‹ NapoléonChapitre 70 sur 132 · C LL. BERNARD FRANCK · texte numérisé non relu

C LL. BERNARD FRANCK

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PETITE CALÈCHE DU ROI DE ROME. — Des estajiipes du temps montrent le roi de Rome faisant sa promenade aii.x Champs- Elysées dans cette voiture, qui était attelée de deux chèvres.

(ANC. COLL. DE l'emPEREI R D'aLI RICHE

« EMPAREZ- vous DES BIENS DES MOINES, p v* Les menaces se succèdent. Le cardinal Fesch reçoit l'ordre de faire expulser des États de l'Église les Anglais, les Russes, les Suédois et les Sardes, a Dites bien que j'ai les yeux ouverts, que je ne suis trompé qu'autant que je le veux bien, que je suis Charlemagne, l'épée de l'Église, leur Empereur, que je dois être traité de même. »

Le Pape avait reçu la notification officielle de l'avènement de Joseph au trône de Naples. Pour éviter de reconnaître le nouveau souverain, la cour de Rome avait rappelé d'anciens droits de suzeraineté du Saint-Siège sur la couronne des Deux-Siciles. La colère de Napoléon éclata, a La conduite de la cour de Rome, écrivait-il au roi de Naples, le 5 juin 1806, est marquée au coin de la folie.... J'ai pensé qu'en tout état de choses, les enclaves de Bénévent et de Pontecorvo ne pouvaient être que des sujets de troubles pour votre royaimie. J'en ai fait deux duchés (ou plutôt, deux principautés), celui de Bénévent pour Talleyrand, celui de Pontecorvo pour Bernadette. » 11 n'y a pas à insister sur la brutalité de cette annexion, sur ce qu'il y avait en particulier d'injurieux dans le choix d'un évêque renégat et marié pour la principauté de Bénévent.

C'était le moment où Napoléon écrivait à sa sœur Elisa, princesse de Lucques : « N'exigez aucun serment des prêtres ; cela n'aboutit à rien, qu'à faire naître des difficultés. Allez votre train, supprimez les couvents.... Ne vous mêlez dans aucun dogme. Emparez-vous des biens des moines, c'est là le principal. ;>

LE CATÉCHISME IMPÉRIAL, v^ Au milieu de ces orages, paraissait un catéchisme qui devait être seul en usage dans toutes les églises de l'Empire français. Le ministre des Cultes, Portalis, avait reçu l'ordre de le faire rédiger sous ses yeux. On y lisait, dans la leçon sur le quatrième commandement :

a D. Quels sont les devoirs des chrétiens à l'égard des princes qui les gouvernent, et quels sont en particulier nos devoirs envers Napoléon I®"", notre Empereur ?

« R. Les chrétiens doivent aux princes qui les gouvernent, et nous devons en particulier à Napoléon P', notre Empereur, l'amour, le respect, l'obéissance, la fidéhté, le service militaire, les tributs ordonnés pour la conservation et la défense de l'Empire et de son trône ; nous lui devons encore des prières ferventes poiir son salut et pour la prospérité spirituelle et temporelle de l'Etat.

« D. Pourquoi sommes-nous tenus de tous ces devoirs envers notre Empereur ?

« R. C'est, premièrement, parce que Dieu, qui crée les empires et les distribue selon sa volonté, en comblant ncftre Empereur de dons, soit dans la paix, soit dans la guerre, l'a établi notre souverain, l'a rendu le ministre de sa puissance et son image sur la terre. Honorer et servir notre Empereur est donc honorer et servir Dieu luimême. Secondement, parce que Notre Seigneur Jésus-Christ, tant par sa doctrine que par ses exemples, nous a enseigné lui-même ce que nous devons à notre souverain ; il est né en obéissant à l'édit de César- Auguste ; il a payé l'impôt prescrit, et de même

qu'il a ordonné de rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu, il a aussi ordonné de rendre à César ce qui appartient à César.

« D. Que doit-on penser de ceux qui manqueraient à leur devoir envers notre Empereur ?

« R, Selon l'apôtre saint Paul, ils résisteraient à l'ordre établi de Dieu même, et se rendraient dignes de la damnation étemelle. »

LA LETTRE A TIROIRS. yJ0 Après la paix de Tilsit, quand Napoléon se vit maître de la majeure partie de l'Europe, ses prétentions à l'égard de Rome n'eurent plus de limites. Pendant son séjour à la cour de Saxe, il prit le parti d'en finir avec les résistcmces du Pape. Il écrivit au prince Eugène, de Dresde, le 22 juillet 1807, la lettre la plus singulière. Elle contenait une lettre que le prince Eugène devait adresser comme de lui-même au Saint-Père, puis une seconde lettre de l'Empereur au prince Eugène, que celui-ci serait censé avoir spontanément communiquée au Pape.

« Mon fils, j'ai reçu la lettre du Pape que vous m'avez transmise. Répondez à Sa Sainteté dans les termes suivants :

a Très Saint-Père, j'ai mis la lettre de Votre Sainteté sous les yeux de l'Empereur, mon très honoré père et souverain, qui m'a répondu de Dresde une longue lettre dont je communiquerai à Votre Sainteté un extrait pour lui faire connaître les sentiments de Sa Majesté.

