‹ NapoléonChapitre 78 sur 132 · STEIN(BARON DE · texte numérisé non relu

STEIN(BARON DE

— Ministre de Frédéric-Guillaume III de 1804 à janvier 1807, il reprit ses fonctions en octobre 1807 ; il travailla avec son collègue Scharnhorst à reconstituer l'armée prussienne. Napoléon obligea le roi à le congédier en octobre 1808.

PAR LUTZKNKIKCHEN. (BHtl.. N A I , , M sr A MVliS.)

SCHARNHORST, 1756-1813. — Lieutenant-colonel instructeur à l'Académie royale de Berlin ; blessé à Auerstaedt, directeur du département de la Guerre après Tilsit : congédié en 1810 sur l'ordre de Napoléon; blessé mortellement à Lutzen.

LA CAMPAGNE D'ALLEMAGNE

d'un million d'hommes, b Mettemich ajoute qu'il n'ose pas répéter ici l'expression bien plus crue dont se servit Napoléon.

En disant ou plutôt en criant ces mots, l'Empereur jeta dans un coin du salon le chapeau que jusqu'alors il avait tenu à la main. Il se mit à se promener de long en large avec Mettemich, puis il ramassa son chapeau. Il en vint à reparler de son mariage. t Oui, j'ai fait mxe bien grande sottise en épousant une archiduchesse d'Autriche. Tout me confirme dans l'opinion que j'ai commis là une faute impardonnable. En épousant une archiduchesse, j'ai voulu unir le présent et le passé, les préjugés gothiques et les Institutions de mon siècle ; je me suis trompé, et je sens aujourd'hui toute l'étendue de mon erreur. Cela me coûtera peut-être mon trône, mais j'ensevelirai le monde sous ses ruines. »

Pendant cet entretien, la nuit était venue. Personne n'avait osé entrer dans le cabinet ; le roi de Saxe, qui désirait voir l'Empereur, avait vainement attendu une heure et demie. Napoléon, redevenu calme et doux, finit par congédier son hôte : « Nous nous reverrons, je l'espère. — A vos ordres, Sire, répondit Mettemich ; mais je n'ai pas l'espoir d'atteindre le but de ma mission. — Eh bien ! reprit Napoléon en le frappant sur l'épaule, savez-vous ce qui arrivera? Vous ne me ferez pats la guerre. — Vous êtes perdu, Sire, s'écria vivement Mettemich. J'en avais le pressentiment en venant ici ; maintenant que je m'en vais, j'en ai la certitude. *

En sortant, le ministre de François I®' fut reconduit par Berthicr, qui lui demanda s'il avait été content de l'Empereiir. « Oui, il m'a donné tous les éclaircissements désirables ; c'en est fait de lui. )

CONGRÈS DE PRAGUE, v^ Le congrès, auquel Napoléon avait promis de prendre part, ne s'ouvrit qu'à la fin du mois de juillet à Prague, capitale de la Bohême. C'était, de la part des ennemis de la France, un simple moyen de gagner du temps et de nouer les derniers liens d'une gigantesque coalition ; car, dès le 27 juin, dès le lendemain de la fameuse audience de Mettemich, l'Autriche s'était rapprochée en secret de la Russie et de la Pmsse par le traité de Reichenbach. Peu après arrivèrent d'Espagne des nouvelles, qui étaient désastreuses pour les Français : Wellington, le 21 juin, avait écrasé à Vitoria, au nord de l'Èbre, la dernière armée de Joseph ; les avant-gardes anglaises allaient déboucher sur la Bidassoa.

Le 7 août. Napoléon eut connaissance des conditions du congrès. On lui demandait de rédviire la France à ses frontières naturelles du Rhin et des Alpes, tout en conservant ses territoires italiens; c'était, en somme, la situation de l'année 1802. Mais les Alliés s'étaient entendus pour ne pas laisser à Napoléon le temps matériel de discuter leurs propositions. Quand la réponse de l'Emperexir arriva à Prague, le 11 août, avec un contre-projet sur lequel les négociations devaient s'engager, on apprit que depuis la veille, à minuit, le congrès s'était dissous, et que l'Autriche, jetant le masque, adhérait ouvertement à la coalition.

