Terme de jurisprudence qui équivaut à : réclamer
2. A Mme Hanska, à "Wierzehownia (Ukraine) ; Ajaccio, 26 mars 1838. — H. de Balzac, Lettres à l'Etrangère...; tome Ier, p. 467-468.
Embarqué le 6 fructidor an VII, à Alexandrie, sur la frégate La Muiron, il toucha, le 9 vendémiaire an VIII, à Ajaccio1. « A peine avions-nous jeté l'ancre, dit un des soldats qui l'accompagnaient, que déjà une foule d'embarcations chargées d'habitants entouraient nos frégates. L'air retentissait des cris de « Vive Bonaparte ! » La municipalité, en costume, vint à la poupe, et fit, ainsi que tous les citoyens, éclater sa joie en reconnaissant le général... Bientôt la foule qui entourait les frégates voulut monter à bord. On lui représenta vainement que nous étions en quarantaine, et que jamais bâtiment venant du Levant n'en avait été exempté. « Il n'y a pas de quarantaine pour Bonaparte, pour le sauveur de la France! » s'écrièrent-ils tous. La municipalité elle-même joignit ses instances à celles du peuple, et le général se laissa mettre à terre et se rendit dans sa maison paternelle, qu'il habita pendant le temps de sa relâche à Ajaccio-. » Bonaparte ne se cacha donc point dans les montagnes. Ajaccio, au contraire, lui prodigua fêtes et acclamations. Bourrienne, son secrétaire, raconte : « Sans cesse il était accablé de visites, de félicitations, de demandes; la ville était tout en mouvement; tout
1. Albert Schuermans, Itinéraire général de Napoléon leT; préface par Henry Houssaye; Paris, 1908, in-8, p. 86-87.
2. Noie sur le départ du général Bonaparte de l Egypte et sur sa traversée jusqu'à Fréjus fournie par le général Eugène Merlin. — A. V. Arnault, Souvenirs d'un sexagénaire ; nouvelle édition, avec une préface et des notes par Auguste Dietiiclr. Paris, s. d., in-18, tome IV, p. 122-423.
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le monde voulait être son cousin; et au nombre prodigieux de prétendus filleuls qui venaient complimenter leur parrain, on eût dit que Bonaparte avait tenu le quart des enfants d'Ajaccio sur les fonts de baptême1. » Bien loin, donc, de rectilier des erreurs, peu s'en fallut que Balzac y ajoutât. Témoin oculaire,, il est plus digne de foi et mérite d'être écouté, comme au jour où, à Mme Hanska,. il trace un fiévreux et rapide croquis du retour des cendres de l'Empereur à Paris :
Hier, 15, cent mille personnes dans les Champs-Elysées. Chose qui ferait croire à des intentions dans les effets naturels, au moment où le corps de Napoléon est entré aux Invalides, il s"est formé un arc-en-ciel au-dessus des Invalides. Victor Hugo a fait un poème sublime, une ode sur le retour de l'Empereur2. Depuis le Havre jusqu'au Pecq toutes les rives de la Seine étaient noires de monde, et toutes ces populations se sont agenouillées quand ce bateau passait. C'est plus grand que les triomphes romains. Il est recônnaissable dans son tombeau : la chair est blanche; la main est parlante. Il est l'homme des prestiges jusqu'au bout et Paris, la ville des miracles. En cinq jours on a l'ait cent vingt statues, dont sept ou huit superbes, cent colonnes triomphales, des urnes de vingt pieds de haut et des tribunes pour cent mille personnes. Les Invalides étaient tendus en velours violet parsemé d'abeilles. Mon tapissier me disait ce mot pour
1. Mémoires de M. de Bourricnne, minisire d'Etal, sur Xapoléon, le Directoire, le Consulat, l'Empire et la Restauration; Paris, MDCCCXXIX, in-N, tome III. p. 11.
2. Victor Hugo. Le retour de V Empereur ; Paris, 1810, in-8. — La pièce figure, depuis, dans La légende des siècles.
NAPOLEON DANS L ŒUVRE DE IiALZAC
expliquer la chose : « Monsieur, dans ces cas-là, tout le monde est tapissier1 ».
