‹ NapoléonChapitre 77 sur 132 · LE ROI MURAT · texte numérisé non relu

LE ROI MURAT

(«euu sa lu'jL u> n.nea kvsas.)

LA CAMPAGNE D'ALLEMAGNE

Entraîné par ce mouvement qui montait des quatre coins de son royaume, Frédéric- Guillaimie III sortit de son inertie ; il signa avec le tsar, le 28 février 1813, le traité de Kalish : la monarchie prussienne devait être rétablie telle qu'elle existait avant la guerre de 1806. La mobilisation de l'armée prussienne se fit en quelques semaines ; elle était, en effet, toute préparée grâce au système de Schamhorst. De son côté, la Suède, qtii était à la dévotion de Bemadotte devenu l'ennemi de Napoléon, se mit en état de prendre les armes. L'Autriche seule se réservait

1813. NAPOLÉON PART POUR L'ALLEMAGNE, v^ Napoléon avait passé à Paris l'hiver de 1813. Son activité avait été toujours aussi grande. La visite des travaux de Paris, la présidence du conseil des Affaires étrangères, du conseil des Finances, du conseil d'État, du conseil privé, du conseil des Ponts et Chaussées, la signature du Concordat de Fontainebleau avec Pie VII. les audiences du corps diplomatique, les revues, l'ouverture de la session du Corps législatif, les chasses à Fontainebleau et au bois de Boulogne, les soirées au théâtre, s'étaient partagé son temps. Le Moniteur du 5 avril avait publié divers documents qui se rapportaient à la défection de la Prusse ; il avait publié aussi un sénatus-consulte qui autorisait ime levée de cent quatre- vingt mille hommes.

Le 14 avril. Napoléon avait présidé le conseil des ministres ; le lendemain, à quatre heures du matin, il était parti pour Mayence, où il arrivait le 16 à minait. Préoccupé par le souvenir de la tentative de Malet, il avait confié la régence de l'Empire à l'Impératrice Marie-Louise et il avait constitué im conseil de régence.

WEISSENFELS. v^ Aux yeux de beaucoup d'Allemands, Napoléon jouissait encore d'un prestige surnaturel. Le grand-duc de Saxe-Weimar avait eu, le 28 avril, à "Weimar, un entretien avec lui; Saint-Aignan, le ministre de France accrédité à ■Weimar, demanda au grand-duc s'il était satisfait. « Satisfait, répondit-il, n'est pas le mot qui convient, mais bien plutôt émerveillé, car l'Empereur est une créature vraiment extraordinaire. Ce n'est pas un esprit européen, mais un génie oriental et qui m'est apparu comme un envoyé de Dieu. Je m'imagine que Mahomet devait être ainsi. »

Les débuts de la campagne d'Allemagne répondirent à ces sentiments d'admiration. Arrivé à Erfurt le 25 avril. Napoléon avait sotis la main une centaine de mille hommes. Il y avait parmi eux beaucoup de jeunes soldats, des conscrits de 1813, des € blancs-becs, t> mais qui ne rêvaient que de s'égaler aux grognards de la Grande Armée, a Ces braves enfants, disait le maréchal Ney, veulent de la gloire ; ils ne regardent ni à droite ni à gauche, mais toujours en avant, b L'Empereur allait bientôt rendre hommage à cette armée de conscrits : e Mes jeimes soldats, disait-il, le courage leur sort par tous les pores. »

L'armée française était massée sur la rive gauche de la Saale ; elle se mit an route dans la direction de l'Est, pour atteindre Leipzig, la grande position qui commande ie»

routes de cette partie de rAllemagne. La campagne allait commencer dîins cette région de champs de bataille que le génie de Gustave- Adolphe avait déjà illustrée à l'époque de la guerre de Trente Ans. Le corps de Ney, il était en tête, arriva, le l^' mai, à Weissenfels, au passage de la Saale ; là, il se heurta à l'avant-garde de l'armée russe de Wittgenstein. Le combat venait de s'engager, quand le prince de la Moskowa rencontra le maréchal Bessières, duc d'Istrie, commandant la cavalerie de la Garde : « Vois ! Si ta cavalerie était ici, quelle bonne besogne ! — Je viens de l'envoyer chercher. Elle va venir. » A ce moment, une batterie ennemie ouvre le feu. Un boulet atteint Bessières en pleine poitrine ; le duc d'Istrie roule à terre. « C'est notre sort, dit simplement le maréchal Ney. C'est une belle mort. »

Cette journée si disputée nous avait donné du moins le passage de la Saale; Napoléon avait opéré sa jonction avec l'armée du prince Eugène, qui était sur sa gauche et qui avait débouché de Mersebourg.

