‹ NapoléonChapitre 68 sur 132 · BILLET POUR UN HOMME · texte numérisé non relu

BILLET POUR UN HOMME

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Les Messieurs devront être en Habit habillé.

1810. MARIAGE DE NAPOLÉON ET DE MARIE-LOUISE, v^ Berthier, prince de Wagram, alla à Vienne en ambassadeiir extraordinaire pour faire la demande officielle. Il apportait une corbeille d'une grande magnificence, im collier de trentedeux chatons d'une valeur de neuf cent mille francs, des boucles d'oreUles de quatre cent mille francs et le portrait de Napoléon dans un cercle de diamants de six cent mille francs. Le 11 mars, le mariage par procuration était célébré à Vienne.

La nouvelle Impératrice des Français partit pour la France accompagnée de Caroline, reine de Naples. Napoléon l'attendait à Compiègne. Quand il apprit qu'elle était proche, il monta avec Murât dans une simple calèche et il alla l'attendre à quinze

lieues de cette ville. Dès que parut la voiture de l'archiduchesse, Napoléon, 4 comme un sous-lieutenant qui revoit sa cousine, » ouvrit brusquement la portière ; il mit sa sœur sur le devant, prit sa place et embrassa l'Impératrice. Ce fut une affaire d'avant-poste, conduite avec audace et succès.

Le mariage civil fut célébré à Saint-Cloud, le l^' avril 1810 ; le mariage religieux, le 2 avril, au Louvre, dans le Salon Carré, par le cardinal Fesch, grand aumônier. Napoléon avait quarante ans, Marie-Louise dix-huit. Le lendemain, il y eut aux Tuileries une grande fête et un banquet. Marie-Louise se montra au balcon, elle fut saluée par les acclamations de la foule qui remplissait les jardins. Mettemich, bon prophète, but à la santé de l'enfant qui devait être le roi de Rome.

Le 1^' juUlet, le prince de Schwarzenberg donnait, en l'honneur de Leurs Majestés, un bal magnifique dans les salons de l'ambassade d'Autriche. La fête fut tragiquement interrompue par un incendie qui coûta la vie à plusieurs personnes.

LES CARDINAUX NOIRS, v^ Dans la journée du 2 avril, alors qu'il était tout à la joie et à l'orgueil, l'Empereur avait remarqué que quatorze cardinaux seulement avaient assisté au défilé du cortège impérial dans la grande galerie du Louvre ; des banquettes réservées au Sacré Collège étaient restées vides. « Où sont les cardinaux? dit-il du ton le plus irrité. Ah ! les sots ! les sots ! Ils n'ont pas voulu assister aujourd'hui à mon mariage ; eh bien ! demain je les chasserai honteusement de ma cour, d Le lendemain, le Sacré Collège attendait aux Tuileries, avec les grands corps de l'État, d'être présenté aux deux souverains, assis sur leur trône. Un aide de camp vint apporter l'ordre à treize cardinaux qui n'avaient pas assisté au mariage de partir sur-lechamp; Sa Majesté ne voulait pas les recevoir. Obligés de reprendre le costume des simples ecclésiastiques, ils devinrent les cardinaux noirs ; exilés dans des villes de province, ils furent placés sous la surveillance de la police.

Il restait à donner au tsar des explications sur le singulier revirement matrimonial qui s'était produit à la cour des Tuileries. Le duc de Cadore écrivit à notre ambassadeur la plus bizarre des lettres. « Comment? l'empereur Alexandre avait reçu l'ouverture qui lui était faite pour placer la dernière de ses soeurs sur le premier trône du monde, en lui donnant pour époux l'homme que toute la terre contemple; et cependant des délais multipliés semblent avoir été inventés pour servir de subterfuges. Des délais, en de telles circonstances, pouvaient, à juste titre, être jugés pires qu'une offense. » La cour de Russie voulut bien accepter ces explications ; mais elle en conçut un ressentiment qui ne fut point étranger à la rupture de 1812,

a ALEXANDRE DEVENU LE FILS D'UN DIEU. ï> v^ La nouvelle du mariage de Napoléon amena en Allemagne un revirement complet en sa faveur. Il y eut une hausse marquée des fonds publics; on crut que la paix était désormais attachée à cette union. En France, on avait approuvé la manière dont Napoléon avait composé

la maison de la nouvelle Impératrice, en particulier le choix de la duchesse de Montebello pour dame d'honneur. La désignation de la veuve du maréchal Lannes, jeune, belle, d'une conduite parfaite, fut très agréable à l'armée.