Mais ce ne sont là que des traits ravis à sa vie secrète, des indications empruntées à ce qui! ne pensait point être quelque jour du domaine de la curiosité publique. On peut donc accuser cette partie de son témoignage de ferveur napoléonienne. Il n'en est pas de même pour ce qu'il a livré à la publicité, volontairement, sciemment, pour la Comédie Humaine dans Favant-propos de laquelle il place le nom de Napoléon comme la pierre angulaire de son œuvre, où il cite un mot de lui, — authentique ou apocryphe, peu importe : — « Pour les rois, pour les hommes d'Etat, il y a, comme l'a dit Napoléon, une petite et une grande morale. » L'effigie de l'Empereur transparaît au filigrane de chaque page «lans la Comédie Humaine. « Et à chaque page et à chaque ligne, c'est son nom2. » Parmi ceux des quatre mille personnages qui peuplent cette œuvre3 c'est celui qui éclate
1. A Mme Ilanska, à Wierzchownia (Ukraine); [Paris], 16 décembre 1840. — H. de Balzac, Lettres à l'Etrangère...; tome I, p. 549-550.
2. Frédéric Masson, Une mystification: Balzac et Napoléon, dans Petites histoires; Paris, 1910, in-18, b. 41.
3. Ce chiffre de quatre mille personnages est donné par Balzac lui-même dans une lettre qui a figuré au Catalogue d'une précieuse collection de lettres autographes comprenant des lettres adressées à Bachel par Béranger, Déj'azet, Marie Dorval, Dumas père et fils, Victor Hugo, Lamartine, Alfred
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comme un leit-motiv incessant. Tout est ramené à lui : sentiments et attitudes. C'est une confrontation sans relâche, un parallèle permanent et c'est toujours en faveur de Napoléon que penche la balance. Ainsi le baron Hulot, de La Cousine Bette, aime à se montrer dans une « tenue parlementaire et napoléonienne. » Crevel, le beau-père de Hulot fils, affectionne une posture qui, à son idée, le doit avantager. Cela consiste à « se croiser les bras comme Napoléon en mettant sa tète de trois quarts. » Quand il menace son gendre et sa fille de les déshériter « il se posait comme Napoléon sur sa colonne. » Jusqu'à Mme Marnefîe, la maîtresse de Hulot et de Crevel, qui, en certaines occasions, hoche la tête et se croise les bras à la Napoléon. Bartolomeo di Piombo, dans La Vendetta, a l'habitude de donner à son regard une fixité napoléonienne. Gaudissart, un beau soir, plaisante avec sa maîtresse Jenny Courand : « Il la regarda fixement, la main passée dans son gilet, la tête de trois quarts, dans une attitude napoléonienne. » Dans La Maison Nucingen on voit Godefroid de Beaudenard posséder un groom « qui se tenait audacieusement devant le cheval attelé au tilbury, les bras croisés comme Napoléon. » Pour les personnages d'une œuvre essentiellement royaliste, voilà bien des points de comparaison décon-
de Musset, George Sand, etc...; des lettres et morceaux de musique; vente du 18 décembre 1909; Paris, 1909, in-8, pièce
certants! Et que d'autres encore! Le mystérieux vieillard qui, dans La Peau de Chagrin, donne le talisman à Raphaël inspire cette émotion « que nous avons tous éprouvée devant Napoléon ou en présence de quelque grand homme hrillant de génie et revêtu de gloire. » Ce vieillard a, dans son extraordinaire échoppe, un portrait de Napoléon peint par Mme Jacotot sur un vase de Sèvres. Raphaël loge à l'Hôtel de Saint-Quentin tenu par une Mme Gaudin dont le mari fut pris par les cosaques au passage de la Bérésina, et que l'Empereur voulut échanger. Quand Raphaël veut jouer à la soirée du duc de Navareins, il vole à son père deux louis. « Leurs millésimes étaient effacés et la figure de Bonaparte y grimaçait. » A l'orgie, qui constitue une des parties essentielles de La Peau de Chagrin, il est souventes fois question de l'Empereur, et, certes bien plus qu'il ne conviendrait à ces convives si abominablement ivres. Un banquier y porte un toast à l'imbécilité du pouvoir qui donne aux malins tant de puissance sur les sots. A quoi un « officier de marine qui n'était jamais sorti de Brest » riposte en levant son verre à Napoléon « qui, tout au moins, nous a laissé de la gloire. » Un adepte des théories de Ballanche reprend, à ce repas, à son compte, la pensée exprimée par Balzac clans son article de 1832 Sur la situation du parti royaliste, à savoir que « Moïse, Scylla, Louis XI, Richelieu, Robespierre et Napoléon sont peut-être un même homme qui reparaît à travers les civilisations comme une comète