LUTZEN. viB> L'armée française s'avançait à présent dans la plaine, coupée de rivières et de canaiix, qui s'étend entre la Saale et l'Elster ; elle était arrivée, dans la journée du 2 mai 1813, à la ville de Lutzen, célèbre par la victoire et la mort de Gustave- Adolphe ; elle y fut brusquement ïissaillie sur sa droite, du côté du Sud, par l'armée de Wittgenstein. L'Empereur dut improviser sur l'heure un plan de bataille ; il se porta au secours du corps de Ney, qui supportéiit presque tout l'effort de l'ennemi. De midi à cinq heures, autour du village de Kaja, au Sud-Est de Lutzen, la bataille fut d'une extrême violence ; Kaja fut pris et repris tour à tour, mais Ney et Marmont résistaient toujours. Enfin l'armée du prince Eugène entra en ligne sur notre gauche. Ce qui décida surtout de la victoire, ce fut une offensive foudroyante de seize bataillons de la Jeune Garde que Mortier conduisit une fois encore sur Kaja, tandis que quatre-vingts canons, sous les ordres de Drouot, ouvraient im feu épouvantable. Russes et Allemands finirent par lâcher prise ; ils avaient vingt-cinq mille à trente mille hommes hors de combat; les Français en avaient environ dix mille. Faute d'ime cavalerie suffisante. Napoléon ne put faire poursuivre que pendant peu de temps l'ennemi qui battait en letraite ; sa victoire ne lui avait guère donné qu'un champ de bataille. Cependant on comprend la légitime fierté qu'il ressentait en pensant à ces jeunes troupes qui venaient de montrer les plus belles qualités de résistance et d'offensive contre un ennemi très supérieur en nombre, environ 85 000 contre 150 000 ; il leur rendit un solennel hommage : « Vous avez ajouté un nouveau lustre à la gloire de mes aigles ; vous avez montré tout ce dont est capable le sang français.... Vous avez bien mérité de l'Europe civilisée. Soldats, l'Italie, la France, l'Allemagne vous rendent des actions de grâces ! s

BAUTZEN. \^ La victoire de Lutzen permit à Napoléon d'occuper la partie centrale du royavmie de Saxe ; le 8 mai, il arrivait à Dresde et il descendait au palais royal où, un an plus tôt, il avait tenu la cour la plus brillante. Il ne songeait à présent qu'àatta-

LA CAMPAGNE D'ALLEMAGNE

quer de nouveau cette armée qu'il avait vaincue et chassée devant lui, mais qu'il n'avait pas détruite. Il fit rétablir le pont de l'Elbe, qui servit, le 11, au passage de ses troupes. Il avîiit appris que les ennemis s'étaient retranchés à Bautzen, sur les bords de la Sprée. Le 18 mai, il quittait Dresde, et il allait reconnaître en personne la position des Alliés.

La bataille de Bautzen se composa de deux journées, le 20 et le 21 mai. Napoléon avait imaginé de retenir d'abord l'ennemi devant lui, pour permettre à l'armée de Ney de le tourner du côté du Nord et de s'établir sur ses derrières ; les Alliés devaient être pris ainsi comme dans les deux mâchoires d'un étau. Ce plan ne réussit qu'en partie. Dans la journée du 20, les Français parvinrent à franchir la Sprée et à enlever Bautzen. Le 21, avec le corps de Ney, qui allait entrer en ligne. Napoléon disposait de cent soixante mille hommes contre cent mille. Oudinot et Macdonald furent chargés d'engager, du côté du Sud, à "Wurschen, une violente attaque sur la gauche de l'ennemi, pour détourner son attention de ce qui se passait sur sa droite. Pendant ce temps Ney franchissait la Sprée et débordait peu à peu l'armée russoprussienne ; mais il se laissa entraîner à des actions isolées. Les Alliés eurent conscience du grand danger qu'ils couraient ; ils abandonnèrent brusquement le champ de bataille, leur retraite prit les caractères d'une fuite désordonnée ; toutefois ils se retirèrent en Silésie avec la majeure partie de leurs forces.

Le 22 mai au matin, l'Empereur faisait poursuivre les arrière-gardes ; on occupa alors les hauteurs de Reichenbach. Dans ce combat, le grand maréchal du palais, Duroc, duc de Frioul, fut blessé à mort d'un coup de canon ; il agonisa pendant douze heures. Napoléon alla voir le mourant. Le Moniteur rapporte ainsi cet entretien suprême, a Le duc serra la main de l'Elmpereur et la porta à ses lèvres. « Toute « ma vie, lui dit-il, a été consacrée à votre service, et je ne la regrette que par l'utilité « dont elle pouvait vous être encore. — Duroc, il est une autre vie ; c'est là que vous « irez m'attendre, et que nous nous retrouverons im jour. — Oui, Sire ; mais ce sera a dans trente ans, quand vous aurez triomphé de vos ennemis et réalisé toutes les espéd rances de notre patrie. »

ARMISTICE DE PLESWITZ. v.^ Napoléon était arrivé jusque sur l'Oder ; la Saxe était reconquise. Il consentit cependant à accepter les ouvertures de l'Autriche. Le prince de Mettemich, qui était depuis 1809 ministre des Affaires étrangères de l'empereur François I^', jouait entre les Alliés et Napoléon un jeu équivoque, dans l'espoir d'être un jour l'arbitre de la paix. Il fit proposer à Napoléon de convoquer à Prague un congrès des puissances. L'Empereur y consentit, et il signa à cet effet, le 4 juin 1813, l'armistice de Pleswitz. Il avait sans doute le sentiment que la campagne du mois de mai ne lui avait donné, malgré tout, que des résultats imparfaits, qu'il avait lui-même besoin de faire reposer ses soldats et d'attendre des renforts.