LES ARMÉES DE LA COALITION, v^ Pour cette nouveUe campagne d'Allemagne qui commençait, les coalisés disposaient de trois grandes armées : au Sud, l'armée austro-nisse, qui s'organisait en Bohême avec 230 000 hommes, sous les ordres de Schwarzenberg ; au centre, l'armée prussienne, massée en SUésie, avec 110000 hommes, que commandait Blûcher; au Nord, l'armée dite du Nord, composée de 110000 hommes, Suédois, Russes, Prussiens, dont le prince royal de Suède avait le commandement.

Ce prince royal était un Français, maréchal d'Empire, prince de Pontecorvo, qui avait quitté son nom de Bernadotte pour se faire appeler Charles-Jean, comme héritier présomptif du roi de Suède Charles XIII. Il avait accepté ce titre en 1810 des États de Suède, avec le consentement de Napoléon ; mais bien vite, soit par sympathie pour sa nouvelle patrie, soit surtout par jalousie et par haine de Napoléon, U avait oublié qu'il était Français. « Bonaparte, disait-il, est un coquin, il faut le tuer ; tant qu'il vivra, il sera le fléau du monde. Il ne faut plus d'empereur ; ce titre n'est pas français. Il faut à la France un roi soldat. La race des Bourbons est ime race usée, qui ne remontera jamais sur l'eau. Quel est l'homme qui convient mieux que moi aux Français? » Un lieutenant de Davout, témoin de la conduite équivoque de Bernadotte à la journée d'Auerstaedt, quand il était resté inactif entre l'Empereur et Davout, n'avait pas attendu qu'il prit les armes contre Napoléon et contre sa patrie pour l'appeler : a Cette canaille de Pontecorvo. »

DRESDE, v^ Napoléon avait passé à Mayence la fin du mois de juillet 1813 ; de retour à Dresde le 4 août, il y avait établi son quartier général. Il avait fait venir des troupes nouvelles, qui portaient l'ensemble de ses forces à environ 330 000 hommes ; il avait amassé dans la capitale de la Saxe d'énormes quantités de vivres et de matériel, assez, disait-il, pour livrer quatre batailles comme la bataille de Wagram. Mais il sentait que ses lieutenants manquaient de l'esprit d'initiative et de la solidité qui en avaient fait pendant longtemps une phalange invincible. « En général, écrivaitil le 22 août, ce qu'il y a de fâcheux dans la position des choses, c'est le peu de confiance qu'ont les généraux en eux-mêmes. Les forces de l'ennemi leur paraissent considérables partout où je ne suis pas. »

L'im des objectifs de la campagne qui commençait était d'occuper Berhn, de balayer tout le cours inférieur de l'Elbe, d'obliger les Suédois à se rembarquer et de rejeter l'ennemi au delà de l'Oder. Oudinot devait faire cette opération avec 70 000 hommes ; Davout, qui était à Hambourg avec 40 000 hommes, devait y participer. Il fallait aussi ne pas perdre de vue les forces qui se rassemblaient en face des Français dans la Silésie et au Sud des Français en Bohême.

Napoléon prit le parti de marcher d'abord contre l'armée de Silésie. Sorti de Dresde le 15 août, il se porta sur Bautzen, puis plus à l'Est, sur Gœrlitz ; il pensait alors à pénétrer en Bohême, où il croyait trouver ime partie de l'armée d'Alexandre.

LA CAMPAGNE D'ALLEMAGNE

« Je vais tâcher, disait-il, d'étriller les Russes et les empêcher d'aller à Prague. > Mais il apprit à ce moment que le maréchal Gouvion Saint-Cyr, qu'il avait laissé à Dresde avec une partie de l'armée, était dans une situation très critique ; l'armée de Schwarzenberg menaçait d'enlever la capitale de la Saxe. Il revint aussitôt sur ses pas ; la Vieille Garde, qui avait pris part à ces opérations, venait de faire quarante lieues en quatre jours. Napoléon était de retour à Dresde le 26 août, vers dix heures du matin. Il fit rapidement la reconnaissance des positions de l'ennemi et posta divers corps d'année aux endroits les plus menacés. A trois heures, Schwarzenberg donna l'ordre de marcher sur les portes de la ville. A ce moment les colonnes de la Vieille Garde débouchaient et balayaient tout devant elle. « L'Empereur est dans Dresde ! » s'écrient avec terreur les Autrichiens, qui se replient dans le plus grand désordre.

