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ENTRÉE DE NAPOLÉON A BERLIN, par la porte de Brandebourg, le 27 octobre 1806. — Le général Hulin, commandant de la place, présente à l'Empereur le corps de ville, le prince d'Hatzfeldàsa tête, qui lui apporte les clefs de la capitale de la Prusse.pARDANLi.vo. (coll. de mbernard franck )
ENTREE A PARIS, par la barrière de la Villette, sous un arc de triomphe élevé pour la circonstance, de la Garde impériale, ayant à sa tête le maréchal Bessières, après la campagne de Prusse, le 35 novembre 1807. La Garde fut reçue par le préfet de la Seine, Frochot. par taunav. (m. de Versailles.)
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tuant avec des princes gagnés à la cause française la Confédération du Rhin ; il s en proclama le Protecteur. François II renonça à son titre d'empereur d'Allemagne, qui n'avait plus de sens, pour s'appeler François P' empereur héréditaire d'Autriche ; il avait pris ce titre dès 1804, pour a maintenir la parité avec la nouvelle maison de France ». La Prusse paraissait enchaînée au char du vainqueur. Son roi Frédéric-Guillaume III n'avait su quel parti prendre entre Napoléon, qui lui offrait le Hanovre anglais, et Alexandre, qui voulait l'entraîner dans la coalition contre la France. Des serments d'amitié avaient été échangés entre le roi et le tsar, devant le cercueil de Frédéric II et en présence de la reine Louise de Prusse, lors d'ime visite qu'Alexandre avait faite à Potsdam. Brusquement, la journée d'Austerlitz coupa court à ces relations. Le ministre prussien Haugwitz était venu en Moravie pour offrir la médiation de son maître. Arrivé trop tard, il vint, après la bataille, présenter ses félicitations au vainqueur. Napoléon ne se laissa pas prendre à un compliment « dont la fortune avait donné l'adresse » ; il imposa sur l'heure son alliance à la Prusse, en lui cédant le Hanovre qu'il occupait luimême depuis la rupture de la paix d'Amiens. Avec ce présent perfide, il semblait qu'il attachât étroitement Frédéric-Guillaume III à sa politique.
RUPTURE AVEC LA PRUSSE, v^ Le ministre William Pitt, qui dirigeait avec tant d'énergie la politique extérieure de l'Angleterre, était mort le 23 janvier 1806; suivant le mot de Napoléon, c'est le boulet victorieux d'Austerlitz qui l'avait tué dans Londres. En Pitt disparaissait l'ennemi irréconciliable de la France ; son successeur Fox n'avait point une attitude aussi intransigeante, la paix ne paraissait pas impossible. Des pourparlers s'ouvrirent entre Paris et Londres ; la restitution du Hanovre à l'Angleterre y fut envisagée, au prix d'une compensation à donner à la Prusse. On eut vent à Berlin de ces négociations. Le parti de la guerre exploita les renseignements incomplets qui circulaient dans les chancelleries ; on parla de mobiliser l'armée prussienne. La reme Louise, belle et ardente, était l'âme du parti anti-français. Le roi renouvela son alliance avec Alexandre. Il envoya à Napoléon une note qui avait les caractères d'un ultimatum.
A Berlin, les manifestations belliqueuses se multipliaient; les gendarmes de la garde venaient aiguiser leurs sabres au perron de l'ambassade de France. Le parti de Napoléon fut bientôt pris, a Vraiment, dit-il, j'ai pitié de la Prusse, je plains Guillaume. U ne sait pas quelles sottises on lui fait écrire. C'est par trop ridicule. C'est un rendezvous qu'il nous donne. Une belle reine veut être spectatrice du combat!... Allons.... Le rendez-vous est en Saxe?... Parbleu, on ne nous y attendra pas. » Napoléon arrivait à "Wurzbourg le 2 octobre ; les corps de la Grande Armée étaient déjà réunis en Frjmconie. Douze jours plus tard, le 14 octobre, la monarchie prussienne n'existait plug-
1806. BATAILLES D'IÉNA ET D'AUERSTiEDT. ^ Une forte armée prussienne, d'une centaine de mille hommes, avait pris position sur la rive gauche de la Saale ; elle était sous les ordres du roi et du vieux duc de Brunswick, le vaincu de
Valmy. Elle s'avançait dans la direction du Sud, vers la Forêt de Thuringe, avec 1 espoir de surprendre et d'accabler Napoléon qui se trouvait dans la vallée du Main. Elle allait être tournée elle-même et détruite, avant d'avoir eu le temps de revenir de sa surprise.