« Mon fils, j'ai vu dans la lettre de Sa Sainteté, que certainement elle n'a pas « écrite, qu'elle me menace. Croit-elle donc que les droits du trône sont moins sacrés « aux yeiix de Dieu que ceux de la tiare ? Il y avait des rois avant qu'il y eût des « papes. Ils veulent, disent-ils, publier tout le mal que je fais à la religion. Les insensés ! « Ils ne savent pas qu'il n'y a pas un coin du monde, en Allemagne, en Italie, en Pologne, « où je n'aie fait encore plus de bien à la religion que le Pape n'y a fait de mal, non « par mauvaise intention, mais par les conseils irascibles de quelques hommes bornés « qui l'entourent. Ils veulent me dénoncer à la chrétienté ! Cette ridicule pensée ne peut « appartenir qu'à une profonde ignorance du siècle ovi nous sommes ; il y a une erreur « de mille ans de date.... Il ne resterait plus au Saint-Père qu'à me faire couper les a cheveux et enfeîmer dans un monastère. Croit-il notre siècle revenu à l'ignorance et « à l'abmtissement du neuvième siècle? Me prend-il pour Louis le Débonnaire?... « En un mot, c'est pour la dernière fois que j'entre en discussion avec cette prêtraille a. romaine ; on peut la mépriser et la méconnaître et être constamment dans la voie du « salut et dans l'esprit de la religion.... »

a Très Saint- Père, cette lettre n'était pas faite pour être mise sous les yeux de Votre Sainteté. Je la conjure de finir toutes ces discussions, d'éloigner d'elle les conseils perfides d'hommes irascibles qui, s'aveuglant sur les circonstances et sur les vrais intérêts de la religion, ne sont animés que par de petites passions.... On veut lutter de puissance et, j'ose dire, d'orgueil, avec un souverain que nous ne pouvons comparer

qu'à Cyrus et àCharlemagae.... Dans le fond, il n'y a dans tout ceci que fort peu de choses à faire, mais il n'est pas juste que les mouches s'attachent au lion et le piquent à petits coups d'aiguillon ; elles percent à peine sa peau, mais enfin elles l'irritent. Où est donc la douceur évangélique, la charité chrétienne, la prudence, la politique de la cour de Rome ? »

1808. OCCUPATION DE ROME. kA» Le temps des violences était proche. L'idée d'annexer Rome hantait depuis trop longtemps l'imagination de l'Empereur. Des ordres militaires très précis, comme s'il s'agissait d'une campagne, furent donnés au général MioUis, qui était établi à la frontière Nord des États du Pape, a II ira à Pérouse et continuera sa route sur Rome, sous prétexte de traverser cette ville pour se rendre à Naples.... A son arrivée, il prendra possession du château Saint- Ange, rendra au Pape tous les honneurs possibles et déclarera qu'il a mission d'occuper Rome et le château Saint- Ange, pour arrêter les brigands du royaume de Naples qui y cherchent refuge. »

Les choses se passèrent ainsi. Le 2 février 1808, à deux heures du matin, le corps d'armée de Miollis faisait son entrée à Rome par la place du Peuple. Le château Saint-Ange fut occupé tout de suite. Le Palais du Quirinal, où résidait alors le Pape, fut enveloppé de troupes et une batterie de dix canons braquée devant ses fenêtres. Miollis s'était emparé de tous les services publics ; il avait incorporé les troupes pontificales dans l'armée française; il avait chassé de Rome plusieurs cardinaux, notamment le cardinal Doria Pamphili, secrétaire d'État. Pie VII, profondément irrité, le remplaça par le cardinal Pacca, qui représentait le parti anti-français. Miollis parla de faire arrêter Pacca au Quirinal. Pour le soustraire à cette violence, le P.ape le fit loger dans une chambre voisine de la sienne.

1809. ANNEXION DES ÉTATS DE L'ÉGLISE, v^ Napoléon était alors en proie aux difficultés de la guerre d'Espagne. Dès que ses premiers succès de la campagne de 1809 en Allemagne parurent consolider sa fortune, il décida de réunir les Etats de l'Église à l'Empire français. De là, le décret qu'il lança de Schcenbrunn, à la veille de la bataille d'Essling; jamais le droit et la vérité n'ont été plus odieusement bafoués.

a Napoléon, Emperevir des Français, considérant que lorsque Charlemagne, Empereur des Français et notre auguste prédécesseur, fit donation de plusieurs comtés aux évêques de Rome, il ne les leur donna qu'à titre de fiefs et pour le bien de ses États, et que par cette donation Rome ne cessa pas de faire partie de son Empire ; - Que, depuis, ce mélange d'un pouvoir spirituel avec iine autorité temporelle a été, comme il l'est encore, une source de discussions, et a porté trop souvent les pontifes à employer l'influence de l'un pour soutenir les prétentions de l'autre; — Qu'ainsi les intérêts spirituels et les affaires du ciel, qui sont immortelles, se sont trouvés mêlés aux affaires terrestres, qui par leur nature changent selon les circonstances et la politique

des temps ; — Que tout ce que nous avons proposé pour concilier la sûreté de nos armées, la tranquillité et le bien-être de nos peuples, la dignité et l'intégrité de notre Empire avec les prétentions temporelles des Papes, n'a pu se réaliser;