dans le ciel. « On y dit encore que « la République aboutit toujours à quelque Napoléon, » ce qui était, en 1830, prophétiser 1848. Raphaël ayant usé du fatal talisman se claquemure chez lui et son regard a ce désespoir qui se trouve chez « Napoléon déchu qui apprend à l'Elysée, en 1815, la faute stratégique commise par ses ennemis, qui demande Je commandement pour vingt-quatre heures et ne l'obtient pas. » L'introduction de la Physiologie du mariage s'ouvre par quelques réflexions de Napoléon au Conseil d'Etat, sur le mariage. « Ces paroles frappèrent vivement l'auteur de ce livre.» Il en cite deux. « L'adultère est une affaire de canapé, » et « La femme a une âme de dentelle. » Un mot cruel, en passant, sur Mme de Staël, « une virago, » qui « tenta grossièrement de s'unir à Napoléon. » Une pensée protonde : « Aujourd'hui nous inventons des règles pour des ouvrages et des ouvrages pour des règles. Mais à quoi ont servi les anciens principes de l'art militaire devant l'impétueux génie de Napoléon? Si donc aujourd'hui vous réduisez en système les enseignements donnés par ce grand capitaine, dont la tactique nouvelle a ruiné l'ancienne, quelle garantie avez- vous de l'avenir pour croire qu'il n'enfantera pas un autre Napoléon? » Autre maxime : « L'amour a ses grands hommes inconnus, comme la guerre a ses Napoléon. » Ce j^rand nom, Balzac, toujours sous sa hantise, ie mêle aux détails les plus banalement familiers. Le carnaval a, à Paris, rue Saint- Honoré, son Pandtmonium, et « dans Musard, son
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Napoléon. » [La Fausse maîtresse). Cela suit, dans le même volume, une pensée sur le Code : si les familles riches ont trop d'enfants elles risquent de se ruiner; si elles en manquent, de disparaître. « Singulier effet du Code civil, auquel Napoléon n'a pas songé. »
Dans La paix du ménage le baron de la Roche- Hugon dit au général Montcornet : « Je suis comme 1 Empereur, quand je fais des conquêtes, je les garde, » et Montcornet dit au comte de Soulanges, colonel dans l'artillerie de la Garde et favori de Napoléon : « Ce matin, l'Empereur a parlé de vous avec éloge et votre promotion au maréehalat n'est pas douteuse. » — « Le patron n'aime pas l'artillerie, » répond Soulanges. — « Oui, mais il adore la noblesse, et vous êtes un ci-devant, » riposte Montcornet. De Montcornet, devenu luimême maréchal, on fera plus tard, dans La Cousine Bette, une statue. Comme il est. le type du cavalier, à son aspect seul, on devait « concevoir toutes les victoires de l'Empereur. » Ce « chevalier Bayard de l'Empire » a une fille naturelle, Mme Marnelfe, dont l'immonde mari dit : « Ces gens de l'Empire se croient tous immortels comme leur Empereur. » Mme Marneffe, un soir où elle se pique de parler sculpture, imagine Samson dépouillé de ses cheveux par Dalila, les bras croisés, la tète rasée. « Napoléon à Sainte-Hélène, quoi ! » Maîtresse de Crevel, du baron Hulot et d'un Brésilien. ;iu milieu de ce triple amour elle reste « calme et l'esprit libre comme