Le plan de Napoléon fut de gagner l'ennemi de vitesse, de se porter au delà de ses positions pour lui couper toute ligne de retraite et lui imposer une bataille décisive. L'armée française se mettait en marche le 8 octobre. En bon ordre, comme à la manœuvre, elle franchissait les passages de la forêt de Franconie et débouchait sur la rive droite de la Saale. Le corps de Lannes, qui était à l'avant-garde, culbutait à Saalfeld, le 10 octobre, le corps du prince Louis de Prusse ; le prince était lui-même tué par un maréchal des logis de hussards. L'incertitude, l'affolement régnaient dans l'armée ennemie ; elle se voyait sur le point d'être coupée de sa ligne de retraite; aurait-elle le temps d'aller s'abriter derrière le fossé de l'Elbe? Elle ne songeait plus qu'à se dérober le plus rapidement possible ; Brunswick en avant, vers le Nord, conduisait le gros des forces ; le prince de Hohenlohe suivait avec le reste. Napoléon se sentait à la veille de saisir cette armée, qui était déjà moralement vaincue. « L'anniversaire des affaires d'Ubn, écrivait-il, sera célèbre daas l'histoire de France. » Les corps de la Grande Armée, en contact les uns avec les autres, s'étageaient sur la rive droite de la Saale. Brusquement ils pivotèrent sur eux-mêmes, de droite à gauche, en deux masses principales. Les victoires d'Iéna et d'Auerstœdt furent le double résultat de ce mouvement.
Dans l'après-midi du 13, Napoléon occupa le plateau escarpé du Landgrafenberg qui, sur la rive gauche de la Saale, domine la ville d'Iéna. L'artillerie de Lannes eut grand'peine à y prendre position, tellement les chemins étaient étroits et rudes; l'Empereur, un falot à la main, éclairait lui-même les soldats qui faisaient dans l'obscurité cette opération pénible. Le lendemain, 14 octobre. Napoléon avait sous la main le corps d'Augereau, la Garde, les corps de Lannes, de Soult, une partie du corps de Ney. La bataille commença au milien d'un brouillard épais. Les corps français débouchent du plateau, comme d'une forteresse, sur l'armée de Hohenlohe. Elle résista de son mieux; mais bientôt, débordée par les attaques multipliées, elle lâcha pied, et, dans un désordre sans nom, elle s'enfuit vers l'Ouest, du côté de Weimar. Un corps de 20 000 hommes, qui venait de cette ville avec le général Riichel, essaya vainement d'arrêter cette débâcle. Murât entrait alors en scène, avec ses divisions de dragons et de cuirassiers ; les derniers régiments prussiens étaient sabrés. Emportés par l'élan de leur victoire, les Français entraient le soir à Weimar, en ramassant prisonniers, drapeaux, munitions. Il ne restait plus rien de cette armée ennemie.
Cependant, à la même heure, à Hassenhausen et à Auerstsedt, Davont livrait sa bataille ; peu d'actions de guerre sont plus méritoires. Le III^ corps qu'il commandait était à environ 25 kilomètres de Napoléon. Dans la nuit du 13 au 14, l'Empereur lui avait envoyé l'ordre de se porter vers l'Ouest, dans la pensée de prendre à revers l'armée qu'il attaquait lui-même à léna. Mais au Nord de cette armée, une autre plus considérable se hâtait vers les passages de la Saale, l'armée du roi et de Brunsvrick. C est
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coatre elle que le III® corps allait se dresser comme une muraille infranchissable. Le maréchal n'avait d'abord que la division Gudin ; il la forme en carrés, la cavalerie ennemie s'épuise contre etix en vains efforts. Deux heures plus tard, la division Priant entrait en ligne. Enfin la division Morand arrivait à son tour. Davout avait sons la main toutes ses forces, 27 000 hommes, a Mes enfants, s'écrie-t-il, un roi de Pmsse a dit : La victoire est aux gros bataillons. Il en a menti. Elle est aux entêtés comme nous. » Il sort de l'attitude défensive qui lui avait permis de barrer la route à l'ennemi ; il se déploie vers le Sud. L'ennemi pensait se rallier à Hohenlohe, dont il ignorait la défaite. Mais les vaincus des deux batailles refluent les uns sur les autres, ils jettent leurs armes, ils s'enfuient dans toutes les directions. Davout avait perdu le tiers environ de son corps d'armée ; mais sa solidité indomptable et son ardeur dans l'offensive avaient interprété de la manière la plus intelligente la manœuvre que Napoléon lui avait indiquée. L'Empereur lui laissa l'honneur d'entrer le premier à Berlin. Les Français y arrivèrent le 25 octobre.
