé en 1803 de descendre en Angleterre,
* l'état de neutralité du continent européen lui permettait de se donner
* tout entier à ce projet; mais la situation n'avait pas tardé à changer. H Lors de l'assassinat du tsar Paul pr en 1801, l'Empereur avait laissé
i-è courir des bruits injurieux sur la complicité de son fils Alexandre I^. Les relations de la France et de la Russie s'étaient peu à peu tendues ; elles se rompirent complètement après l'exécution du duc d'Enghien. La Russie s'était alliée à l'Angleterre le 11 avril 1805. L'Autriche avait fait de même le 9 août.
PRÉPARATIFS DE LA CAMPAGNE CONTRE L'AUTRICHE, v^ i L'Autriche ne se contient plus, disait l'Empereur. Elle croit sans doute que nous sommes tous noyés dans l'Océan. » Dès le 23 août, il écrivait de Boulogne à Talleyrand : « Je cours au plus pressé, je marche sur Vienne et ne pose les armes que je n'aie Naples et Venise, et augmenté tellement les États de l'électeur de Bavière que je n'aie plus rien à craindre de l'Autriche. » Cela était le programme diplomatique de la campagne ; le programme stratégique n'eut pas moins de rapidité et de netteté.
Il apprenait, le 25 août, que l'escadre de Villeneuve regagnait Cadix ; l'affaire d'Angleterre était manquée. Sur l'heure il saisit l'affaire autrichienne. Il fait venir Daru, qui était l'intendant général de sa maison ; il lui dicte, tout d'une traite, la suite des ordres qui étaient nécessaires pour transporter à la frontière d'Allemagne l'armée qui était à ce moment dans la région de Boulogne. Tout était prévu, calculé, combiné. Jarùais le génie de l'organisation ne se manifesta à un plus haut degré, comme jamais le génie de la £tuen-e, avec les marches enveloppantes, l'offensive continue, les coups de foudre, ne
se manifesta avec plus d'éclat que dans cette courte campagne de 1805, qui vit presque une victoire par jour. En moins d'un mois, toute l'armée se trouva transportée comme par enchantement, des rives de la Manche aux bords du Rhin, dans la région de l'Alsace et du Palatinat ; vingt mille voitures avait servi à ce tour de force.
Une armée autrichienne, sous les ordres de Mack, avait envahi le territoire de la Bavière; elles'était portée jusqu'à Ulm, pour garder les routes qui commandent les défilée de la Forêt Noire. Napoléon, pour l'entretenir dans cette idée, avait envoyé Murât et Launes vers le val d'Enfer et dans la partie centrale du pays badois. De Strasbourg, il surveillait la marche du reste de la Grande Armée ; elle s'engageait, par corps d'armée, dans la vallée du Main, pour se rabattre ensuite vers le Danube et déboucher au delà de la position centrale de l'ennemi. Car ce fut là une des idées maîtresses de cette stratégie, belle et simple comme nne œuvre d'art : mettre l'ennemi, avant l'opération engagée, dans l'impossibilité de communiquer avec sa base d'opération. Qu'il soit vaincu ensuite, c'est un écrasement complet : Marengo, Ulm, léna furent des applications diverses de cette méthode unique.
CAPITULATION D'ULM. n^ En quittant Strasbourg le l^r octobre pour franchir le KJiin, Napoléon prophétisait la campagne : « On dirait que j'ai fait le plan de campagne de Mack. Les fourches caudines sont à Ulm. "
Il y eut d'abord une semaine de marches silencieuses et rapides; les 180000 hommes de la Grande Armée se déroulèrent comme un serpent gigantesque autour des Autrichiens. Ils s'échelonnèrent d'abord du Rhin au Main, de Kehl à Wurzbourg, sur le flanc droit de l'ennemi. Mal informé, Mack s'obstinait à attendre du côté de l'Ouest le danger qui d'heure en heure s'approchait du côté du Nord. La vérité lui apparut tout à coup ; il fit un changement de front, dans l'idée de défendre le passage du Danube. Vaine précaution ; car Napoléon avait dans son esprit le plan d'un coup de filet gigantesque où toute l'armée ennemie serait prise. Il était arrivé lui-même à Donauwerth le 7 octobre; il y dirigea le passage d'une partie de l'armée; il était à Augsbourg le 11, et il y établissait son quartier général. Jusqu'ici la campagne s'était faite avec les jambes des soldats, la poudre n'avait pas encore parlé. A présent qu'il était placé entre Ulm et Vienne, il lui restait à revenir sur ses pas, à remonter le Danube à droite et à gauche et à tout refouler dans Ulm, qui serait une autre souricière comme Mantoue l'avait été dans la campagne d'Italie.
