‹ NapoléonChapitre 47 sur 132 · CO · texte numérisé non relu

CO

■■jj^H

HHH^^^I

^HHjH

fl

iSkj^t it^Pv

^lïl

^^^BiW!— .£»

•u rs

lO ts

- QJ

ftr t]

kJ o

(ïj fr

^ Jj

CHRISTINE BOYER, PREMIÈRE FEMME DE LUCIEN BONAPARTE, 1776-lSOO. — Fille de Boyer, de Sainl-Maximin (Var) ; mariée en 1794. Elle avait donné à son mari deux filles, Charlotte, née en 179S, et Christine- Egypta, née en 1798. par gros, (musée de louvre).

LA REINE HORTENSE, 1783-1837. — Fille d'Alexandre de Beanharnais et de Joséphine, mariée en 1802 à Louis Bonaparte, reine de Hollande de 1806 à 1810. Elle a auprès d'elle l'ainé de ses trois fils (il mourut en 1807, à 5 ans) ; le troisième fut Napoléon III. par cerard. (misée de Versailles.)

ALEXANDRINE DE BLESCHAMP, veuve du financier Jouberthon, seconde femme (1803) de Lucien Bonaparte, 1781-1855.

PAR DUCI. (coll. du COMTE PRIMOLT i

LUCIEN BONAPARTE, 1775-1840. — Troisième fils de Charles Bonaparte ; prince de Canine, 1804 ; prince français, 1815.

PAR R. LEFÊVRE. (mUSÉE DE VERSAILLES.)

FAMILLE DE LUCIEN BONAPARTE. — De son premier mariage, en 1794, avec Christine Boyer, Lucien eut deux filles ; de son second mariage, en 1803, avec Alexandrine de Bleschamp, il eut cinq fils et quatre filles. dessin d'ingres. (coll. du comte primoli.)

JOSEPH APRÈS L'EMPIRE, v^ Avec les Cent Jours, on revit Joseph à Paris ; puis, après la catastrophe irréparable, il se retira aux États-Unis, dans un domaine du New-Jersey. Il avait renoncé à ses vains titres, pour se faire appeler le comte de Survilliers ; c'était tout ce qu'il voulait garder de son passé, s'il est vrai qu'il se soit exprimé ainsi sur le compte de Napoléon : < Suis-je responsable des fautes de mon frère? »> Cependant, après la révolution de 1830, il essaya de rappeler les droits de son neveu Napoléon II. Il prit enfin le parti de renoncer à toute politique active. Lors de son retour en Europe, il s'était fixé à Florence ; il y mourut en 1844, à soixante-seize ans. Napoléon III fit élever, en 1866, à l'alné des Bonaparte, un sarcophage dans une chapelle du Dôme des Invalides ; il était juste que Joseph parût dormir son dernier sommeil à l'ombre du grand nom de son frère.

LES DÉBUTS DE LUCIEN, vé? En 1793, dans une petite vUle du département du Var, qui avait échangé son nom clérical de Saint-Maximin contre le nom laïque et grec de Marathon, il y avait un garde-magasin des subsistances militaires, qui se faisait appeler Brutus Bonaparte. Ce farouche républicain, qui avait pris le nom du meurtrier de César et qui était alors président de la Société populaire de l'endroit, s'appelait en réalité Lucien. Plus jeune de six ans que Napoléon, il était passé par les collèges d' Autun et de Brienne, puis péir le petit séminaire d'Aix ; car on avait songé pour lui, pendant quelque temps, à la carrière ecclésiastique. Mais la Révolution éclatait quand il avait quinze ans, elle le jetait dans la politique militante ; c'était sa vocation véritable.