le fut le général Bonaparte lorsqu'au siège de Mantoue, il eut à répondre à deux armées en voulant continuer le blocus de la place. » C'est pour fournir au luxe de Mme Marneffe, ce luxe « dont le programme est perdu depuis la chute de Napoléon, » que le baron Hulot envoie son oncle Fischer faire des opérations, au demeurant assez malpropres, en Algérie. « Je vous y mets, lui dit-il, comme Napoléon mettait un maréchal pauvre à la tête d'un royaume où l'on pouvait protéger secrètement la contrebande. » Mais Fischer échoue dans ses combinaisons et Hulot se trouve avoir,, par ses tripotages, volé l'Etat de 200.000 francs. Où les trouver pour les rembourser ? « O Napoléon, où es-tu ? » s'exlame-t-il douloureusement. Ainsi il déshonore son nom, celui de son frère, le lieutenant- général Hulot, commandant des grenadiers à pied de la Garde impériale, ancien maréchal, et dont Napoléon disait : « Ce brave Hulot est le plus entêté des républicains, mais il ne me trahira jamais, » qu'il créa comte de Forsheim après la campagne de 1809 et auquel il donna une paire de pistolets de la manufacture de Versailles dans une boîte portant : Donnée par l'Empereur Napoléon au général Hulot. Au baron Hulot déshonoré demeure l'amour de sa femme. Elle l'aime « comme Joséphine a fini par aimer Napoléon. » Elle le lui dit : « Je suis tout bonnement la Joséphine de mon Napoléon. »
La baronne Hulot avait été remarquée parlEmpereur. Elle en reçut une rivière en diamants, et, quel-
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quefois, de ce ton qui dénonce « l'homme capable de se venger de celui qui aurait triomphé là où il avait échoué, » il demandait : « Et la belle Madame Hulot, est-elle toujours sage ? » Le siège de cette vertu fut fait par le parfumeur Crevel. Il est vrai que Crevel se croyait quelque chose de Napoléon. Il aimait à parader en uniforme de garde national, et, ainsi attifé, il se croyait aussi militaire que l'Empereur. A la baronne Hulot il déclara qu'il n'était pas un père barbare, « un homme, selon le mot de Napoléon, carré de base comme de hauteur dans son avarice. » C'est dans La cousine Bette qu'on trouve encore ce leste petit portrait du duc d'Hérouville, croqué par sa maîtresse Josépha : « C'est un duc de la haute école. C'est noble, c'est distingué, c'est grand comme Louis XIV et comme Napoléon mis l'un sur l'autre, quoique nain. » Et, de roman en roman, d'épisode en épisode, de scène en scène, les personnages de la Comédie humaine ne cessent d'avoir le nom de l'Empereur à la bouche. Roger de Granville, qui, dans Une double famille, rêve d'être appelé à « ce parquet où Napoléon choisissait les hauts fonctionnaires de son Empire, » emmène Caroline Crochard, sa maîtresse, faire une promenade d'amour, à Saint- Leu, dans cette vallée « dont le chalet reçut plus d'une fois la reine Hortense et Napoléon, » et Caroline s'assied « avec un saint respect sur le banc de bois moussu où s'étaient reposés des rois, des princesses et l'Empereur. » Ce qui fait soupirer à Mme Crochard mère, dont le mari a été décoré par « l'autre, » le
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« petit caporal, » croix qu'elle porte suspendue à son cou par une faveur noire : « Quand on pense, monsieur Roger, que le petit caporal s'est assis là où vous êtes ! » Les personnages de L'Envers de l'histoire contemporaine sont directement en conflit avec Napoléon. Mlle de la Chanterie est royaliste comme sa mère « et ne reconnaissait la domination de Napoléon que comme une plaie que la Providence infligeait à la France en punition des attentats de 1793. » Dans le procès qui lui est fait c'est Bernard-Jean-Baptiste Macloud, baron de Bourlac, gendre du général Tarlovski, polonais, officier d'ordonnance de l'Empereur, qui requiert contre elle. Et Napoléon, qui a beaucoup d'obligations au baron Bourlac, lui donne une tabatière enrichie de diamants. Bourlac reste fidèle à l'Empereur, et, tombé dans la misère, son antichambre n'en demeure pas moins garnie d'un portrait de l'Empereur par Horace Yernet. Le conflit est pareil dans Une ténébreuse affaire. Si, dans L Envers de l'Histoire contemporaine, Balzac a déguisé, sous la fiction romanesque, l'affaire très authentique de Mme Aquet de Ferolles, il a de même masqué, dans Une ténébreuse affab-e, le nom des auteurs de l'enlèvement du sénateur Clément de Ris, autre ati'aire judiciaire retentissante de l'Empire. Clément de Ris y est devenu Malin (deN l'Aube), ancien conventionnel, conseiller d'Etat, et ami du Premier Consul.