Le lendemain 27 août, ce fut la seconde journée de la bataille de Dresde. L'Empereur, qui avait près de cent mille hommes, déploya son armée en avant de la ville. Un épisode décisif de la journée fut dû à une charge de la cavalerie de Murât. Le roi de Naples, pénétrant par le ravin de Plauen dans l'armée ennemie, la coupa en deux tronçons. Vers trois heures, Schwarzenberg donnait l'ordre de battre rapidement en retraite. Ces deux journées lui avaient coûté environ vingt mille morts ou blessés et un nombre au moins égal de prisonniers.

Moreau, l'ancien vainqueur de Hohenlinden, avait assisté à cette bataille dans les rangs des coalisés. Retiré aux États-Unis depuis 1804, après le procès dont il avait été victime, il avait eu la faiblesse criminelle de céder à l'appel d'Alexandre, qui voulait employer ses talents militaires contre la France. Le tsar l'avait attaché à sa personne, avec la dignité de feld-maréchal. A ce titre, Moreau avait suivi les opérations du 26 et du 27 août. A la première journée de la bataille de Dresde, il avait critiqué très vivement les mouvements de Schwarzenberg. « Eh ! sacrebleu, monsieur, lui dit-il, je ne suis plus étonné si, depuis dix-sept ans, vous êtes toujours battu. » A la seconde journée il fut blessé morteilement par un boulet, quand U était aux côtés d'Alexandre ; il expira le 2 septembre à Lahn (Bohême). Napoléon fit son oraison funèbre en lui donnant le nom de « nouveau Coriolan. i

DÉFAITES DES GÉNÉRAUX FRANÇAIS, v^ L'Empereur comptait poursuivre les conséquences de la victoire de Dresde. Le 28 août il était arrivé à Pima et il avait refoulé vers la Bohême les arrière-gardes de Wittgenstein ; mais ime grave indisposition l'obligea tout à coup à s'arrêter et à rentrer à Dresde.

En vue de harceler l'armée de Bohême, Napoléon avait envoyé à l'avance dans la région des Monts Métalliques une armée d'une vingtaine de mille hommes, que commandait Vandamme; général de grand mérite, il avait commandé avec éclat le IX® corps dans les campagnes de 1806-1807. S'étant engagé, sur les ordres de l'Empereur, dans les défilés des monts de Bohême, il se trouva tout à coup dans une situation périlleuse. Arrêté à Tœplitz par des forces supérieures, il revint sur ses pas jusqu'à Kulm, par

des cheioixitâ de mouiagne de comxaamcation malaisée. Là un corps prussien lui barra la route. L'un de ses lieutenants, le général Corbineau, put s'ouvrir une trouée avec une partie des troupes ; mais lui-même fut obligé de se rendre avec la moitié de son armée et une trentaine de canons. Cette malheureuse capitiilation de Vandamme à Kulm, le 30 août, détruisait en partie les avantages de la victoire de Dresde.

Lorsque Napoléon s'était rejeté brusquement sur Dresde pour venir au secotirs de Gouvion Saint-Cyr, il avait chargé le maréchal Macdonald, duc de Tarente, de continuer à se porter dans la Silésie, avec la mission de tenir en échec l'armée de Blûcher. Le maréchal s'était avancé ainsi jusque sur les bords de la Katzbach, petit affluent de gauche de l'Oder; il avait fait prendre à son armée un front trop large; les mouvements, qui étaient déjà très difficiles, furent contrariés par une succession d'orages. Dans ces conditions, Blûcher dessina ime offensive vigoureuse. Deux jours de combats très violents, livrés le 26 et le 27 août, en même temps que la bataille de Dresde, amenèrent la retraite désordonnée de l'armée française, qui perdit dix mille hommes et ime centaine de canons. Blûcher venait de commencer au fond de la Silésie l'offensive qui devait, au bout de sept mois, le conduire jusque sous les murs de Paris.

On se rappelle qu'après la rupture du congrès de Prague, le maréchal Oudinot, duc de Reggio, avait été chargé de marcher sur Berlin ; il devait être secondé par le corps d'armée de Davout, venu de Hambourg. Oudinot arriva jusqu'à quelques lieues au Sud de la capitale du Brandebourg, en présence de l'armée de Bemadotte. Une bataille s'engagea à Gross-Beeren, le 23 août. Les contingents bavarois et saxons qui étaient dans l'armée française lâchèrent pied presque tout de suite. Oudinot, vaincu, se mit en retraite sur Wittenberg ; il avait renoncé à s'ouvrir l'accès de Berlin.