Lors de la réaction thermidorienne, Lucien avait été arrêté et mis pendant quelque temps dans les prisons d'Aix ; avec l'entregent et l'audace qui débordaient en lui, il eut vite fait de réparer le temps perdu. La protection du vainqueur de Vendémiaire lui valut d'être commissaire des guerres à l'armée du Rhin, quand il avait à peine vingt ans. Il passait bientôt en Corse avec les mêmes fonctions, au moment où l'île venait d'être évacuée par les Anglais. Grâce au prestige de son nom et à son activité personnelle, il se fit élire, en 1798, par le département du Liamone, député au Conseil des Cinq- Cents. Cette élection cependant était doublement irrégulière, car le département n'avéïit plus de député à élire et lui-même n'avait pas encore l'âge légal de vingt-cinq ans. Aux Cinq-Cents, il prit tout de suite une situation importante. Ses relations personnelles avec Talleyrand, avec Sieyès, avec d'autres personnes qui escomptaient la chute prochaine du Directoire, servirent de préface au retour triomphal de Napoléon et au coup d'État de Brumaire. Pour cette journée qu'il avait préparée avec soin, il avait eu l'habileté de se faire élire à la présidence de l'assemblée. On n'a pas oublié le rôle décisif qu'il ioua à Saint-Cloud le 10 novembre 1799.

LUCIEN APRÈS LE 18 BRUMAIRE, v.^ Le président des Cinq-Cents ne le cédait à Napoléon ni en ambition ni en audace ; aussi entendait-il exploiter pour luimême la victoire à laquelle il avait largement concoui-u. Son idée était d'établir « une

sorte de duumvirat consulaire î : il aurait laissé à Napoléon l'autorité militaire, il aurait pris pour lui-même l'autorité civile. Napoléon n'était pas d'himieur à admettre ce partage ; il nomma Lucien ministre de l'Intérieur. C'était déjà un bel os à ronger. Lucien ne s'en fit pas faute ; ses concussions ne tardèrent pas à éclater aux yeux de tous.

Pour rester bien en cour, Lucien avait mis en circulation un pamphlet politique, sans nom d'auteur, intitulé : Parallèle entre César, Cromwell et Bonaparte. L'objet de ce pamphlet était de préparer l'opinion au rétablissement de l'hérédité monarchique. Le Premier Consul prit très mal la chose. « Qu'est-ce que cette brochure ? demanda-t-il à Fouché, Qu'est-ce qu'on en dit dans Paris ? — Général, il n'y a qu'une voix pour dire qu'elle est extrêmement dangereuse. — Eh bien ! alors, pourquoi l'avez-vous laissé paraître ? C'est une indignité. — Général, je devais des ménagements à l'auteur. — Des ménagements ! Qu'est-ce que cela veut dire? Vous deviez le faire mettre au Temple. — Mais, Général, c'est votre frère Lucien qui a pris ce pamphlet sous sa protection; l'impression et la publication en ont été faites par son ordre ; enfin, il est sorti du ministère de l'Intérieur. — Cela m'est bien égal ! Alors, votre devoir, comme ministre de la Pohce, était de faire arrêter Lucien et de l'enfermer au Temple. Cet imbécile-là ne sait qu'imaginer pour me compromettre ! i>

Napoléon avait pour Lucien, au dire d'un contemporain, « des moments de haine et d'amour ; il éprouvait pour lui ce sentiment que vous fait sentir une maîtresse adorée dont l'on croit avoir à se plaindre ». Il prit le parti de l'éloigner. L'ambassade d'Espagne fut pour le ministre de l'Intérieur xm exil honorable. Honorable et fructueux ; car ce fut à Madrid que d'habiles opérations valurent à Lucien d'amasser une grosse fortune. Fouché rapporte qu'il partagea avec Godoï, le favori en titre, la somme de trente millions à propos d'un traité de paix à négocier avec la cour de Lisbonne. De retoiir à Paris, en 1802, Lucien eut la vie large et facile ; il avait acheté la belle résidence du Plessis-Chamant, auprès de Senlis ; il jouait un peu au Mécène ; il avait des relations avec des écrivains en vue comme Amault, Esménard, Fontanes, Andrieux.

SES MARIAGES, v.^ A Saint-Maximin, en 1794, Lucien avait épousé Christine Boyer, la sœur de l'hôtelier chez qui il logeait ; elle lui donna deux filles, Charlotte, qui épousa en 1815 le prince romain Gabrielli, et Christine-Égypta ; elle était morte en 1800. Napoléon, qui voulait attacher Lucien à sa politique, avait parlé de lui faire épouser sa belle-fille Hortense de Beauhamais, puis l'infante Marie-Louise de Parme, veuve du roi d'Étrurie ; Lucien refusa les deux partis. Il avait connu dans la société élégante de Paris une jeune femme, âgée alors de vingt et un ans, Alexandrine-Laurence de Bleschamp, fille d'un intendant de la marine et veuve de l'agent de change Jouberthon de Vambertie ; il l'épousa en 1803.