« Il ne s'agit pas de battre l'ennemi, écrivait-il à Soult le 12 octobre ; il faut qu'il n'en échappe pas un. Assemblez vos généraux et chefs de corps ; faites-leur comprendre que je compte qu'on n'épargne rien de ce qui peut rendre notre succès complet et absolu ; que cette journée doit être dix fois plus célèbre que celle de Marengo, que, si je n'avais voulu que battre l'ennemi, je n'aurais pas eu besoin de tant de marches et de fatigues, mais que je veux le prendre et que de cette armée qui, la première, a rompu la paix et nous a fait manquer notre plan de guerre
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maritime, il ne reste pas nn seul homme pour en porter la nouvelle à Vienne. > Napoléon venait de rappeler le souvenir de Marengo ; Mack, de son côté, dut se rappeler cette journée fatale aux armes autrichiennes quand il vit qu'il tournait le dos à la Forêt Noire et qu'il faisait face à l'Est, du côté où les Français remontaient les deux rives du fleuve. La ligne de refoulement s'avançait sur lui d'une masse irrésistible. Les combats étaient à présent comme quotidiens. Celui d'Albeck, le 11 octobre, fut une affaire très chaude ; la division Dupont, du corps de Ney, isolée sur la rive gauche, en supporta tout le poids et parvint à empêcher la tentative de dérobade de l'ennemi par le Nord. Le 14 octobre, le combat acharné d'Elchingen, livré par Ney, conduisit les
PROJET DE CAPITULATION SIGNÉ PAR BERTHIKR ET MACK US. 17 OCTOBRB 1805. (COLLECTION DU l'RIHCB DE WAGKAH)
Le texte complet comprend dix articles.
Français aux portes mêmes d'Ulm et leur permit d'occuper les ouvrages du Michelsberg qui commandaient la ville. L'encerclement était achevé.
Après avoir fait jeter quelques bombes sur Ulm le 16 octobre, Napoléon envoie à Mack son aide de camp Ségur : il le somme de se rendre ; un projet de capitulation est signé le 17 octobre, à Ulm même, entre Beiihier et Mack. Cependant le général autrichien implore un sursis de quelques jours, dans l'attente illusoire d'une armée de secours austro-russe. Napoléon consent à patienter jusqu'au 25; mais il n'eut pas à attendre cette échéance. Un corps autrichien, qui avait cru s'échapper du côté du Nord, était capturé par Murât, le 18, sur la route de Nuremberg, Mack perdit tout espoir; le 19 il eut une entrevue avec l'Empereur, qui était établi à l'abbaye d'Elchingen. C'était pour arrêter les termes définitifs de la capitulation.
Le lendemain, 20 octobre 1805, Napoléon assistait au défilé de l'armée autrichienne. Placé sur un rocher au pied du Michelsberg, il vit défiler cette armée que les combinaisons de son génie venaient, en vingt jours, de mettre entre ses mains. Mais le véiinqueur ne pouvait pas se douter que, vingt-quatre heures après son triomphe, le 21 octobre, l'escadre de Villeneuve allait livrer la bataille de Traialgar.