La retraite du duc de Reggio avait amené par contre-coup la retraite de Davout ; le prince d'Eckmûhl se replia peu à peu vers Hambourg. Enfermé plus tard dans cette place, il y soutint, contre l'armée russe de Bennigsen, un siège mémorable, qui ne prit fin qu'en mai 1814, après la chute de Napoléon.

Le maréchal Ney avait remplacé le maréchal Oudinot ; il ne fut pas plus heureux que son prédécesseur. A Dennewitz, sur la rive droite de l'Elbe, le 6 septembre, il livra un nouveau combat à Bemadotte. Les Saxons de l'armée française se débandèrent au cri de : « Sauve qui peut ! n Ney dut battre en retraite et se replier sur l'Elbe en amont, dans la direction de Torgau.

LEIPZIG, v^ Ainsi, en l'espace d'ime quinzaine de jours, malgré le grand succès de la bataille de Dresde, Napoléon voyait la triple offensive des coalisés se rapprocher de la capitale de la Saxe. Le 7 octobre, il quittait Dresde ; il assignait Leipzig comme heu de concentration à ses diverses armées ; il y arriva lui-même, avec la Garde, le 14 octobre. Il venait d'apprendre le même jour la défection de la Bavière, qui menaçait de lui couper les routes du retour en France. Une grande victoire était nécessaire.

La bataille de Leipzig, le 16, le 17 et le 18 octobre 1813, a été appelée par les

LA CAMPAGNE D ALLEMAGNE

BATAILLE DE DRESDE, 26-27 août 1813. —Le 26, Varmée des coalisés est arrêtée devant Dresde. Le 27, Napoléon prend l'offensive : la cavalerie de Mural achève la Victoire. — On aperçoit Moreau, qui fut blessé mortellement, le 27, auprès d'Alexandre I'^'. (dibl. nat., estampes.)

BATAILLE DE LEIPZIG ou bataille des Nations, 16-17-18 octobre 1813. — Le 16, Napoléon arrive à conserver la position de Wachau. Le 17, il ne peut empêcher la jonction de Bennigsen et de Bernadotte. Le 18, après la défection des Saxons, il ordonne la retraite. (bibl. xai , estampes.)

NAPOLÉON. — L'auteur de ce beau portrait (élève de David et son collaborateur) s'est efforcé de rendre la physionomie méditative et assombrie de l'Empereur en cette année 1813, où son génie militaire ne put remporter que des victoires •.< à la Pyrrhus >< ( Weissenfels, Lutzen, Bautzen, Dresde) et ne sut pas empêcher le desastre de Leipzig. par g. rouget, (coll. m»' roi cet.) cl. h.^chettt.

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BERTHIER {PIERRE-ALEXANDRE), 1753-1815. — Colonel après la guerre d'Amérique; général de division et chef d'état-major de Bonaparte en 1796 ; major-général de la Grande Armée jusqu'en 1814 ; maréchal, grand veneur, prince de Neuchàtel et de Valengin, prince de Wagram. Rallié à la Restauration, il se retira à Bamberg (Bavière) pendant les Cent Jours; il y eut une fin tragique, le l*"^ juin 1815. pastel de boze. (coll. r»" de la tour d'auvebgne.)

SCHWARZENBERG (PRINCE DE), 1771- 1820. — Commandant en chef des armées de la coalition en 1813-1814. par wachsmann. ib. n., estJ

BLUCHER, 1742-1819. — Feld-maréchal après la bataille de Leipzig; surnommé « Marschall Vorwarfs ». par frank. (b. n., est.»

AUTZEN, 20-21 mai 1813. — Après la seconde Journée, Napoléon s'établit dans l'auberge de Kleïn-Purschwitz, où avait été le quartier général d' Alexandre 7". lith. de baffet. (dibl. nm , est.)

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Allemands la bataille des Nations, Vôlkerschlacht . On peut dire, en effet, que tous les peuples de l'Europe s'y trouvaient représentés. Il y avait même dans l'armée russe des Bachkirs, venus de l'Oural ; leur visage aplati, leur nez retroussé, leurs yeux bridés leur donnaient un aspect sauvage ; nos soldats les appelaient par ironie les Amours, parce qu'ils avaient pour armes un carquois et des flèches.