Pour Napoléon, ce mariage avec la fUle des Habsbourg avait développé en lui les jouissances du parvenu, a On m'a reproché, disait-il plus tard, de m'être laissé enivrer par mon alliance avec la maison d'Autriche, de m'être cru bien plus véritable souverain après mon mariage; en un mot de m'être cru, dès cet instant, Alexandre devenu le fils d'un dieu. Mais tout cela était -il bien juste? Ai-je prêté véritablement à de tels travers ? Il m'arrivait une femme jeune, belle, agréable; ne m'était-il donc pas permis d'en témoigner quelque joie? »

Marie-Louise, au dire de Napoléon, était « l'innocence et la simple nature » ; en réalité elle était un peu sotte. Un jour l'Empereur, très mécontent d'une dépêche qu'il venait de recevoir de Vienne, avait dit à l'Impératrice : « Votre père est une ganache! » Interloquée, Marie-Louise demanda à un courtisan le sens de ce mot qu'elle ne connaissait pas. Celui-ci, pour se tirer d'affaire, déclara que l'Empereur avait voulu dire : un homme sage et de bon conseil. Quelques jours après, l'Impératrice présidait le Conseil d'État. Comme les discussions n'aboutissaient pas, elle se tourna vers Cambacérès : « C'est à vous à nous mettre d'accord ; vous serez notre oracle ; car je vous tiens pour la première, la meilleure ganache de l'Empire, i»

Comme régente pendant la campagne de France, comme épouse et mère, la seconde femme de Napoléon eut un triste rôle. Rentrée à Vienne au mois de mai 1814, elle noua une liaison presque publique avec un officier autrichien, le comte de Neipperg. Elle avait tout à fait oublié l'Empereiir. A l'une de ses dames d'honneur qui lui apprenait la bataille de Waterloo, elle répondait : a Je vous remercie, je savais la nouvelle que vous m'annoncez. J'ai envie de faire une promenade à cheval à Merkenstein; croyez-vous qu'il fasse assez beau pour la risquer? j Devenue duchesse de Parme, de Plaisance et de Guastalla, eUe alla régner sur ces duchés italiens, en laissant à Vienne le fils de Napoléon. Neipperg étant mort, un diplomate, Bombelles, devint son favori. La triste fin du duc de Reichstadt ne semble pas avoir troublé son indifférence. Elle mourut à Vienne, à la fin de l'année 1847.

LE ROI DE ROME, vtf» Dans la seconde quinzaine de mars 1811, la France était dans l'attente d'un grand événement, l'accouchement de Marie-Louise. Le 20 mars, le canon des Invalides fit entendre cent un coups : c'était un fils.

Quand il eut bien fait voir l'héritier de ses trônes Aux vieilles nations comme aux vieilles couronnes, Éperdu, l'œil fixé sur quiconque était roi, Comme un aigle arrivé sur une haute cime, Il cria tout joyeux, avec un air sublime : « L'avenir ! l'avenir ! l'avenir est à moi. t>

BERTHIER, prince de Neuchàtel et de Wagram, envoyé à la cour de Vienne à titre d'ambassadeur extraordinaire de l'Empereur, demande à l'empereur d'Autriche, au nom de Sa Majesté, la main de l'archiduchesse Marie-Louise. Mars 1810.

(BIBL. NAT., ESTAMPES

ADIEUX de l'archiduchesse Marie-Louise à sa/amille. — Avant son départ de Vienne, 13 mars 1810, elle distribue les diamants de sa mère à ses frères et à ses sœurs, pab m"« avzou. (misée de Versailles.)

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