La colère de Napoléon fut terrible ; le mariage de son frère était à ses yeux une indigne mésalliance. Lucien refusa absolument de rompre une union qui avait été inspiréepar une passion sincère. Entre les deux frères, aussi violents l'un que l'autre, il y

eut des scènes fréquentes. On a déjà vu que, sur le conseil même de sa mère, Lucien prit le parti de quitter la France avec celle qu'il aimait ; il alla s'établir à Rome au mois d'avril 1804. Napoléon parut avoir de la peine de cette séparation. « C'en est donc fait, disait-il devant Joséphine qui n'aimait pas son beau-frère mais qui aurait voulu prévenir une rupture, je viens de rompre avec Lucien et de le chasser de ma présence. 11 est dur pourtant de trouver dans sa famille une pareille résistance à de si grands intérêts. Il faudra donc que je m'isole de tout le monde, que je ne compte que sur moi seul. Eh bien ! je me suffirai à moi-même. >

Sur cette question du mariage, Lucien resta toujours intraitable. Il se résigna volontiers à ne pas être compris, lors du sénatus-consulte du 28 floréal an XII, dans la liste des princes français, c'est-à-dire à ne pas avoir de droits héréditaires. A Rome, il s'occupait d'archéologie ou encore de poésie. Car Lucien, qui fît tant de choses, est l'auteur d'un poème épique en vingt-quatre chants, Charlemagne ou l'Église sauvée ; d'un autre poème : la Cyrnéide ou la Corse sauvée ; jeime homme, il avait publié, en bon disciple de Bernardin de Saint-Pierre, la Tribu Indienne ou Edouard et Stellina.

Lucien eut im grand mérite, celui de revenir à Napoléon après le retour de l'île d'Elbe. Membre de la Chambre des Pairs impériale, car sa qualité de prince français venait de lui être reconnue, il essaya de galvaniser l'opinion après Waterloo et de faire donner à son frère une dictature militaire. Ce fut en vain. Napoléon partit pour l'exil, lui-même retourna vivre à Rome. Il y mourut en 1840, à soixante-cinq ans. Pie VII lui avait donné le titre de prince de Canino.

Neuf enfants naquirent du second mariage de Lucien. La descendance de l'un de ses fils, Pierre Napoléon, prince de Canino, est représentée aujourd'hui eu France par le prince Roland Bonaparte, membre de l'Institut

LA JEUNESSE DE LOUIS, v^ « Louis est travaillem" par inclination autant que par amour-propre, et puis, pétri de sentiment. Il a pris un petit ton français, propre leste. Toutes les femmes de ce pays en sont amoiu-euses. » Quand Napoléon pariait ainsi de s Monsieur Louis », — en 1791, — c'était un jeune homme ou plutôt un enfant de douze ans et demi. Le jeune lieutenant d'artillerie, qui tenait alors garnison à Auxonne, avait emmené avec lui le troisième de ses frères, qu'on avait essayé en vain de mettre dans une école militaire comme élève pensionnaire du roi. Louis finit par entrer en 1795, à dix-sept ans, à l'école militaire de Châlons. Il donnait toute satisfaction à Napoléon, qui lui servait toujours de père. « Je suis très content de Loxiis ; il répond à mes espérances et à l'attente que j'avais conçue de lui ; c'est un bon sujet, mais aussi c'est de ma façon ; chaleur, esprit, santé, talent, commerce exact, bonté, il réunit tout. » Il le prit avec lui comme aide de camp dans la campagne d'Italie, Louis était déjà un peu morose, silencieux, sentimental. Il avait voulu épouser une fille d'émigré, à laquelle il pensait beaucoup ; comme il n'avait pu y réussir, il narra sa douleur dans un roman en trois volumes : Marie ou les Peines de l'amour. Son

frèie remmena en Egypte, il n'y fit rien de remarquable. Au lendemain de Brumaire, à vingt-deux ans environ, il était colonel du 5^ régiment de dragons.

SON MARIAGE AVEC HORTENSE DE BEAUHARNAIS. v* Le temps était arrivé pour Loms de se marier ou d'être marié.