Dans la journée du 15 octobre, Napoléon fit avec le roi de Naples une reconnaissance personnelle de la campagne de Leipzig ; trois rivières marécageuses, l'Elster, la Pleisse et la Partha, la découpent en une série de secteurs. II disposa la majeure partie de son armée, environ 120000 hommes, au Sud-Est de Leipzig, dans la région de Wachau et de Liebertwolkwitz ; il espérait se débarrasser ainsi de l'armée de Schwarzenberg, qui était la plus exposée à ses coups.

Le 16 octobre vit la première journée de la bataille ; ce fut, à proprement parler, la bataille de Wachau. Les habitants de Leipzig avaient remarqué la mine sombre de l'Empereur, son air renfermé, une sorte de fixité maladive dans son regard, quand le matin il avait traversé leur ville à cheval. Sorti de Leipzig, il était allé s'établir en plein champ ; il avait fait apporter une petite table et une chaise ; un brasier avait été allumé, car le temps était froid et rude par cette journée d'automne. Une lorgnette à la main, il fouillait la plaine qui s'étendait devant lui ; puis son œil déchiffrait une petite carte, qu'il avait fait clouer sur la table. Tout à coup, vers le Sud-Est, le canon retentit. Alors c'est un autre homme ; son visage s'éclaire, il parle, il s'anime. Il consulte encore la carte, puis il marche précipitamment de long en large. Le prince deNeuchâtel restait comme collé à sa personne. Des officiers d'état-major accouraient de tous les côtés. L'Empereur prenait leurs papiers, les parcourait en un clin d'œil, dictait un ordre ; Berthier, le chef d'état-major impeccable, était chargé d'interpréter et de développer ces ordres, qm étaient rcimassés en quelques formules concises.

La bataille s'était engagée dans la matinée par une attaque de l'armée de Schwarzenberg. Lauriston, Poniatowski, Victor avaient eu à soutenir de violents assauts ; des positions fxirent perdues et reprises cinq ou six fois. Vers midi, Macdonald, débouchant à Holzhausen sur notre gauche, amena un fléchissement sensible de l'ennemi. L'Empereur saisit ce moment ; il lança Oudinot et Mortier avec quatre divisions de la jeune Garde, et il fit avancer, sous les ordres de Drouot, une batterie de cent cinquante pièces. L'ennemi abandonna vers trois heures le champ de bataille, que Murât balaya par des charges répétées. Cependant la conquête du terrain fut à peu près tout le résultat de la journée. Le corps de Marmont, fort de vingt mille hommes, siir lequel Napoléon comptait pour l'action décisive, avait été retenu à 2*I6ckem, au Nord-Ouest de Leipzig, pîir des attaques de l'armée de Silésie.

Le soir de cette première bataille, le danger était écarté pour les Français ; il n'était pas conjuré. Le lendemain, 17 octobre, la situation devenait très grave. Une armée russe, avec Bennigsen, se joignait à l'année de Bohême ; l'armée du Nord, sous les ordres de Bernadotte, entrait en ligne. Les coalisés allaient disposer de trois cent mille

hommes; au Nord, à l'Est, au Sud, ils barraient toutes les routes. Leipzig allait-il devenir une gigantesque souricière? Napoléon hésita; il eut l'idée de demander un armistice, puis il fit replier ses troupes autour de Leipzig, presque dans les faubourgs, à une distance de deux à trois kilomètres. Des manœuvres avaient surtout marqué cette deuxième journée.

La troisième journée, 18 octobre, s'ouvrit soixs de fâcheux auspices ; l'Empereur avait souffert toute la nuit précédente de violents accès de fièvre. Cependant, de bonne heure, il parcourait à cheval les rues de Leipzig ; Murât et Poniatowski, qui étaient à ses côtés, portaient de brillants uniformes ; lui-même était vêtu d'un méchant manteau, tout maciilé de boue. Il inspecta les portes de la ville, il rendit visite au roi de Saxe pendant une demi-heure ; il parlciit beaucoup ; ses gestes étaient rapides et saccadés. Vers deux heures, les ennemis dessinèrent une attaque générale contre la position de Probstheida, au Sud-E^t et presque aux portes de Leipzig. La Garde fit encore des prodiges ; mais une trahison vint tout perdre ; le corps entier des Saxons passa à l'ennemi et déchargea sur nos troupes ses canons chargés de boulets français. Ney et Marmont durent se replier dans Leipzig, en faisant une énergique résistance.