NAPOLÉON A BERLIN, y^ Après le double coup de massue d'Iéna et d'Auerstsdt, la Prusse devint incapable de toute résistance. Les débris de l'armée vaincue s'ét' :at dispersés au hasard. La cavalerie de Murât les poursuivait sans relâche. Hohenlohe, surpris à Prentzlow, y mettait bas les armes le 28 octobre avec 16 000 hommes qu'il avait encore. Lasalle et ses cavaliers allèrent enlever Stettin à l'embouchure de l'Oder. « Je vais faire fondre mes canons, disait Napoléon, puisque maintenant vous prenez les citadelles avec de la cavalerie. » Le Prussien Blûcher, qui avait montré une rare énergie à la journée d'Auerstaedt, s'était retiré dans Lubeck avec 20000 hommes; le 8 novembre, il était obligé de capituler. Cette fois, c'était bien fini; il n'y avait plus d'armée prussienne. Comme le dira Henri Heine, Napoléon avait soiifflé sur la Prusse, et la Pmsse avait cessé d'exister.
L'Empereur, en quittant léna, était passé par le champ de bataille de Rossbach, qui avait vu en 1757 la défaite des Français ; il avait fait détruire la colonne commémorative de la victoire de Frédéric II, comme s'il n'y avait plus d'histoire de Prusse, Arrivé à Potsdam, il visita le tombeau du Grand Frédéric ; il y prit l'épée du roi, le drapeau de sa garde et les envoya aux Invalides. A Potsdam même, le prince de Hatzfeld lui apporta les clefs de la capitale. Un général vint le saluer au nom du roi de Prusse ; le gouvernement, qm avait été si arrogant quelques semaines plus tôt, ne songeait à présent qu'à désarmer par sa servilité la colère du vainqueur.
Le 27 octobre 1806, Napoléon faisait son entrée dans la capitale de la Prusse. L'appareil militaire était magnifique ; les troupes avaient leur tenue de parade, comme à Paris pour une grande revue. L'entrée eut heu par l'avenue de Charlottenbourg. L'Empereur, à cheval au milieu des maréchaux, reçut à la porte le corps de ville, puis il alla s'installer au palais royal. La note la plus caractéristique de cette journée ^omphale est donnée par le capitaine Coignet. <t Le peuple, dit-il. était aux
croisées, comme les Parisiens le jour de notre retour d'Austerlitz. C'était magnifique de voir un si beau peuple se porter en foule sur notre passage et nous suivre. »
Napoléon était arrivé à Berlin avec des paroles de colère : « Je rendrai cette noblesse de cour si petite qu'elle sera obligée de mendier son pain, b A dire le vrai, la Prusse n'existait plus. Retiré dans la province de Prusse, un des derniers débris qui lui restaient, Frédéric-Guillaimae ne comptait plus. Mais Napoléon apercevait encore deux ennemis qui le tenaient en échec, les Anglais et les Russes. Les premiers étaient hors de ses coups; en attendant de reprendre contre eux le projet de descente, il voulut les paralyser dans leur commerce. Ce fut l'objet du célèbre décret rendu à Berlin le 21 novembre et qui établissait le blocus continental. Pour les Russes, on pouvait les atteindre ; il n'y avait qu'à franchir vers l'Est de nouvelles étapes.
1807. BATAILLE D'EYLAU. v^ Napoléon avait quitté Berlin le 25 novembre. Au delà de l'Oder, il pénétrait dans ces provinces polonaises que la Prusse avait brutalement annexées lors des partages de la Pologne. Le dernier acte et le plus douloureux de ce brigandage international s'était passé en 1795, il y avait à peine onze îins. C'est dire que le souvenir en était bien vivant dans le cœur de ceiix qui en avaient été les victimes et qu'ils n'avaient d'autre idée que de briser leurs chaînes. A Berlin, le 19 novembre, Napoléon avait reçu une députation polonaise. « Jamais la France, lui dit-elle, n'a reconnu le partage de la Pologne.... Il est de l'intérêt de l'Europe, il est de l'intérêt de la France que la Pologne existe, d A sa voix les Polonais s'enrôlèrent sous les aigles impériales ; ils formèrent cette héroïque armée polonaise, qui devait verser son sang sur tant de champs de bataille, à Somosierra, à la Moskowa, à Leipzig.
