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Le fils de Napoléon reçut le titre de roi de Rome ; il eut pour gouvernante la comtesse de Montesquiou, Maman Quiou, comme il l'appelait ; c'était une femme d'un rare mérite, qui devait l'accompagner plus tard à Vienne. Il fut élevé au palais des Tuileries, dans la partie du rez-de-chaussée qui donnait sur la cour.
En 1814, au début de la campagne de France, Napoléon embrassa son fils pour la dernière fois. Conduit à Vienne, à la cour de son grand-père, le roi de Rome perdit même son nom ; on l'appela le duc de Rcichstadt. Le a fUs de l'homme, » 1' « aiglon > mourut à Schœnbrunn en 1832, à vingt et un ans, d'une affection de poitrine.
a UN FRANÇAIS TOUJOURS CHEZ LUI EN EUROPE. » v.^ « Je veux élever la gloire du nom français si haut qu'il devienne l'envie des nations ; je veux un jour, Dieu aidant, qu'un Français voyageant en Europe croie se trouver toujours chez lui. » Ce rêve de l'Empereur était presque réalisé vers 1811.
L'Empire français comprenait alors cent trente-deux départements. Quatrevingt-six représentaient l'ancien royaume de France ; quarante-six étaient des conquêtes ou des annexions de la République et de l'Empire. Les derniers en date des départements étaient les départements du Tibre, chef -lieu Rome, du Trasimène, chef-lieu Spolète, constitués en 1809 avec les Etats de l'Église ; puis les huit départements constitués en 1810 avec l'ancien royaume de Hollande ; enfin, les cinq départements constitués en 1811 avec des territoires allemands : Ems- Oriental, Ems- Supérieur, Lippe, Bouches - du-Weser, chef - lieu Brème, Bouchcs-de-l'Elbe, chef-lieu Hambourg ; Ltibeck, sur la Baltique, était l'une des souspréfectures du département des Bouches-de-l'Elbe. Suivant un rapport de Montalivet, ministre de l'Intérieur, la population de l'Empire en 1813 était de 42 millions 700000 âmes, alors que, en 1789, la population de la Frémce était de 26 millions d'habitants.
Aux cent trente-deux départements de l'Empire français, il faut ajouter les vingtquatre départements du royaume d'Italie, capitale Milan, vice-roi Eugène de Beauharnais, et les sept Provinces lUyriennes ou les territoires de l'Adriatique cédés par l'Autriche en 1809, chef-îieu Laibach, gouvemexir général Mannont.
LES f-TOn.BS DU NAPOLÉON, « STBLLffi NAPOLEONIS. . INTRO- DUITES DANS LA CONSTELLATION D ORION PAR L'UNIVERSIT* DE LEIPZIG EN 18O7. (riC-SlMU-É d'ouï GBAVITRI AI.LSMAIIDB.)
C'est ensuite la liste sans fin des Etats vassaux ou alliés : la Confédération Helvétique, dont Napoléon était Médiateur, la Confédération du Rhin, dont il était Protecteur, avec trente-sept États et Francfort-sur-le-Main pour capitale, les royaumes d'Espagne, de Naples, de Westphalie, de Saxe, le duché de Varsovie, tous États qui, à titres divers, étaient englobés dans le système napoléonien. La carte de l'Europe se trouvait ainsi singulièrement simplifiée : la France et ses prolongements, à l'Ouest, au centre et au Sud ; les débris de la Prusse et de l'Autriche, au centre ; la Turquie, au Sud-Est ; la Russie, à l'Est ; les Etats Scandinaves, au Nord ; et l'Angleterre, retranchée dans son île.