Joséphine, désireuse d'assurer sa propre fortune, en resserrant les liens entre les enfants de son premier mariage et la famille de son second mari, fit proposer à Louis la main de sa fille Hortense. C'était, en 1800, une jeune fille de dix-sept ans, élégante, jolie, spirituelle, de goûts artistiques, qui était l'ornement de la cour consulaire ; mais elle n'avait pas trouvé tout de suite à se marier, au gré du moins de l'impatience de sa mère et de son beau-père. Si elle avait été libre, elle aurait probablement épousé Duroc ; mais on pensait pour elle à d'autres prétendants. Moreau, à qui on avait songé d'abord, avait décliné cet honneur, en termes qui sentaient un peu la rudesse du soldat. Louis commença par n'être pas plus empressé. Aux premières ouvertures, il prétexta un voyage en Prusse; quand il fut de retour à Paris, il prétexta un voyage en Portugal. Mais Napoléon tenait à son idée, et Louis n'avait pas la volonté ou l'entêtement de Lucien. Bref, le mariage eut lieu au mois de janvier 1802.

Les kges étaient assortis, vingt-quatre ans, dix-neuf ans ; mais les âges seuls. Louis fut un mari vraiment singulier, préoccupé avant tout de soigner ses rhumatismes et sa neurasthénie ; il rapporte lui-même qu'il ne passa pas, dans toute sa vie de ménage, plus de quatre mois avec sa femme. Si encore il l'avait laissée tranquille ! Mais c'était un espionnage de tous les instants, avec des aménités dans le genre de ceUes-ci : « Vous ne pouvez m'aimer, vous êtes femme et par conséquent un être tout formé de ruse et de malice. Vous êtes la fille d'une mère sans morale ; vous tenez à une famille que je déteste ; que de motifs pour moi de veillw sur toutes vos actions ! » Il décachetait ses lettres, il l'entourait d'espions ; calomnies ou médisances, il laissait répandre sur elle les bruits les plus infamants. Napoléon voulut rétablir l'union entre Louis et sa jeune femme, qui lui inspirait beaucoup de sympathie ; il «ivoya à son frère du fond de la Prusse, de Finckenstein, le 4 avril 1807, deux mois après Eylau, ce règlement de discipline conjugale :

« Vos querelles avec la reine percent dans le public... Vous trîétez une jeune femme comme on mènerait un régiment Vous avez la meilleure femme et la plus vertueuse, et vous la rendez malheureuse. Laissez-la danser tant qu'elle vent, c'est de son âge. J'ai une femme qui a quarante ans (à la vérité, elle en avait quarante-quatre) : du champ de bataille, je hii écris d'aller au bal, et vous voulez qu'une femme de vingt ans, qui voit passer sa vie, qui en a toutes les illusions, vive dans im cloître, soit, comme une nourrice, toujours à laver son enfant.. .. Rendez heureuse la mère de vos enfants. Vous n'avez qu'un moyen, c'est de lui témoigner beaucoup d'estime et de confiance. Malheureusement, vous avez une femme trop vertueuse ; si vous aviez une femme coquette, elle, vous mènerait par le bout du nez. >

LA REINE HORTENSE jouant du piano. — Pendule donnée par la reine à sa bellesœur, la reine Catherine de Westphalie.

ilLl. Ll[. ~. \ 1. LK i'.d^i.K N\l'(

CHAMBRE A COUCHER DE LA REINE HORTENSE. — Celle belle chambre, de slyle Empire^ fait partie de l'hôtel du prince Eugène à Paris; le prince dépensa un million et demi à la décoration de son hôtel. C'est aujourd'hui l'ambassade d'Allemagne, 78, rue de Lille.

CI,. MA'iER.