Napoléon arrivait à Varsovie le 19 décembre. Pendant la durée de son séjour, jusqu'à la fin de janvier, il y tint une manière de cour ; deux fois par semaine, il y avait des concerts au palais impérial ; la noblesse polonaise faisait l'ornement de cette nouvelle cour des Tuileries, transportée sur les bords de la Vistule. L'Empereur contractait alors avec Marie Waîewska une liaison où la Pologne plaçait ses espérances politiques.
Mais les événements militaires n'avaient plus le caractère foudroyant de la campagne de Saxe. L'armée russe de Bennigsea s'était retranchée au Nord de Varsovie, dans la zone marécageuse où coulent la Narew et ses affluents, le Bug et l'Ukra. Très peu d'endroits habités, difficulté des approvisionnements, rareté et mauvais état des routes, chutes abondantes de neige, dégels qui rendaient les mouvements impossibles : il semblait que l'armée s'enlisait dans ce sol de marécages et de boue. « En Pologne, disait Napoléon, Dieu, outre i eau, l'air, ia lerre et le teu, a créé un cinquième élément, la boue. ) Laanes, Davout, Ney livraient à Pultusk, à Golymin, à Soldau, des combats très opiniâtres ; l'unique résultat était l'occupation de quelques points de valeur médiocre.
A la fin de janvier, Napoléon avait décidé de se porter vers le Nord pour en finir avec ces semaines d'attente. Il s'agissait d'accabler l'ennemi par une concentration soudaine: mais les Cosaques qui battaient les routes tinrent l'armée russe au courant-
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LA REINE LOUISE DE PRUSSE. — Fille ainée du duc Charles de Mecklembourg-Strélitz, Louise de Mecklembourg devint à dix-sept ans et demi, en 1793, princesse royale de Prusse, par son mariage avec Frédéric-Guillaume de Hohenzollern; celui-ci monta sur le trône en 1797 sous le nom de Frédéric-Guillaume III. Elle donna huit enfants à son mari, dont les deux aînés furent le roi Frédéric- Guillaume IV et le roi et empereur Guillaume I" (■.■. l'inoubliable grandpère " de Guillaume II). Elle avait à juste titre une grande réputation de charme et de beauté. Les événements de 1S05 et de 1806 mirent cette jeune femme à la tète du parti anti-français. Après l'écrasement de la Prusse, elle chercha vainement à fléchir le vainqueur d'Iéna. Morte à trente-quatre ans, en ISIO, elle est restée, dans l'histoire de Prusse, comme une martyre du patriotisme.
PAR TISCHBEIN.
(kAISER-FRIEDRICH-MUSEUM, a BERLIN.)
NAPOLÉON REÇOIT LA REINE LOUISE DE PRUSSE A TILSIT, 6 juillet 1807. ~ L'Empereur alla au-devant de la reine jusque dans la rue, il la reçut au bas de l'escalier. Il était accompagné de Murât, Berthier, Ney, Duroc, Talleyrand. par tardieu. (misée de Versailles.)
ABLE EN PORCELAINE DE SÈVRES. — L'Empereur est entouré des principaux généraux de la campagne d'Allemagne (1805). par isaeey. (coll. du prince de la moskowa.)
ENTREVUE DE NAPOLÉON ET D'ALEXANDRE SUR LE NIEMEN, 25 juin 1807. — L'Empereur, accompagné de Murât, Berthier, Bessières et Ney, attend, à Ventrée de la petite construction en bois établie sur un radeau au milieu du fleuve, Alexandre I", tsar de Russie, qui a avec lui son frère, le grand-duc Constantin. par rœhn. (misée de Versailles.)
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Quand Napoléon fut arrivé, le 8 février, au village d'Eylau, il rencontra l'armée qu'il croyait surprendre ; elle était forte de 72000 hommes ; il n'en avait lui-même que 54000. La bataille commença par une canonnade d'une extrême violence ;puis le corps de Davout fut chargé de déborder l'aile gauche des Russes. Napoléon lance Augereau pour soutenir ce mouvement. Une violente tempête de neige fouettait les Français au visage; les divisions d'Augereau s'égarent, elles viennent donner contre les batteries russes, elles se font écraser ; Augereau en ramène les débris jusqu'au cimetière d'Eylau. « Eh bien, dit Napoléon à Murât, nous laisseras-tu manger par ces gens-là ? » Une masse de 80 escadrons de cuirassiers et de dragons, avec Murât, Bessières, Grouchy, d'Hautpoul, part au galop; elle balaie la plaine, elle sabre le centre de l'armée russe. Davout cependant continuait son attaque sur la gauche ennemie ; Ney, qui venait d'arriver, s'avançait sur la droite. Bennigsen se décida à battre en retraite. Près de 30000 hommes avaient péri ; le prix de tant de sang, c'était seulement l'occupation du champ de bataille abandonné par l'ennemi.