Malin arrive dans ses terres à l'iinproviste, « absolument comme le Premier Consul. » Si Bonaparte
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avait manqué le 18 brumaire. Malin n'eût pas hésité à le faire fusiller. Comme Mlle de la Chanterie, l'héroïne d Une ténébreuse affaire a contre l'Empereur une haine vigoureuse et forte. « Cet homme, dit Mlle de Cinq-Cygne, nous a fait plus de mal avec sa cour que la Révolution avec sa hache. » Elle ne pense qu'au renversement de l'usurpateur « dont l'ambition et le triomphe avaient excité chez elle comme une rage, mais une rage froide et calculée. » Quand elle s'abat sur le prie-Dieu de son oratoire, c'est pour supplier le Seigneur « de prêter aide et secours aux meurtriers de Bonaparte. » Parmi ces meurtriers, ses cousins, MM. d'Hauteserre. se sont engagés. S'il leur arrivait quelque malheur elle succomberait. « Non, reprend-eile, je vivrais assez pour tuer Bonaparte. » Cependant Napoléon a fait grâce à ses cousins, tout en les plaçant sous la surveillance de la haute police. « L'Empereur des Français est un homme assez mal élevé qui n'a pas encore l'habitude de faire grâce, » se contente d'observer Mlle de Cinq-Cygne. Et, parlant de Napoléon aux avocats des gracié?, Talleyrand leur dit : « Notre souverain a prodigieusement d'amour-propre.... C'est un grand soldat qui doit changer les lois de l'espace et du temps ; mais il ne saurait changer les hommes et il voudrait les fondre à son usage. » Une ténébreuse affaire se déroule pendant le splendide automne de 1803, et le peuple commençait « à établir entre le ciel et Bonanarte, alors déclaré Consul à vie, une entente à laquelle cet homme a dû l'un de ses prestiges; et, chose étrange !
le jour où, en 1812, le soleil lui manqua, ses prospérités cessèrent. » C'était l'époque de « la mode des habits en queue de morue, » laquelle « a duré dix ans, presque autant que l'Empire de Napoléon. » Comme dans Une ténébreuse affaire, Napoléon est directement mis en scène dans Le Colonel Chabert. A Eylau, il apprend la mort de Chabert. « Il m'aimait un peu le patron! » dit le colonel. Et, « le patron » envoie deux chirurgiens pour essayer de le sauver disant : « Allez donc voir, si, par hasard, mon pauvre Chabert vit encore! » Chabert a donc raison de dire : « J'avais un père, l'Empereur ! » Comme on le croit mort, Napoléon rend, par décret, à la veuve Chabert, ce qui revient au Domaine sur l'héritage du colonel, lui fait présenter ses condoléances par un aide de camp et cherche à s'attacher le comte Ferraud, le second mari de Mme Chabert, en lui faisant promettre un ministère, unesénatorie, et, quoique ayant échoué dans ses avances, consent à signer au contrat de mariage de la veuve de « son pauvre Chabert. » Balzac s'est incarné dans d'Arthez, aussi d'Arthez jeune « avait offert une vagué ressemblance avec Bonaparte général. » (Les secrets de la princesse de Cadignan.) Le banquier Aldrigger, dans La maison Nucingen, est fait baron par Napoléon, ce qui fît qu'il se passionna pour le grand homme qui l'avait titré et, qu'entre 1814 et 1815, « il se ruina pour avoir pris au sérieux le soleil d'Austerlitz. » Nucingen, lui, quoique dans certaines spéculations il masse ses valeurs « comme Napoléon massait ses troupiers, »
Talli- ykand. Prince df. Benevext et Ministre ui> Au aires Extérieures.