zj

Ci 7

OJ

tîî

nq

oT

(ïî

lU

Kh

tu rvj

tN

Ul

LJ

ob

SI

CK c

o fc

•fa) fe

LA QUESTION DE L'ADOPTION, v^ De ce ménage maJ uni un premier fils Napoléon-Charles, était né, en 1802. Napoléon songeait à l'adopter ; Joséphine ne pouvait que s'en réjouir, car cette adoption aurait écarté d'elle le cauchemar du divorce qui l'obsédait. Mais Louis, autant par jalousie personnelle que par haine de sa femme, ne voulut jamais se prêter à cette combinaison, qui lui paraissait une injure. « Par où ai-je mérité d'être déshérité ? demandait-il à Napoléon. Non, je n'y consentirai jamais, et plutôt que de renoncer à la royauté qui va entrer dans notre héritage, plutôt que de consentir à courber la tête devant mon fils, je quitterai la France et nous verrons si tout publiquement vous oserez ravir un enfant à son père, s A Hortense même il disait : « Si vous suivez les intérêts de votre mère aux dépens des miens, je vous séparerai de votre fils, je vous claquemurerai dans quelque retraite éloignée, dont aucime puissance humaine ne pourra vous tirer. » Cet enfant était de la part de Napoléon l'objet d'une vive tendresse ; l'Empereur lui envoyait des <i baisers » du champ de bataille d'Iéna. Mais il tomba malade et il mourut en quelques jours (mai 1807), à moins de cinq ans.

1806. LOUIS I" NAPOLÉON, ROI DE HOLLANDE, v.^ Cependant Louis était devenu coup sur coup général, prince d'Empire, connétable, gouverneur de Paris, et, en 1806, à vingt-huit ans, roi de Hollande.

Une fois installé à la Haye, il voulut prendre au sérieux son métier de roi. C'est ainsi qu'il fonda à Amsterdam, en 1808, l'incomparable collection de peintures qui est devenue le musée de l'État ; qu'il fit exécuter de grands travaux d'assèchement et les écluses gigantesques de Katwyck, à l'embouchure du Rhin. Mais si Napoléon l'avait envoyé à la Haye, c'était pour trouver en lui tm préfet à l'échiné souple, à l'obéissance empressée. Le malentendu entre les deux frères s'envenimait de jour en jour. Napoléon se moquait de sa manie de copier à la Haye ce qu'il faisait lui-même à Paris, a Mes institutions, lui écrivait-il, ne sont point faites pour être tournées en ridicule. Moi-même, je n'ai pas créé de princes sans leur donner de principauté. Vous avez créé des maréchaux qui n'ont pas fait ce qu'ont fait mes généraux de brigade. Pour Dieu ! ne vous rendez pas par trop ridicule ! >

Louis avait eu un second fils, Napoléon-Louis, né en 1804, puis un troisième, Charles-Louis-Napoléon, né en 1808, qui devait être Napoléon III. La naissance de ce troisième enfant, loin de rapprocher le roi Louis de la reine Hortense, l'en écarta encore davantage, si possible, à cause des bruits injurieux qui coururent à cette occasion. Il avait déjà songé à publier une loi sur la régence, a J'apprends, lui écrivit Napoléon, que vous faites une loi sur la régence. J'espère que vous voudrez bien me consulter.... Vous vous souviendrez sans doute que je suis de la famille. Vous sentez très bien que, si vous veniez à manquer, je ne voudrais voir la Hollande qu'entre des mains qui me conviendraient s

La situation de Louis, comme frère, époux et roi, était vraiment misérable ; il était bien le povero Luigt sur lequel s'apitoyait sa mère. Le blocus continental,,

qu'il devait impitoyablement appliquer, comme s'il eût été un sous-préfet de Rayonne ou de Saint-Malo, était la ruine du commerce maritime de la Hollande, c'est-à-dire la ruine même de son royaume. Lui qui. au dire encore de sa mère, 'i s'était fait Hollandais et n'était più Français du tout », ne pouvait pas ne pas gémir. En 1809, quand les Anglais débarquèrent à Walcheren, aux embouchures de l'Escaut, Napoléon, sans se soucier de ce fantôme de roi qu'il avait créé, chargea Bemadotte d'aller prendre le commandement des troupes que Louis lui-même avait préparées. La mesure était comble. Louis parla d'abdiquer. Non, car on avait encore besoin de lui. On l'empêcha de fuir, il fut gardé à vue dans son propre royaume.