LA MONARCHIE UNIVERSELLE, v^ Napoléon n'a point nié qu'il aspirait à la monarchie universelle ; mais c'était, disait-il, pour le bien de l'Europe. <r Je voulais préparer la fusion des grands intérêts du monde, ainsi que j'avais opéré celle des partis au milieu de nous. J'ambitionnais d'arbitrer un jour la grande cause des peuples et des rois. » Ou encore : « Arrivé au pouvoir, on eût voulu que j'eusse été un Washington.... Je ne pouvais être un Washington couronné. Je n'y pouvais raisonnablement parvenir qu'au travers de la dictature universelle. J'y ai prétendu. M'en ferait-on un crime ? » Mettemich le jugeait ainsi : « L'aspiration à la domination universelle est dans sa nature même ; elle peut être modifiée, contenue ; mais on ne parviendra jamais à l'étouffer. » Il se peut que Napoléon ait été pris dans une sorte d'engrenage et que sa conception du Blocus continentîd l'ait amené à conquérir l'Europe ; il est certain qu'il obéissait aussi à des précédents historiques, qui obsédaient son imagination : le souvenir de VOrbis romanus et le souvenir de l'Empire de Charlemagne. Toutefois, ces deux grands organismes avaient, à deux reprises, marqué ies limites de la civilisation et de la barbarie. L'Empire de Napoléon, au contraire, réunissait pêle-mêle, sans autre raison que des nécessités politiques ou militaires, des peuples qui avaient depuis longtemps leur histoire et leur existence propres. On raconte qu'au banquet du baptême du roi de Rome, le maire de Hambourg accosta le maire de Rome avec ces mots : <î Bonjour, voisin ! » Le mot pouvait flatter l'orgueil de Napoléon ; mais ce <i voisinage » était un véritable défi à la logique et à l'histoire
D'un trait de plume, l'Empereur biffait ou créait des royaumes. Quelques jours après Austerlitz, à Schœnbrunn, le 27 décembre 1805, dans une proclamation à l'armée d'Italie, il disait : a La dynastie de Naples a cessé de régner; son existence est incompatible avec le repos de l'Europe et l'honneur de ma couronne. » Et Joseph devenait roi de Naples, <t A sa voix, dit Chateaubriand, les rois entraient ou sautaient par les fenêtres. » Il y a aussi le mot de La Fayette : « Sous Napoléon, les soldats disaient : Il a passé roi à Naples, en Hollande, en Suède, en Espagne, comme autrefois on disait des mêmes hommes : Il a passé sergent dans telle compagnie. ><
Une dépêche de l'Empereur à Talleyrand, du 14 mars 1806, est, parmi plusieurs autres, un témoignage intéressant de ces procédés : « Il est trois pays que je dési-
rerais bien avoir pour arrondir le prince Murât. D'abord les abbayes d'Essen et de Werden, cela ne fait que vingt mille âmes ; après, le comté de la Marck ; enfin, le comté de Wittgenstein. Les deux premiers appartiennent à la Prusse ; je ne sais trop à qui appartient le troisième. Faites-m'en un rapport, n
Rois ou gouverneurs, ils n'étaient que des agents chargés d'exécuter des ordres.