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n'admire pas outre mesure l'Empereur. Il dit à Bixiou « que Bonaparte avait été bête comme un bourgeois dans ses premières relations avec Joséphine et qu'après avoir eu le courage de la prendre comme un marchepied, il avait été ridicule en voulant faire d'elle une compagne. » Nucingen a auprès de lui un loup-cervier, Du Tillet, lequel a une finesse qui ressemble, « comme le disait Napoléon de je ne sais qui, à du coton filé trop fin, il casse. » A la vieille princesse de Blamont-Ghauvry, Napoléon rend « cent cinquante mille livres en bois. » [La Duchesse de Langeais.) On voit le général Montriveau tenir avec la duchesse de Langeais des conversations pleines « de bêtises, de lieux-communs et de non-sens où il manœuvre, militairement parlant, comme eût fait le prince Charles aux prises avec Napoléon. » C'est cette même duchesse qui, spirituellement, dit au même Montriveau : « La petite vérole est notre bataille de Waterloo. » Le héros d'Honorine, le comte Octave, dévoile le secret de son amoureuse passion et dit : « J'aime en poète et en empereur ! » parce que « trois jours avant l'arrivée de Marie-Louise, Napoléon s'est roulé dans son lit de noces à Compiègne. » A un souper chez le comte Octave, le curé des Blancs-Manteaux affirme que : « Napoléon a eu un Conseil d'Etat pénétré de tendresse pour la femme coupable d'adultère. » Balzac s'est chargé de répondre à ce prêtre par sa lettre du 15 novembre 1838 à Mme Hanska. Dans L'interdiction, il nous montre Jeanrenaud, de la Garde
Impériale, « un soldat flatteur pour Napoléon, » Popinot, qui lors de la réorganisation de la justice on 180G, par Napoléon, est inscrit un des premiers' pour aller siéger à la Cour Impériale; Rastignac, « jeune condottiere de l'intelligence, » qui est, comme Napoléon, condamné à toujours livrer bataille en sachant qu'une seule défaite était le tombeau de sa fortune. » Croizeau, dans Un homme d'affaires, a été le carrossier des sœurs de Napoléon. « Il les avait souvent tourmentées pour ses factures, » ce qui, plus tard, lui permit de se vanter d'avoir « eu des relations avec la famille impériale. » Le provincial Gazonal, dans Les comédiens sans les avoir, déclare que « notre industrie combat l'industrie du continent à coups de malheurs, comme, sous l'Empire, Napoléon combattait l'Europe à coups de régiments. » C'est au Premier Consul que Facino Cane, ayant découvert les trésors des doges de Venise dans son cachot, adresse des notes pour les faire saisir. (Facino Cane.) « A l'instar de Napoléon, Gaudissart a son étoile et n'aura point de Waterloo! » se vante L'Illustre Gaudissart, ce qui, pour qui connaît la fin de l'histoire, est bien s'avancer. Ce bulletin de victoire anticipé, il le date de la Touraine où « Boucicault est le Napoléon de son temps. »
Le mérite est double pour Boucicault, car, dans la Touraine, « cette Turquie de la France, fussiez-vous ambitieux comme l'était Napoléon, » une force d'heureuse paresse convertit en rêves vos projets orgueilleux. Ainsi que Mme Hanska, Mme de laBau-
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draye, de La Muse du département, collectionne les autographes, et, dans son album, elle a « une lettre excessivement courte de Napoléon. » Sur ce même album, le médecin Bianchon note cette pensée : « Ce qui distingue Napoléon d'un porteur d'eau n'est sensible que pour la société, cela ne fait rien à la nature. Aussi la démocratie qui se refuse à l'inégalité des conditions, en appelle-t-olle sans cesse à la nature. » MmedeBaudraye a-t-elle compris? Balzac prise fort cette subtilité dans l'éloge. « La ville de Paris a son grand màt de bronze sculpté de victoires, et pour vigie Napoléon, » dit-il dans la Fille aux yeux d'or. Et, dans Je même épisode, il assure que le peuple de Paris a « ses Napoléons inconnus. » C'est là encore qu'il salue en Napoléon le « grand roi, » lequel en appela toujours aux jeunes gens pour mener ses desseins. Ainsi en use Jacques Collin, dit Vautrin, dit Trompe-la-Mort, le Bonaparte des coquins et le banquier des bagnes, à l'égard du jeune Rastignac échoué au cloaque de la mère Vauquer. Vautrin, pour appuyer son raisonnement, pour montrer à Rastignac la lutte qu'il aura à soutenir contre l'envie et la médiocrité, cite, naturellement, l'exemple de Napoléon, lequel « a rencontré un ministre de la guerre qui s'appelait Aubryet qui a failli l'envoyer aux colonies, » ce qui, historiquement parlant, n'est peut-être pas tout à fait exact. De même pour Bianchon qui fortifie ses conseils à Rastignac par cet exemple : « Napoléon ne dînait pas deux fois et ne pouvait pas avoir plus de maîtresses qu'en prend un
étudiant en médecine quand il est interne aux Capucins. » Et comme Z. Marcas qui, en arrivant à Paris, « nouveau Bonaparte chercha son Barras, » et, plus tard, « semblable à Napoléon tombé, n'avait besoin que de trente sous par jour, » comme Z. Marcas cite avec une évidente complaisance ce grand nom! « La femme éteint toute activité, toute ambition, proclame-t-il, Napoléon l'avait réduite à ce qu'elle doit être. Sous ce rapport il a été grand, il n'a pas donné dans les ruineuses fantaisies de Louis XIY et de Louis XV; mais il a néanmoins aimé secrètement. » Napoléon paraît avoir été moins grand à Z. Marcas, à Sainte-Hélène, car « une fois sur son rocher [il] a babillé comme une pie, il a voulu s'expliquer. » Z. Marcas reprend une pensée de La Fille aux yeux d'or : « Louis XIV, Napoléon, l'Angleterre étaient et sont avides de jeunesse intelligente1. » Et cependant, ce courageux et fameux Z. Marcas a manqué sa vie comme on manque le coche, les plus grands génies manquant quelquefoislesplusbelles entreprises faute d'un nécessaire billet de mille francs. « C'est l'histoire de Napoléon qui, manquant de bottes, n'est pas parti pour les Indes. » (Z. Marcas.) Au raout de Mlle des Touches, dans Autre étude de femme, le
1. « L'Empereur s'attachail la jeunesse prise dans toutes les classes, en lui offrant des occasions d'agir, de se produire et d'exercer une autorité absolue. » — Mémoires de Madame de Rémusat; 1802-1808; publiés par son petit-fils Paul de Rémusat, sénateur de la Haute-Garonne; Paris, 1880, in-8 ; tome III. p. 98.