« Nous avons décrété et décrétons ce qui suit : Les États du Pape sont réunis à l'Empire français, j

Le décret par lequel le nouveau Charlemagne détruisait le vieil édifice de la puissance temporelle des Papes, jadis fondé par Charlemagne, était « donné en notre camp impérial de Vienne, le 17 mai 1809. j

ENLEVEMENT DE PIE VIL vjB» Sur l'insistance du cardinal Pacca, Pie VII fit afficher à Rome une bulle d'excommunication contre les auteurs et les fauteurs des violences dont le Saint-Siège était l'objet depuis quelque temps. La réponse de Napoléon, ce fut l'enlèvement du Pape, im vieillard de soixante et onze ans.

Le général de gendarmerie Radet fut chargé de ce coup de main. Dans la nuit du 5 au 6 juillet 1809, le Quirinal fut envahi par trois troupes de soldats ; les portes furent enfoncées à coups de crosses. Radet finit par arriver devant le Pape. En s'inclinant devant Sa Sainteté, il lui dit qu'il avait ime mission douloureuse à remplir, a Que me voulez-vous ? Et pourquoi venez-vous à cette heure troubler ainsi mon repos et ma demeure ? — Très Saint-Père, je viens, au nom de mon gouvernement, réitérer à Votre Sainteté la proposition de renoncer officiellement à son pouvoir temporel. » Radet, dans l'embarras, envoya demander au générïd Miollis ce qu'il devait faire. Celui-ci répondit par l'ordre d'arrêter le Pape et le cardinal Pacca et de les conduire incontinent hors de Rome. Pie VII demande detix hem*es pour faire ses préparatifs de voyage ; Radet déclare que ses instructions ne le lui permettent pas. Alors le Pape prend sur son prie-Dieu son bréviaire et le christ qu'il avait coutume de porter sur sa poitrine. Il était fatigué et un peu malade. Enfin il sortit. Quand il arriva sur la vaste place de Monte-Cavallo devant le Quirinal, il trouva les troupes françaises rangées en bataille ; U était quatre heures du matin. Il s'arrêta et bénit Rome. Il disait adieu pour près de cinq ans à la Ville Etemelle.

Une voiture de poste l'attendait à la place du Peuple ; il y monta. Les portières furent fermées à clef et un peloton de gendarmes galopa autour de la voiture. Le prisonnier et son escorte passèrent par Sienne et Florence ; Radet avait l'ordre de le conduire à la chartreuse de Vallombrosa, dans l'Apennin toscan. Mais il se remit en route potu- Alexandrie, puis pour Grenoble, puis pour Valence, puis pour Avignon. Enfin on le ramena à Savone. Durant l'odyssée douloureuse du Saint-Père, l'Empereur avait gagné la bataille de Wagram et épousé Marie-Louise.

LE CONCILE NATIONAL DE 1811. ^^ Comme Louis XIV, dans des circonstances certes moins ti*agiques, avait essayé d'opposer à l'autorité du Pape l'autorité de l'Eghse gîdlicane. Napoléon songea à convoquer un concile national. Une commission

E ROI iDE ROME. — Buste original, d'après nature; 1811.

TAR RITHIEL. (COLL. MAR<^t"IS DE GIRARDIX.)

E ROI DE ROME. — Il tient dans sa main le sceptre du royaume de Rome.

r*AR GÉRARD. {mLSÉE DE VERSAILLES.)

E ROI DE ROME. — Dans une pose méditative, à côté de la louve romaine qui allaite Romulus et Remus. coll. bernard franck.i

LE DUC DE REICHSTADT. — Le roi de Rome reçut ce titre à Vienne en 1818, à 7 ans. Il mourut en 1832. (coll. co.mte primoli.)

METTERNICH (PRINCE DE), 1773-1859. — Ambassadeur d'Autriche à Paris en 1806, il fut rappelé à Vienne en octobre 1809 comme ministre des Affaires étrangères. Il garda ces fonctions jusqu'au 13 mars 1848. Pendant les dernières années du régime napoléonien, il songea d'abord à donner à l'Autriche le rôle d'arbitre ; puis, à la fin de la campagne de 1813, il prit position contre la France.

Son rôle fut considérable au congrès de Vienne.

TAR LAWRENCE (WINDSOR.) t t t

ENLÈVEMENT DE PIE VII. — Dans la nuit du 5 au 6 juillet 1809, à deux heures et demie du matin, le général Radet, à la tète d'une troupe armée, pénétra par effraction dans le palais du Çuirinal. A quatre heures du matin, il en ressortait avec le Pape et lecardinal Pacca, qu'il faisait monter dans une voilure, escortée de gendarmes.

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