I ■ ALLIÉS
Une fois maîtresses du plateau, les divisions de Soult pivotent sur la droite, jwur prendre à revers la gauche des Russes. Derrière elles, le corps de Bernadotte occupait à son tour les hauteurs de Pratzen. Du côté du Nord, à notre gauche, Lannes et Murât livraient leur bataille; une charge de 4000 cuirassiers balayait tout devant elle sur la route d'Olmutz. Koutousov tenta un vigoureux effort pour dégager la gauche de son armée. La cavalerie russe arrive d'Austerlitz ; elle gravit, en chargeant, le plateau qui était devenu la clef de toute la position. Au même moment Napoléon et la Garde débouchaient sur le plateau. Les cava-
liers français se jetèrent sxir les chevaliers-gardes du prince Repnin avec une sorte de furie, à cause des fanfaronnades que les Russes proféraient contre les Français. « Faisons pieixrer, disaient-ils, les dames de Saint-Pétersbourg, i» Cette partie de l'armée ennemie est rompue, mise en pièces, rejetée à l'Est sur Austerlitz. Le plateau restait décidément aux Français. Il n'y avait plus qu'à écraser la gauche ennemie, qui se heurtait sans espoir à la résistance de Davout. Elle est accablée par derrière dans un désordre affreux; elle s'engage sur des étangs gelés, la glace cède. Quelques milliers d'hommes à peine se sauvent dans la direction de l'E^t. L'armée de Koutousov se composait de trois corps principaux : celui de Bagration à droite était en fuite sur la route d'Olmutz ; celui de Miloradovitch au centre avait été arrêté au plateau de Pratzen ; celm de Buxhowden à gauche avait été entièrement broyé.
Le lendemain matin, 3 décembre. Napoléon, après avoir parcouru le champ de bataille, s'établissait au château d'Austerlitz, là même où avait été le quartier général de ses ennemis ; le nom de ce village a prévalu pour appeler labataille du 2 décembre, qu'on appela aussi la bataille de l'Anniversaire ou la bataille des Trois Empereurs. D'Austerlitz, le vainqueur adressa à la Grande Armée ce chant de triomphe :
« Soldats, je suis content de vous. Vous avez, à la journée d'Austerlitz, justifié tout ce que j'attendais de votre intrépidité; vous avez décoré vos aigles d'une immortelle gloire. Une armée de 100000 hommes, commandée par les empereurs de Russie et d'Autriche, a été, en moins de quatre heures, ou coupée ou dispersée. Ce qui a échappé à votre fer s'est noyé dans les lacs. Quarante drapeaux, les étendards de la garde impériale de Russie, 120 pièces de canon, 20 généraux, plus de 30 000 prisonniers, sont le résultat de cette journée à jamais célèbre....
ï Soldats, lorsque tout ce qui est nécessaire pour ïissurer le bonheur et la prospérité de notre patrie sera accompli, je vous ramènerai en France ; là vous serez l'objet de mes plus tendres sollicitudes. Mon peuple vous reverra avec joie, et il vous suffira de dire : J étais à la bataille d'Austerlitz, pour que l'on réponde : Voilà un brave. »
A.PRES LA VICTOIRE. vjB» Le 4 décembre, à un bivac voisin d'Austerlitz, Napoléon avait une entrevue avec François II. « Ce sont là les palais, lui dit-il en lui montrant une méchante cabane, que Votre Majesté me force d'habiter depuis trois mois. — Le séjour vous réussit assez bien pour que vous n'ayez pas le droit de m'en vouloir. » Les deux empereurs jetèrent les bases d'un armistice qui fut conclu le surlendemain.
Napoléon, qui avait dès cette époque des vues sur la Russie, qui songeait déjà à l'enchaîner à son alliance, avait laissé l'armée d'Alexandre se retirer à petites journées. Il se réservait de faire payer à l'Autriche les frais de la guene. Le 27 décembre, à Presbourg, il lui dictait les conditions de la paix. Venise et les annexions du traité de Campo-Formio lui étaient enlevées et réunies au royaume d'Italie ; des pertes plus douloureuses pour l'orgueil autrichien étaient le Tyrol et la Souabe, vieilles possessions de la monarchie, que le vainqueur adjugeait à ses clients, les ducs de Bavière et de Wurtemberg.
Les semaines qui suivirent Austerlitz furent comme illuminées du rayonnement de cette grande journée. La victoire sans précédent du 2 décembre, venant après la campagne d'Ulm, qui avait déjà été une manière de miracle, avait consacré Napoléon comme le plus grand général des temps modernes.
Ce fut pendant plusieurs jours une succession de fêtes. Une des plus belles fut le bal offert par les maréchaux dans la salle de l'Opéra ; tout ce que Paris comptait de célébrités y assistait. L'Empereur y fut particulièrement aimable pour les invités qui tenaient au faubourg Saint-Germain ; son triomphe devenait pour lui un moyen de séduction à l'égard de ceux qui boudaient ou qui hésitaient encore. Il fit une distribution de drapeaux aux principaux corps de l'Etat : 8 à la Ville de Paris, 8 au Tribunat, 54 au Sénat. Le 1®' janvier 1806, la réception officielle de ces trophées se fit au palais du Sénat au milieu d'une pompe extraordinaire. D'autres drapeaux furent envoyés à Notre-Dame et suspendus aux voûtes de la basilique ; ce fut sous ce décor triomphal que l'Empereur et l'Impératrice assistèrent, le 27 janvier, à la célébration solennelle d'un Te Deutn.
L'EUROPE CENTRALE EN 1806. kO» Après Austerlitz, Napoléon avait refait à sa guise la carte politique de l'Europe centrale. Il décrétait que les Bourbons de Naples avaient a cessé de régner » et il donnait le titre de roi de Naples à son frère Joseph. Il lui plaisait d'ériger la République Batave en royaume et de faire de son second frère Louis un roi de Hollande. En Allemagne ii créait deux couronnes royales, pour les électeurs de Wurtemberg et de Bavière. Le Saint-Empire était un organisme usé, que les armées républicaines avaient déjà fortement entamé ; il lui donna le coup de grâce, en consti-
AUSTERLITZ, lÉNA, FRIEDLAND
co
fe;
Os
tx
CK