fin et profond de Marsay observe que « Napoléon n'a pas deviné les effets de ee code qui le rendait si fier. » Pourquoi? « Cet homme, en créant ses duchesses, engendrait nos femmes comme il faut d'aujourd'hui, le produit médiat de sa législation. » Et le comte Adam Laginski déclare que « organiser, par exemple, est un mot de l'Empire et qui contient Napoléon tout entier. » A travers les quatre extraordinaires épisodes des Splendeurs et misères des courtisanes, l'Empereur continue à servir de point de comparaison. Lucien de Rubempré, désespéré, court, sur la route de Fontainebleau, guetter le passage de la voiture de Clotilde de Grandlieu, — sa dernière chance de victoire. « C'est là, dit-il, ens'asseyant sur une des roches d'où se découvre le beau paysage de Bouron, l'endroit fatal où Napoléon espéra faire un effort gigantesque, Favant-veille de son abdication. » Lucien a pour maîtresse La Torpille : « Cette fille est si attrayante qu'elle aurait engourdi l'Empereur Napoléon, » dit Rastignac à Vautrin, au bal de l'Opéra. A Vautrin, le suicide de Lucien est un coup formidable et désespéré : « Il avait pris le parti fatal que prit Napoléon sur la chaloupe qui le conduisit vers le Bellérophon. » Et, l'âme chavirée, en déroute, toute la nuit il demeure à pleurer sur le cadavre de Rubempré : « Napoléon a connu cette dissolution de toutes les forces humaines sur le champ de bataille de Waterloo. » Au reste, Vautrin est fataliste comme Napoléon. Dans le préau de la Conciergerie l'attendent les trois forçats victimes de ses escroqueries en faveur
Je Lucien. Il apparaît et ils sont vaincus. « Trompela-Mort, de même que Napoléon reconnu par ses soldats, obtenait soumission et respect des trois forçats. » Pour adversaire il a Peyrade, commissaire général de la police à Anvers, où, par ordre de l'Empereur, il fut enlevé, en 1809, et conduit, en chaise de poste, entre deux gendarmes, à Paris. Peyrade fut complètement disgracié pour certaines obscures histoires, car Napoléon « se croyait assez fort pour créer des hommes à son usage. » La famille de Grandlieu, vers laquelle Vautrin a poussé Rubempré, a été « l'objet des coquetteries de l'Empereur » lequel leur rend les domaines de Grandlieu, soit40.000 livres de rentes, — joli denier! A Nucingen, le banquier qui, fort chèrement, l'a achetée, La Torpille dit : « Les hommes ne valent pas la peine d'être aimés, Napoléon les tuait comme des mouches. » Ce même Nucingen, sorti de ses affaires de banque, est un chiffre mort. De là cet aphorisme comparatif : « Le rayonnement du soleil impérial ne doit pas faire tort à l'homme privé, l'Empereur avait du charme ; il était instruit et spirituel. » Enfin, la Comédie Humaine est peuplée de serviteurs, de soldats, de dignitaires de Napoléon. Autre facilité à la citation, au croquis rapide : « Tant que Napoléon resta debout, le comte d'Aiglemont, colonel comme tant d'autres, bon officier d'ordonnance, excellent à remplir une mission dangereuse, mais incapable d'un commandement de quelque importance, n'excita nulle envie, passa pour un des braves que favorisa
l'Empereur et fut ce que les militaires nomment un bon enfant. »