Au prince Eugène, vice-roi d'Italie, le 6 août 1805 : « Je ne puis trop vous témoigner mon mécontentement de ce que vous vous prononcez sur des objets que je me suis réservés, voilà trois fois dans un mois.... Si vous tenez à mon estime et à mon amitié, vous ne devez, sous aucun prétexte, la lune menaçât-elle de tomber sur Milan, rien faire de ce qui est en dehors de votre autorité, d
A. Junot, gouverneur de Parme et de Plaisance, le 19 janvier 1806 : a Vous réunirez la force armée ; vous vous rendrez sur le lieu qui a été le principal théâtre de l'insurrection. Ce n'est pas avec des phrases que l'on maintient la tranquillité dans l'Italie. Faites comme j'ai fait à Binasco ; qu'un gros village soit brûlé, faites fusiller une douzaine d'insurgés et formez des colonnes mobiles, afin de saisir partout les brigands et de donner un exemple au peuple de ce pays. )>
A Joseph, qui allait prendre possession du royaume de Naples, le 31 janvier 1806 : « Faites conduire en France sous bonne escorte le prince royal (de Naples) ; c'est là mon ordre exprès, je ne vous laisse aucune latitude sur cet objet. S'il est un certain nombre de grands ou d'individus qui vous gênent, envoyez-les en France.... Point de demi-mesures, point de faiblesse. Je veux que mon sang règne à Naples aussi longtemps qu'en France. Le royaume de Naples m'est nécessaire. »
Et lui, qui avait jonglé avec les Etats, qui avait casé ses frères et ses sœurs à Naples, à Madrid, à la Haye, à Cassel, à Gxiastalla, à Lucques, à Florence, il se reprochait de n'avoir pris que des demi-mesiires, de ne pas avoir renversé assez de rois, a Ma bonté pour quelques souverains, ma faiblesse à l'égard des peuples qui auraient souffert, je ne sais si quelques craintes de soulever un entier bouleversement m'ont retenu, et c'est un grand tort que je paierai cher peut-être. i>
Il semble que Napoléon ait été à divers moments de sa vie comme frappé de vertige. On a déjà cité le mot de Decrès à Marmont : « L'Empereur est fou. )> Napoléon disait lui-même : d On ne saurait se coucher dans le Ut des rois sans y gagner la folie. J'y suis devenu fou. » Comment n'aurait-il pas perdu par instants le sens exact des choses ? Il avait conscience de porter en lui les dons les plus magnifiques du génie qui aient jamais peut-être été accordés à une créature hvmiaine, et il se voyait maître ou arbitre de tout le continent européen. Cependant son bon sens n'était pas toujours étouffé par l'orgueil. Il avait le sentiment que cet Empire gigantesque ne pouvait durer ; cette œuvre colossale avait contre elle le bon sens, la tradition, la géographie Tant qu'il serait là, sa bâtisse européenne pourrait peut-être se maintenir ; lui disparu, ce serait un cataclysme, a. Pauvre enfant, disait-il en regardant le roi de Rome, que d'affaires embrouillées je te laisserai ! n
LA LUTTE AVEC LA PAPAUTE, Kg» Il n'y eut pas d'affaires plus embroviillées que celles qui mirent Napoléon aux prises avec la Papauté. « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu, » dit la parole célèbre. Mais où s'arrête le domaine de César, où s'arrête le domaine de Dieu ? Pour Napoléon, la réponse est très simple. Il n'y a pas deux vicaires de Dieu, le Pape et l'Empereur. Il y a un vicaire imique et intégral : lui-même. Le Pape est un ministre ou un préfet d'une manière spéciale ; si ce préfet ne courbe pas l'échiné, il sera brisé comme verre.
Napoléon avait jeté son dévolu sur l'Italie. Il voulait, disait-il, « recréer la patrie italienne. C'était le trophée immortel qu'il élevait à sa gloire.... Rome, capitale de cet État, était la Ville Éternelle. » Dès l'année 1805, sa sœur Élisa régnait à Piombino et à Lucques, en attendant de régner à Florence ; un an après, son frère Joseph régnait à Naples. Qu'allait devenir le patrimoine de saint Pierre, pris entre les deux mâchoires de l'étau napoléonien? Il était destiné à être broyé. Gouvion-Saint-Cyr avait été chargé d'occuper Ancône, en territoire pontifical. Il y entra vers le milieu d'octobre 1805. La surprise et la douleur de Pie VII fxirent profondes. Il s'en plaignit dans une lettre à l'Empereur. Celui-ci faisait alors la campagne d'Ulm et d'Austerlitz ; ce fut seulement le 7 janvier 1806 à Munich qu'il trouva le temps d'écrire deux lettres, l'une au cardinal Fesch, son ambassadeur à Rome, l'autre au Saint-Père.