Napoléon était allé s'établir à Dresde, à partir du 10 juin. Les Te Deum, les parades, les grands dîners, les soirées aux théâtres, les visites royales, occupèrent les

mois de juin et de juillet. L'Empereur écrivait le 18 juin à Cambacérès : « Personne n'est plus pacifique que moi. » Cependant la longue audience qu'il donna à Mettemich le 26 juin eut un caractère singulièrement belliqueux ; l'entretien dura huit heures. Mettemich l'a rapporté en détail dans ses Mémoires. Peu de documents permettent de connaître aussi bien, à ce moment tragique, les vrais sentiments de Napoléon et, d'une manière générale, son caractère.

NAPOLÉON ET METTERNICH A DRESDE. k0 En arrivant au palais de Dresde où logeait l'Empereur, Mettemich avait été frappé de l'impression d'inquiétude douloureuse qui se lisait sur les visages des généraux et des courtisans réunis dans les antichambres. Berthier, le prince de Neuchâtel, lui dit à voix basse : a N'oubliez pas que l'Europe a besoin de paix, la France surtout, elle qui ne veut que la paix. »

Le ministre autrichien fut introduit dans le cabinet de l'Empereur. Napoléon était debout, l'épée au côté, le chapeau sous le bras. Il s'avança vers son hôte ; avec un calme affecté, il lui demanda des nouvelles de la santé de François P'. Puis, tout à coup, ses traits s'assombrirent ; il se plaça devîmt Mettemich, et brusquement ;

« Ainsi, vous voulez la guerre ; c'est bien, vous l'aurez. J'ai anéanti l'armée prussienne à Lutzen, j'ai battu les Russes à Bautzen ; vous voulez avoir votre tour. Je vous donne rendez-vous à Vienne. Les hommes sont incorrigibles, les leçons de l'expérience sont perdues pour eux. Trois fois j'ai rétabli l'empereur François sur son trône ; je lui ai promis de rester en paix avec lui tant que je vivrais ; j'ai épousé sa fiUe ; je me disais alors : Tu fais une folie, mais elle est faite. Je la regrette aujourd'hui.

<t — La paix et la guerre sont entre les mains de Votre Majesté. Entre les aspirations de l'Europe et vos désirs, il y a un abîme. Le monde a besoin de la paix. Pour assurer cette paix, il faut que vous rentriez dans les limites qui sont compatibles avec le repos commun ou que vous succombiez dans la lutte. Aujourd'hui, vous pouvez encore conclure la paix ; demain il sera peut-être trop tard.

« — Eh bien ! qu'est-ce donc qu'on veut de moi ? s'écria Napoléon. Que je me déshonore ? Jamais. Je saurai moiirir, mais je ne céderai pas vm pouce de territoire. Vos souverains, nés sur le trône, peuvent se laisser battre vingt fois et rentrer toujours dans leurs capitales ; moi je ne le puis pas, parce que je suis un soldat parvenu. Ma domination ne survivra pas au jour où j'aurai cessé d'être fort, et, par conséquent, d'être craint.... Il y a quinze jours, je pouvais encore faire la paiz ; aujourd'hui, je ne le puis plus. J'ai gagné deux batailles : je ne ferai pas la paix. »

Mettemich dit à l'Empereur que son armée ne se composait que de jeunes troupes. « J'ai vu vos soldats, ce sont des enfants.... Et quand cette armée d'adolescents que vous appelez sous les armes aura disparu, que ferez-vous ?» A ces mots, Napoléon se laissa emporter pîir la colère ; il pâlit, ses traits se contractèrent. « Vous n'êtes pas soldat, dit-il rudement, et vous ne savez pas ce qui se passe dans l'âme d'un soldat. J'ai grandi sur les champs de bataille, et un homme comme moi se soucie peu de ia vie

LA CAMPAGNE D'ALLEMAGNE

BERNADOTTE, né à Pau en 1764, mort à Stockholm en 1844. — Engagé volontaire en 1781 ; général de division en 1794; maréchal d'Empire en 1804 ; prince de Pontecorvo, héritier présomptif de Suède en ISIO ; roi de Suède sous le nom de Charles XIV en 1818.

^(loll. i>e m. brouwet. \

Page 1