L'armée française ne pouvait pas prolonger cette attitude défensive, à laquelle elle avait été réduite dans la journée du 18 ; ses parcs de munitions étaient presque épiilsés. La retraite était l'unique chance de salut. Malheureusement, rien n'avait été prévu à cet égard ; un pont, un seul, le pont de Lindenau sur l'Elster, à l'Ouest de Leipzig, devait servir au passage de l'armée tout entière. La retraite avait commencé dans la nuit du 18 au 19. Napoléon franchit lui-même le pont de Lindenau dans la matinée du 19. On devine la lenteur et le désordre de cette opération, alors que l'ennemi se ruait de toutes parts aux portes de la ville. Comment ne pas se rappeler les heures tragiques de la Bérézina ? Le désastre allait être encore plus affreux. Lauriston, Macdouald, Poniatowski tenaient à l'intérieur de Leipzig avec une énergie sauvage. Deux heures de plus, et l 'arrière-garde était sauvée. Un ordre mal compris fit sauter le pont; il y avait encore dans Leipzig trente mille hommes et cent cinquante canons. Ce fut une affreuse cohue ; les ims se font tuer, les autres se jettent à l'eau. Macdonald passa l'Elster à la nage, tout nu. Poniatowski, que Napoléon avait nommé la veille même maréchal d'Empire, pour la manière admirable dont il avait commandé le Ville corps dans la journée du 16 octobre, se lança dans l'eau avec son cheval : il fut noyé. Vingt mille Français furent faits prisonniers ; environ douze mille furent massacrés à l'intérieur de Leipzig.

La bataille des Nations, dans son ensemble, avait coûté à la France environ cinquante mille hommes mis hors de combat ; elle était en Allemagne l'effondrement douloureux et définitif du colosse napoléonien. Mais l'Empereur se refusait à le voir. Neuf jours plus tard, le 27 octobre, près de Schltichtem, quand il était en pleine retraite, à une délégation des troupes polonaises, il disait : « Je crois que, malgré les désastres qui ont eu lieu, je suis encore le monarque le plus puissant de l'Europe ; les choses peuvent prendre une autre face. »

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LA RETRAITE SUR LE RHIN, v^ Les débris de l'armée française Dattirent en retraite par Lutzea, par "Weisseafels, par Erfurt, où Napoléon logea dans le même appartement qu'en 1808, par Gotha, par la forêt de Thurlnge, par Fulda. Les Français allaient arriver sur les bords du Main, quand ils rencontrèrent à Hanau l'armée austro-bavaroise, en travers de leur route ; elle était sous les ordres de Wrède, qui avait commandé le corps bavarois dans la campagne de Russie. « J'ai bien pu le faire comte, disait de lui Napoléon ; mais je n'ai pu en faire un général. » L'Empereur attaqua l'armée bavîiroise avec une véritable fureur. Son artillerie fit une trouée profonde, et il passa. Ce combat de Hanau, du 30 octobre, permit à l'armée de continuer sa retraite. Napoléon quitta l'armée le lendemain de cette victoire. Il traversa en toute hâte Francfort, Mayence, Metz, Verdun ; Il arriva à Saint-Cloud dans la soirée du 9 novembre. La trahison du roi de Bavière lui avait inspiré une colère impitoyable. « Il faut, disait-il, que Munich soit brûlé ; Munich sera brûlé, i^

La pauvre Grande Armée ne comptait plus que 70 000 combattants et environ 40 000 traînards ; elle arriva siir les bords du Rhin dans un dénuement épouvantable . Accablés par les marches forcées, par les privations de tout genre, ces héros des grandes guerres étaient 4 réduits à ime sorte d'abrutissement par l'excès de la misère. » Leurs maux, les maux de la patrie n'étaient pas finis : l'invasion de la France allait commencer.

LES NOTIFICATIONS DE FRANCFORT, v^ Même après la campagne de Russie, même après la campagne d'Allemagne, même après des désastres comme la Bérézina et Leipzig, le nom de Napoléon était encore si formidable que les armées ennemies ne passèrent le Rhin qu'avec terreur. Les Alliés parlaient de traiter, en laissant à Napoléon ime France réduite sans doute, mais bien belle encore, la France du traité de Lunéville.