L'Empereur visitait le lendemain la plaine d'Eylau. En parcourant le théâtre de cette affreuse boucherie, où les cadavres s'élevaient en tas sur les flaques de neige, il ne put s'empêcher d'éprouver une réelle émotion. Le souvenir s'en trouve dans une phrase d'un Bulletin de la Grande Armée, qui est peu en harmonie avec le ton ordinaire de ces documents : <r Ce spectacle, y est-il dit, est fait pour inspirer aux princes l'amour de la paix et l'horreur de la guerre. »
1807. BATAILLE DE FRIEDLAND. v^ Osterode, puis le château de Finckenstein, furent alors les lieux de séjour de Napoléon. De ces localités, perdues au fond de la Prusse orientale, il dirigeait tout son empire. Il faisait venir des troupes pour une nouvelle offensive ; il songeait à faire attaquer la Russie par le sultan de Constantinople et par le schah de Perse ; le général Gardane était envoyé en mission à Téhéran. Une ambassade persane arrivait à Finckenstein à la fin d'avril et y était reçue en grande pompe ; une ambassade turque y vint aussi un mois plus tard.
' Avec le printemps la campagne recommença. L'armée russe couvrait encore deux places, Dantzig et Kœnigsberg, tout ce qui restait du royaume de Prusse. Le maréchal Lefebvre fut chargé du siège de Dantzig. La science militaire de l'ancien sergent aux gardes françaises était moins grande que sa bravoure. « Je n'y entends rien, disait-il à Lariboisière et à Chasseloup-Laubat, dont les canons battaient les murailles; mais fichez-moi un trou, et j'y passerai. » Le 26 mai, la place se rendait au maréchal.
La journée de Friedland, du 14 juin, représente une action continue, de 3 heures du matin à 8 heures du soir. Bennigsen avait disposé sur la gauche de l'Aile les deux parties principales de son armée, Gortchakof à droite, Bagration à gauche ; en cas d'échec, la situation était grave, car il avait à dos la rivière. La canonnade s'engagea dès 3 heures du matin; les troupes de Lannes, seules en ligne, eurent à supporter tout le poids de l'attaque. Le corps de Mortier vint rejoindre celui de Lannes ; mais les
Français ne disposaient encore que de 26000 combattants contre 75000. Napoléon, arrivé vers 2 heures, hâta la concentration de l'armée. Des généraux parlaient de remettre au lendemain la suite de l'action. «Non, non, dit-il; on ne surprend pas deux fois l'ennemi en pareille faute. » Il avait vu que Bennigsen pouvait être tourné par le Sud, coupé de sa ligne de retraite, enveloppé, écrasé. Jusque vers 5 heures, l'action languit; les Russes n'avançaient ni ne reculaient ; mais les corps français venaient prendre leurs positions. Une salve d'une batterie de 20 pièces donna, vers 5 heures et demie, le signal de l'offensive des Français. Le maréchal Ney, à droite, du côté du Sud, se jeta furieusement sur Bagration. Les Russes essayèrent d'une contre-attaque ; l'artillerie, commandée par Sénarmont, leur rendit la position intenable. Vers 8 heures, Friedland, qui était le centre de l'ennemi, était forcé ; les ponts étaient pris ; les Russes étaient hors de combat. Lannes au centre, Mortier à gauche, avaient concouru à cette attaque vigoureuse, qui durait encore en pleine nuit. Bennigsen, semant sa route de canons et de voitures, s'enfuyait vers le Niémen. Si la fortune avait été incertaine à Eylau, Napoléon venait de la fixer à Friedland par une victoire décisive.
Le surlendemain, 16 juin, Kœnigsberg se rendait au maréchal Soult. Le roi de Prusse n'avait plus une seule citadelle et il ne pouvait plus compter sur l'armée de son allié.
