PAR GROS. (MUSÉE DE VERSAILLES
NAPOLÉON AU TOMBEAU DE FRÉDÉRIC II, 26 octobre 1806. — L'église de la Garnison, à Potsdam, renferme dans un caveau le cercueil du Grand Frédéric et de son père le roi-sergent. La visite de l'Empereur eut lieu la veille de son entrée à Berlin, par ponce-camus, (musée de Versailles)
AUSTERLITZ. lÉNA, FRIEDLAND
autre chose qu une suspension d armes. Pendant ces allées et venues, les régiments de Koutousov, abrités par le corps de Bagration, se dérobaient sur la ronte de Briinn. Murât s'aperçut qu'il était joué ; il se jeta sur les troupes de Bagration : elles furent à peu près détruites, mais le gros de 1 armée russe était sauvé.
NAPOLÉON EN MORAVIE, v*» Napoléon avait fait à Vienne en quelques jours une concentration générale des corps de la Grande Armée. Quand il eut toutes ses forces sous la main, il ordonna un mouvement d'ensemble vers le Nord. Les deux empereurs de Russie et d'Autriche, Alexandre I*' et François II, venaient de se rejoindre à Olmûtz ; il y avait là une masse d'environ 90000 hommes, dont 14000 formaient les contingents autrichiens. Les alliés escomptaient l'arrivée probable d'une armée prussienne, à cause des rapports étroits entre les gouvernements de Saint-Pétersbourg et de Berlin; la rapidité des événements déjoua leurs calculs.
L'Empereur quitta son quartier général de Schœnbrûnn le 16 novembre; quatre jours plus tard, il s'établissait à Briinn, à l'Ouest de la position des ennemis. Non loin de Briinn, son attention fut attirée par un terrain accidenté, qu'il visita en détail. Son cerveau imaginait déjà toute la bataille future, mais il fallait que l'ennemi donnât luimême dans le piège qui allait lui être tendu. Quelques jours se passèrent en pourparlers; Napoléon en profita pour placer les corps de la Grande Armée dans les positions qu'il avait étudiées; car la bataille qui se préparait allait être avant tout la victoire de la prévoyance. Le 27 novembre, il recevait des propositions en vue d'un armistice; il feignit de les accepter. Son aide de camp, le général Savary, se rendit auprès d'Alexandre: celui-ci, de son côté, envoya à Napoléon son aide de camp, le prince Dolgorouki. Ce que Doîgoroukd crut observer de l'attitude défensive de l'armée française le convainquit qu'elle était à la merci des alliés; il rapporta dans le camp des Russes la confiance la plus présomptueuse.
Briinn, quartier général de Napoléon, Austerlitz, quartier général des alliés, étaient séparés par le plateau de Pratzeu. En laissant les Russes s'établir sur ce plateau, Napoléon semblait leur offrir le moyen de tourner sa position du côté du Sud. Pour exécuter ce mouvement, les Russes descendraient de Pratzen comme d'une citadelle sur la droite de l'armée française; c'est le moment que Napoléon allait saisir j>our gravir à son tour le plateau et accabler les Russes par derrière.
65000 Français en tout étaient réunis pour la future bataille en face de 90000 ennemis: mais ils étaient dans la main de l'Empereur, suivant sa propre expression, « comme un bataillon dans la main d'un bon major » . Sur une ligne qui s'étageait du Nord au Sud, le long du ruisseau marécageux du Goldbach, face au plateau de Pratzen, avaient pris place à gauche le corps de Lannes, au centre le corps de Soult, flanqué en arrière du corps de Bernadette et de la Garde, à droite le corps de Davout. Celui-ci, avec la division Friant et la division de cavalerie Bourcier, allait être comme le pivot de la combinaison; il devait arrêter l'offensive de l'ennemi au moment où les autres corps
déboucheraient par derrière des hauteurs de Pratzen : l'armée austro-russe serait prise ainsi comme entre les deux mâchoires d'un étau.
LA VEILLE DE LA BATAILLE, y^ Dans la journée du l^r décembre, Tarmée ennemie occupa le plateau de Pratzen. En la voyant faire ce mouvement, l'Empereur dit à plusieurs reprises : i Avant demain soir, cette armée est à moi. » Encore quelques heures, et la combinaison qui se poursuivait depuis une dizaine de jours allait produire tout son effet. Le moment était venu de faire passer dans les cœurs le choc électrique qui allait déterminer la victoire. Une proclamation circula dans les rangs :
« Soldats, l'armée russe se présente devant vous pour venger l'armée autrichienne d'Ulm. Ce sont ces mêmes bataillons que vous avez battus à Hollabrunn et que depuis vous avez constamment poursuivis jusqu'ici. Les positions que nous occupons sont formidables ; et, pendant qu'ils marcheront pour tourner ma droite, ils me présenteront le flanc. Soldats, je dirigerai moi-même tous vos bataillons. Je me tiendrai loin du feu, si, avec votre bravoure accoutumée, vous portez le désordre et la confusion dans les rangs ennemis ; mais, si la victoire était un moment incertaine, vous verriez votre Empereur s'exposer aux premiers coups.... »
Ces paroles venaient à peine de passer de rang en rang, quand on apprend dans la soirée que Napoléon en personne se promène au milieu de ses troupes. Les soldats ont l'idée d'attacher des gerbes de paille à des milliers de piques, de les enflammer, et l'Empereur fait sa ronde de nuit à la lumière de ces torches improvisées, au milieu de clameurs sans fin. « Tu n'auras pas besoin de t'exposer, lui dit un vieux grenadier ; nous t'amènerons demain les drapeaux et l'artillerie russes pour célébrer l'anniversaire de ton couronnement. » L'Empereur pouvait être tranquille ; son génie avait tout prévu, et il savait ce qu'il pouvait attendre d'une armée transportée d'un pareil enthousiasme.
1805. BATAILLE D'AUSTERLITZ. v^ a Le soleil se leva radieux, dit le trentième Bulletin de la Grande Armée. L'Empereur, entouré de tous les maréchaux, attendait, pour donner ses derniers ordres, que l'horizon fût bien éclairci. »
La bataille se livra avec la régularité d'un programme. Voici la gauche des Russes qui commence à descendre dans la plaine en se dirigeant vers les positions de Davout, Quand elle est bien engagée, vers neuf heures. Napoléon donne l'ordre d'une offensive générale. Le corps de Soult gravit le plateau de Pratzen avec un élan irrésistible. Le capitaine Coignet rapporte que les musiciens jouaient une chanson bien connue :
On va leur percer le flanc,
Ran, ran, ran, ran, tan, plan, tirelire,
On va leur percer le flanc.
Que nous allons rire !
Ran, tan, plan, tirelire.
Que nous allons rire !
AUSTERLITZ, lÉNA, FRIEDLAND
S^BKi IrJMèlxmirr/SOSiS^y.