a Le Pape, disait-il au cardinal, m'a écrit, en date du 13 novembre, la lettre la plus ridicule, la plus insensée ; ces gens me croyaient mort. J'ai occupé la place d' Ancône, parce que, malgré vos représentations, on n'avait rien fait poiu- la défendre Faites bien connaître que je ne souffrirai plus tant de railleries.... Puisque
ces imbéciles ne trouvent pas d'inconvénient à ce qu'un protestant puisse occuper le trône de France (il s'agit de Jérôme, dont le Pape s'était naguère refusé à casser le
mariage avec une protestante), je leur enverrai un ambassadeur protestant Pour
le Pape, je suis Charlemagne, parce que, comme Charlemagne, je réunis la couronne de France à celle des Lombards, et que mon Empire confine avec l'Orient. J'entends donc qu'on règle avec moi sa conduite sur ce point de vue ; autrement, je réduirai le Pape à être évêque de Rome.... Il n'y a rien en vérité d'aussi déraisonnable que la cour de Rome. »
Dans sa lettre au Pape, Napoléon mettait tous les torts du côté du Saint-Siège :
<i Depuis le retour de Votre Sainteté à Rome, je n'ai éprouvé que des refus de sa part sur tous les objets, même ceux qui étaient d'un premier ordre pour la religion.... Je me suis considéré comme le protecteur du Saint-Siège, et à ce titre j'ai occupé Ancône. Je me suis considéré, ainsi que mes prédécesseurs de la deuxième et de la troisième race, comme le fils aîné de l'ÉgUse..,. Si Votre Sainteté veut renvoyer mon ministre, elle est hbre de le faire ; elle est libre d'accueillir de préférence et les Anglais et le calife de Constantinople ; mais ne voiilant pas exposer le cardinal Fesch à des avanies, je le ferai remplacer par un séculier.... Dieu est juge qui a le plus fait pour la religion de tous les princes qui régnent. »
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SIGNATURES AU BAS DE L'ACTE DE MARIAGE DE NAPOLÉON ET DE MARIE-LOUISE. - Le mariage civil fut célébré àSaint-Cloud le l'-' avril, le prince archichancelier (Cambacérès) faisant fonction d'officier d'état civil. — Sisnèrent les
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ASE offert à Marie-Louise par la Ville de Paris à l'occasion de son
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membres de la famille impériale (à Te.xceplion de Joseph et de Lucien) et des familles alliées.
En outre, signatures de Cambacérès, de Regnaud I de Saint- Jean-d' Angély, secrétaire de l'état de la famille impériale, de Charles-Maurice( Talley-
rand). (<:<"-l. comte primoli.)
ENTRÉE de Napoléon et de Marie-Louise aux Tuileries, le Jour de leur mariage, le 2 avril 1810, à 2 heures. Le cortège impérial était parti de Saint-Cloudà 10 heures, par r -r c.arnier. (m. de Versailles.)
BAPTÊME DU ROI DE ROME dans l'église de Notre-Dame, le 9 juin ISll. — Le parrain était Ferdinand, grand-duc de Wurtzbourg {ancien grand-duc de Toscane) ; la marraine, MadameMère. Parmi les assistants, Joseph, Jérôme, Camille Borghèse, le prince Eugène, par j. coibaid (m. de Versailles )
T 'IMPÉRATRICE MARIE-LOUISE TIENT LE ROI DE ROME DEBOUT SUR SON I ^ BERCEAU. — Le fils de V Empereur porte en sautoir te grand cordon de la Légion d'honneur. (Voir le berceau à la page suivante.) p-«R otRARo. (musée de Versailles.)
BERCEAU DU ROI DE ROME, œuvre deJacob- Desmalter. (Un attire berceau, dessiné par Prudhon, se trouve dans l'ancien trésor impérial à Vienne.)
PALAIS DE FON-TAlNEIiLliAl. CL. HACHE ITL.
HOCHET DU ROI DE ROME. — L'enfant qui reçut -■. pour hochet la couronne de Rome >\ stiivant le mot de Victor Hugo, avait, pour s'a/nuser, ce cavalier dont la tète est munie d'un sifflet et dont les pieds reposent sur un tambotir garni de grelots.