Napoléon avait dit un jour de Louis : « Ses feintes vertus me donnent autant d'embarras que les vices de Lucien. i> A présent, il le traitait à coups de férule, et de quelle férule ! « Êtes-vous l'allié de la France ou de l'Angleterre? je l'ignore.... Votre Majesté trouvera en moi un frère, si je trouve en elle un Français ; mais, si elle oublie les sentiments qui l'attachent à la commune patrie, elle ne pourra trouver mauvais que j'oublie ceux que la nature a placés entre nous. » « Certes, en vous mettant sur le trône de Hollande, j'avais cru y placer un citoyen français, aussi dévoué à la grandeur de la France et aussi jaloux que moi de ce qui intéresse la mère patrie.... Soyez d'abord Français et frère de l'Empereur, et soyez sûr que vous serez dans le chemin des vrais intérêts de la Hollande. Mais pourquoi tout ceci ? Le sort en est jeté, vous êtes incorrigible. Déjà vous voulez chasser le peu de Français qui vous restent.... Ecoutez un homme qui en sait plus que vous. Revenez de votre fausse route, soyez bien Français de cœur. i> Et, deux jours après : « Un Français fait sur vous ce que fait sur les hydrophobes la vue de l'eau. » A la suite d'un incident, dans lequel l'ambassadeur de France et l'ambassadeur de Russie s'étaient trouvés en conflit à Amsterdam, Napoléon lui écrivit encore (23 mai 1810), avec cette ironie cruelle : « Comme c'est le ministre de Russie, dont le maître vous a placé sur le trône, il est juste que vous suiviez ses conseils. Ne m'écrivez plus de vos phrases ordinaires ; voilà trois ans que vous me les répétez, et chaque instant en prouve la fausseté. C'est la dernière lettre que, de ma vie, je vous écris. ï

Louis se le tint poxir dit, et un beau jour, en juillet 1810, sans prévenir personne, il disparut. Où était-il ? Napoléon écrivit à Jérôme : «i Si vous apprenez où Louis s'est retiré, vous lui rendrez service de l'engager à revenir à Paris et à se retirer à Saint-Leu, en cessant d'être la risée de l'Europe. » La retraite du fugitif fut découverte ; U était aux eaux de Teplitz, en Bohême. Napoléon donna l'ordre à son ministre des Affaires étrangères, le duc de Cadore, de rédiger une circulaire aux souverains de l'Europe ; elle « doit, disait-il, tendre tout entière à excuser le roi de Hollande, qui, par suite d'une maladie chronique, n'était pas l'homme qui convenait s

LES DERNIÈRES ANNÉES DE LOUIS, v.*» Ce fut toute l'oraison funèbre du povero Luigi. Pour le royaume de Hollande, il avait été, dès le 11 juillet, le lendemain

même de sa iuite, purement et simplement annexé à l'Empire et converti en départements français. Cependant Louis, retiré en Autriche, faisait imprimera Vienne, en 1813, l'année de la bataille de Leipzig, un volume d'Odes.

Revenu en France en 1814, parlant toujours de sa couronne de Hollande, il eut avec l'Empereur deux entrevues très froides. Il devait vivre longtemps encore ; il ne mourut qu'en 1846. après de soixante-huit ans, à Livoume. Il avait eu avec sa femme un procès scandaleux pour la garde de son deuxième enfant ; il lui avait comme abandonné le troisième, celui qui devait être Napoléon III. A Rome ou à Florence, de plus en plus morose et défiant, il composait des livres d'histoire, des poésies, ou bien il se livrait à la dévotion. Il réprouva les deux équipées de son troisième fils, celle de Strasbourg et celle de Boulogne ; il mourut sans avoir revu le prisonnier qui venait, deux mois plus tôt, de s'échapper de la citadelle de Ham. Sa femme, la reine Hortense, était déjà morte depuis neuf ans, en 1837, à Arenenberg, en Suisse, loin de lui, sans rapports avec lui. La mort ne réunit point les deux époux : la reine Hortense fut enterrée dans l'église de Rueil, auprès du tombeau que son frère et eUe avaient fait construire pour leur mère; le roi Louis, dans l'église de Saint-Leu-Taverny. La tombe du roi Louis, dans la crypte de Saint-Leu, est voisine de la tombe de son père, Charles Bonaparte.

JÉRÔME I" NAPOLEON, ROI DE WESTPHALIE. ^ De Jérôme, le dernier des frères de l'Empereur, plus jeune que Napoléon de quinze ans et trois mois, on a à peu près tout dit quand on a rappelé le singulier surnom d'Héliogabale de Westphalie, que lui valut son existence à Cassel, alors qu'il passait son temps à table, au bal, au théâtre et autre part. Celui-ci fut avant tout le jouisseur de la famille, peu exigeant sur le choix de ses distractions, pourvu qu'elles fussent nombreuses et sans cesse renouvelées, gaspillant l'argent à pleines mains, et considérant la vie, quand on a le bonheur de s'appeler Bonaparte et d'être le benjamin de la famille, comme une fête ininterrompue. Longue et bonne : telle aurait pu être sa devise ; il mourut à soixanteseize ans, sous le règne de son neveu Napoléon III.