Mettemich, qui était comme le premier ministre de la coalition, se servit de Saint- Aignan, ministre de France à Weimar et beau-frère de Caulaincourt, pour faire connaître à Napoléon la pensée des coalisés : ce sont les Notifications de Francfort, en date du 9 novembre 1813. La France conservait ses limites naturelles, les Pyrénées, les Alpes et le Rhin. C'était un hommage rendu à la suprématie du génie de Napoléon ; mais il faut ajouter que les Alliés s'arrangèrent, à Francfort comme à Prague, pour empêcher le succès de leurs propositions.

Saint-Aignan était arrivé à Paris le 14 novembre. Dès le surlendemain, Maret, duc de Bassano, ministre des Relations extérieures, répondait que l'Emperetir acceptait l'idée d'tm congrès général : le duc de Vicence Caulaincourt, muni de pleins pouvoirs, allait se rendre à Mannheim. Le 24 novembre, Mettemich demandait que l'Empereur se prononçât, avant tout, sur les « bases générales et sommaires » des Notifications de Francfort. Caulaincourt, qui venait de remplacer Maret aux Relations extérieures, répondait, le 2 décembre, que l'Empereur adhérait aux « bases générales et

sommaires. î Mais, dans l'intervalle, le 1^' décembre, les Alliés avaient adressé un manifeste aux Français : « Les puissances alliées ne font point la guerre à la France, mais à cette prépondérance que, pour le malheur de l'Europe et de la France, l'Empereur Napoléon a trop longtemps exercée hors des limites de son Empire. » Tout en parlant de paix, elles déclaraient qu'elles ne poseraient pas les armes avant d'avoir « préservé leurs peuples des calamités sans nombre qui, depuis vingt ans, ont pesé sur l'Europe. >

CONVOCATION DU CORPS LÉGISLATIF, v.^ C'était la guerre; il fallait des hooames et de l'argent. Or, le besoin de la paix était immense dans le pays, car la France était épuisée; il semblait qu'elle était vide d'hommes. Que de centaines de milliers de soldats étaient tombés, depuis deux ans, sur les champs de bataille et sur les routes de Russie et d'Allemagne !

L'Empereur avait entassé aux Tuileries, dans les caves et les galeries du pavillon de Marsan, un immense trésor de guerre ; il y puisa trente millions. Mais ce qu'il fallait avant tout, c'était provoquer un puissant mouvement d'opinion nationale. A cet effet, il convoqua le Corps législatif ; l'ouverture s'en fit d'une manière solennelle le 19 décembre. Napoléon y lut im discoiirs :

« D'éclatantes victoires ont illxistré les armes françaises dans cette campagne. Des défections sans exemple ont rendu ces victoires inutiles. Tout a tourné contre nous. La France même serait en danger sans l'énergie et l'union des Français. Dans ces grandes circonstances, ma première pensée a été de vous appeler près de moi. Mon cœur a besoin de la présence et de l'affection de mes sujets. Je n'ai jamais été séduit par la prospérité. L'adversité me trouverait au-dessus de ses atteintes.... J'avais conçu et exécuté de grands desseins pour la prospérité du monde. Monarque et père, je sens ce que la paix ajoute à la sécurité des trônes et à celle des fîmiilles.... Mes peuples ne peuvent pas craindre que la politique de leur Empereur trahisse jamais la gloire nationzde. De mon côté, j'ai la confiance que les Français seront constamment dignes d'eux et de moi. >

Deux commissions furent nommées par le Sénat et le Corps législatif, pour prendre connaissance des dociiments qui se rapportaient aux négociations entamées avec les Alliés. La commission du Corps législatif avait pour président Laîné, qui devait être l'im des hommes d'État les plus remarquables de la Restauration. Dans son rapport, Laine osa dire ceci :

a. Il parait indispensable à votre commission qu'en même temps que le gouvernement proposera les mesures les plus promptes pour la sûreté de l'État, Sa Majesté soit suppliée de maintenir l'entière et constante exécution des lois qui garantissent aux Français les droits de la liberté, de la sûreté, de la propriété, et à la nation le libre exercice de ses droits politiques. Cette garantie a paru à votre commission le plus efficace moyen de rendre aux Français l'énergie nécessaire à leur propre défense. »

LA CAMPAGNE D'ALLEMAGNE

OBJETS AYANT SERVI A L'USAGE DE NAPOLÉON. — De la collection Bernard Franck: pistolet, paire d éperons, montre de campag/ie (cadran et boîtier). — Du Musée de l'Armée: pistolet damasquiné, chapeau avec la cocarde, lit de campagne démontable, avec un oreiller, une toile de couchage et une garniture de rideaux verts.

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