NAPOLÉON A VIENNE, vtf» L'Autriche semblait à la merci de l'Empereur. Dès le 21 octobre, quand l'armée était dans l'éblouissement de tant de génie, son chef, do quartier impérial d'Elchingen, lançait cette proclamation :
a Soldats de la Grande Armée, en quinze jours nous avons fait une campagne. Ce que nous nous proposions est rempli.... Mais nous ne nous arrêterons pas là : vous êtes impatients de commencer une seconde campagne. Cette armée rubc>e que l'or de l'Angleterre a transportée des extrémités de l'univers, nous allons lui faire éprouver le même sort. A ce combat est attaché plus spécialement l'honneur de l'infanterie ; c'est là que va se décider pour la seconde fois cette question qui l'a déjà été en Suisse et en Hollande : si l'infanterie française est la seconde ou la première de l'Europe. Il n'y a point là de généraux contre lesquels je puisse avoir de la gloire à acquérir ; tout mon soin sera d'obtenir la victoire avec le moins possible d'effusion de sang : mes soldats sont mes enfants. ï>
La rapidité foudroyante de la campagne de Bavière n'avait pas permis à l'empereur Alexandre de soutenir à temps ses alliés d'Autriche. L'armée russe de Koutousov, qui était arrivée sur les bords de l'Inn, ne pouvait plus songer à présent qu'à défendre l'accès de Vienne, jusqu'à ce que les armées autrichiennes ou russes qui étaient en arrière eussent le temps de la rejoindre. Tout fut déjoué encore par l'offensive sans répit de Napoléon. La Bavière fut occupée en entier ; un grand magasin général fut établi à Augsbourg. Augereau reçut le rôle d'assurer en arrière les communications; Ney s'empara du Tyrol septentrional et d'Innsbruck. Toutes les précautions étaient prises; l'offensive pouvait recommencer.
Koutousov avait dessiné un mouvement de retraite par la rive droite du Danube. Derrière lui, très vite, arrivait une partie de la Grande Armée en deux masses débordantes, l'une à droite avec Mural, Lannes, Soult, l'autre à gauche avec Mortier. Murât, toujours à l'avant-garde, atteint une portion de l'armée russe à Amstetten, le 5 novembre. Koutousov voit qu'il ne pourra atteindre Vienne ; son seul salut possible est de franchir le Danube et de rejoindre les armées russes qui arrivaient en Moravie. La rive droite se trouvait ainsi dégagée, mais la situation de Mortier, qui était sur la rive gauche, pouvait devenir critique. Le 11 novembre, le combat de Dûrrenstein mit en péril une partie de son armée ; la division Gazan eut à supporter à elle seule l'effort de toute l'armée de Koutousov; enfin, les Français finirent par rester maîtres de la position. Napoléon était peu satisfait ; l'armée russe venait de lui échapper. Peut-être était-il temps encore de la rejoindre par Vienne et de lui couper la route de la Moravie.
Murât et Lannes arrivent à Vienne le 13 novembre et occupent tout de suite les ponts du Danube. L'Empereur établissait en même temps son quartier général aux portes de la capitale, à ce château de Schœnbriinn qui devait être un jour la dernière demeure de son fils. Murât s'était porté le 15 novembre à Hollabrunn au Nord de Vienne ; il y rencontra la division Bagration de l'armée ennemie. Les Russes l'amusent en parlant d'ouvrir un armistice ; il en réfère à Napoléon, qui à Schœnbrûnn attendait
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REDDITION D'ULM, 20 octobre 1805. — La garnison d'Ulm (30 000 hommes, 18 généraux, 60 canons) défila devant l'armée française rangée sur le Micfielsberg et le Frauenberg. Napoléon, entouré de son état-major et de la Garde, assista à ce défilé, qui dura 5 heures; il fit venir auprès de lui les généraux autrichiens et s'entretint avec eux. par charlis thévenin, (musée de Versailles.)
DÉPART DES CONSCRITS, 1807. — Chaque année, le départ des conscrits donnait lieu à des scènes pittoresques. Les conscrits de 1807 — c'est l'année de Friedland et de Tilsit — passent en chantant sous la porte Saint-Denis. par boillv. (musée Carnavalet )
ENTREVUE DE NA- POLÉON ET DE FRANÇOIS II, après la bataille d'Austerlitz, 4 décembre 1805. — Elle eut lieu près des étangs de Ziaroschitz, aux avant-postes de l'armée française. L'empereur d'Autriche était accompagné du prince Jean de Lichtenstein, qui était venu la veille demander un armistice. L'entrevue dura une heure. Napoléon était de retour au château d'Austerlitz dans l'après-midi ; l'armistice y fut signé le 6 décembre.