Jérôme avait été placé par Napoléon au collège de Juilly, en 1798, au moment de son départ pour l'Egypte ; il y fut un élève très médiocre, A sa sortie de collège, il se signala par des frasques de tout genre; ainsi, un jour, il lui prit fantaisie d'acheter, en faisant envoyer aux Tuileries la facture qui était de seize mille francs, un magnifique nécessaire de voyage, avec rasoirs, plats à barbe, etc. € Il n'y manquait que la barbe, dit la duchesse d'Abrantès, afin que son acquéreur pût s'en servir. » Il avait alors quinze ans. Le Premier Consul fit embarquer le prodigue. Devenu lieutenant de vaisseau, Jérôme fit campagne dans les Antilles françaises. Se trouvant en croisière sxir les côtes des Etats-Unis, il eut l'occasion de s'arrêter à Baltimore; il y connut une jolie Américaine, miss Elisabeth Paterson. Il n'avait pas encore dix-neuf ans, elle lui plut, il l'épousa. Il est certain que le mariage était nul aux yeux de la loi française et que les parents de la jeune fille v avaient vu une bonne affaire ; ils espéraient bien le faire

régulariser un jour. Napoléon fut intraitable. Quand il revit Jérôme dexix ans plus tard, en 1805 : « Votre union avec Mlle Paterson, lui dit-il, est nulle aux yeux de la rebgion comme aux yeux de la loi ; écrivez à Mlle Paterson de retourner en Amérique. Je lui accorderai une pension de soixante mille francs, sa vie durant. > Mlle Paterson, que Napoléon affectait de ne pas connaître sous un autre nom, dut repartir pour les Etats- Unis avec sa pension et aussi avec son fils, qui venait de naître cette année même; Jérôme ne pensait pas plus au fils qu'à la mère.

Il reprit du service dans la marine, s'y conduisit non sans mérite, comme commandant du Vétéran, et devint contre-amiral. Dans la campagne de Prusse, en 1806- 1807, il exerça de nom le commandement du IX* corps de la Grande Armée et, secondé par Vandamme, il occupa la Silésie. Il avait reçu le titre de prince français, des droits héréditaires à l'Empire, la couronne de Westphalie, qui avait été créée pour lui, en 1807; le nouvel État comprenait huit départements, entre l'Elbe et le Rhin, avec une population de deux millions et demi d'habitants. Enfin, Napoléon fit épouser à son frère, la même année, la princesse Catherine, fiUe du roi de Wurtemberg. Cassel devint la capitale du roi Jérôme I"' Napoléon ; alors ce furent quelques années de « vie inimitable » et de folies sans nom. Sa femme était une bonne épouse ; elle lui était très attachée, mais elle ne le gênait pas; il n'était pas nécessaire de la répudier. Et la fête dura environ six ans, jusqu'à la débâcle de 1813. Jérôme avait commandé au début de la campagne de Russie l'aile droite de la Grande Armée ; mais il avait commis de grosses fautes, qui l'avaient fait renvoyer en Westphalie. Après la perte de son royaume, il alla s'établir avec la reine Catherine au château de Stains, près de Saint-Denis. Il commmanda ime division en 1815, à Ligny et à Waterloo.

Napoléon a dit à Sainte-Hélène : i: Jérôme, en mûrissant, eût été propre à gouverner ; je découvrais en lui de véritables espérances. i> Les braves bourgeois de Cassel ne lui auraient peut-être pas décerné le même certificat. L'ancien roi de Westphalie devait finir sa vie comme gouverneur des Invéïlides, maréchal de France, président du Sénat ; c'était sous le second Empire. Celui que Napoléon III appelait officiellement dans les actes publics « notre bien-aimé oncle Jérôme Napoléon i> repose, depuis 1860, sous le Dôme des Invalides. Sa descendance est représentée aujourd'hui par ses deux petits-fils, le prince Napoléon (Napoléon-Victor) et le prince Louis.

GERARD

Page 1