ENTREVUE DE TILSIT. v^ L'armée française était arrivée à la frontière de la Russie. Neuf mois plus tôt, elle était aux bords du Main, sur le point de rentrer en France; à présent elle campait à l'autre extrémité de l'Europe centrale, sur les bords du Niémen. Dès le 19 juin, les vainqueurs de Friedland vinrent border ce fleuve, dont beaucoup sans doute entendaient le nom pour la première fois. Napoléon arrivait le même jour au village de Tilsit ; il consentait à un armistice d'un mois que Bennigsen lui avait fait demander. Alexandre avait été atterré par le désastre de Friedland ; mais il se convainquit, par haine de l'Angleterre sans doute, qu'une alliance avec la France pouvait seule assurer la fortune de la Russie ; il prit le parti d'aller la négocier en personne avec le vainqueur des Russes.
Pour la première entrevue. Napoléon et Alexandre se rencontrèrent, le 25 juin 1807, sur un radeau du Niémen ; puis ils s'établirent à Tilsit. Une grande intimité les unit tout de suite : ils se promenaient à cheval, dînaient ensemble, passaient réciproquement la revue de leurs troupes. Le malheureux roi de Prusse aurait voulu être en tiers dans ces conversations où son sort se décidait ; mais on réconduisait sous un prétexte quelconque, et les deux amis restaient à causer jusqu'à une heure avancée de la nuit. On prête à Alexandre ce mot, quand il aborda Napoléon : « Je hais les Anglais autant que vous. — En ce cas, aurait répondu le soldat du camp de Boulogne, la paix est faite. » La condition essentielle de la paix qui fut signée à Tilsit le 8 juillet entre Napoléon et Alexandre, ce fut, en effet, que le tsar adhérerait à la politique anglaise de l'Empereur, s'il ne pouvait pas faire accepter sa médiation entre l'Angleterre et la
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France. Napoléon avait besoin d'un allié qui lui garantît la paix de l'Europe, tandis qu'il reprendrait son projet anglais; Alexandre lui parut apte à ce rôle. Pour mieux l'y séduire, il lui parla d'un démembrement éventuel de la Turquie. L'alliance franco-russe semblait livrer l'Europe à deux grandes ambitions.
Alexandre, fasciné par Napoléon, avait entièrement oublié ses amis de Berlin. Frédéric-Guillaume, sans crédit personnel, accablé sous le poids de son humiliation, ne pouvait rien pour sauver sa cause. La reine Louise essaya de fléchir l'Empereur. Elle fit taire les sentiments qu'elle pouvait avoir contre un vainquetir qui, dans les Bulletins de la Grande Armée, avait parlé d'elle d'tme manière injurieuse; elle vint à Kœnigsberg. L'Empereur la reçut à dîner, mais il ne lui céda rien. Elle aurait voulu sauver au moins Magdebourg. Comme Napoléon lui offrait une rose : « Oui, dit-elle, mais avec Magdebourg. — C'est moi qui la donne, n répondit assez sèchement Napoléon. La Prusse perdit donc Magdebourg et bien d'autres places, puisqu'elle était réduite aux quatre provinces de Silésie, Brandebourg, Poméranie, Prusse.
Qu'était devenu le reste? Le reste agrandissait la Saxe, érigée en royaume; le reste entradt dans la formation d'un nouvel État, le royaume de Westphalie, donné à Jérôme Bonaparte ; le reste constituait, avec les anciennes provinces polonaises de la Prusse, le duché de Varsovie. La Pologne commençait à renaître de ses cendres.
RETOUR DE NAPOLÉON, v^ Napoléon avait quitté Tilsit le 9 juillet. Par Kœnigsberg, Dresde, Leipzig, Mayence, U rentrait en France après une absence de dix mois. Le 15 août, la fête de l'Empereur était célébrée avec un éclat inaccoutiuné ; un Te Deum était chanté à Notre-Dame.
Quelques semaines plus tôt, le 17 mai 1807, l'épée du Grand Frédéric et 280 drapeaux prussiens avaient été solennellement déposés à l'Hôtel des Invalides. Le 25 novembre, ce fut le retour triomphal de la Garde impériale. Un arc de triomphe avait été élevé à la barrière de la Villette ; le préfet de la Seine, au nom de la ville de Paris, avait décoré les aigles de coxironnes d'or ; des tables avaient été dressées avix Champs-Elysées pour un grand banquet offert aux officiers et aux soldats. Pendant que Paris glorifiait la phalange sacrée, l'Empereur inspectait ses nouveaux États. Le 29 novembre, U faisait à Venise une entrée solennelle. Le lendemain, l'armée de Junot pénétrait à Lisbonne. S«as une heure de trêve, la chevauchée impériale continaait à travers l'EAirope.
GÉRARD
MADAME MERE
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