C'est là le héros de La Femme de trente ans, son orgueil, son amour, son désespoir. Attaqué par un corsaire, près de Bordeaux, il s'exclame : « Ah! brigands! vous ne jetterez pas à l'eau comme une huître un ancien troupier de Napoléon ! » Et il a la vie sauve. Bartolomeo di Piombo, de La Vendetta, d'une probité sévère, ne doit « son plumage de baron qu'à la nécessité dans laquelle Napoléon s'était trouvé de lui donner un titre en l'envoyant dans une cour étrangère. » Il a une fille, Ginevra, laquelle « aimait Napoléon avec idolâtrie, » et, dans l'atelier de Servien, où elle apprenait la peinture, exerçait « un prestige presque semblable à celui de Bonaparte sur ses soldats. » Elle épousa, par la suite, Luigi Porta qui « combattait à quatre pas de l'Empereur à Mont-Saint- Jean. » Le Médecin de campagne est rempli de pareils personnages, de ces « figures républicaines » qui impressionnent si vivement Balzac. Ainsi le commandant Pierre-Joseph Genestas, une « des meilleures lames de Napoléon, » de plus « espèce de Bayard sans faste, » était un de ces soldats pour qui « l'étonnement est une sensation que Napoléon semble avoir détruite. » Balzac donne sur lui les plus pittoresques détails : « Quand Napoléon écrivit à Schoënbrunn, le 13 mai 1809, dans le bulletin adressé à la Grande Armée, maîtresse de Vienne, que comme Médéc, les princes autrichiens avaient, de leurs propres mains, égorgé leurs enfants, Genestas, nouvellement
nommé capitaine, ne voulut pas compromettre la dignité de son grade en demandant ce qu'était Médée; il s'en reposa sur le génie de Napoléon, certain que l'Empereur ne devait dire que des choses officielles à la Grande Armée et à la Maison d'Autriche; il pensa que Médée était une archiduchesse de conduite équivoque. Néanmoins, comme la chose pouvait concernerl'art militaire, il fut. inquiet de la Médée du bulletin jusqu'au jour où Mlle Raucourt fit reprendre Médée. Après avoir lu l'affiche, le capitaine ne manqua pas de se rendre le soir au Théâtre-Français, pour voir la célèbre actrice dans ce rôle mythologique, dont il s'enquit à ses voisins1. » C'est le commandant Genestas qui dit au docteur Bénassis : « Si vous aviez vu l'Empereur manœuvrant pendant la campagne de France, vous l'auriez facilement pris pour un dieu, et s'il a été vaincu à Waterloo c'est qu'il était plus qu'un homme, il pesait trop sur la terre, et la terre
1. Voici le passage de tordre du jour du 13 mai 1809 auquel Balzac fait allusion : « Un mois après que l'ennemi a passé l'Inn, au même jour, à la même heure, nous sommes entrés dans Vienne. Ses landwehrs, ses levées en masse, ses remparts créés par la rage impuissante des princes de la Maison de Lorraine, n'ont point soutenu nos regards. Les princes de cette maison ont abandonné leur capitale, non comme des soldats d'honneur qui cèdent aux circonstances et aux revejrs delà guerre, mais comme des parjures que poursuivent leurs propres remords. En fuyant de Vienne, leurs adieux à ses habitants ont été le meurtre et l'incendie; comme Médée, ils ont, de leur propre main, égorgé leurs enfants. » — Campagnes de Napoléon Bonaparte depuis la bataille d'Austerlilz jusqu à la première abdication; Paris, 1821, in-8, tome II, p. 162.
a bondi sous lui, voilà. » Ce dieu, Napoléon a failli l'être : « Avec le peuple il faut toujours être infaillible. L'infaillibilité a fait Napoléon, elle en eut fait un dieu, si l'univers ne l'avait entendu tomber à Waterloo. » Quoique déchu, le dieu a sa religion dans le village ressuscité parle bon docteur Bénassis. « Napoléon seul y avait jeté son nom: il y est une religion, grâce à deux ou trois vieux soldats du pays revenus dans leurs foyers, et qui, pendant les veillées, racontent fabuleusement à ces gens simples les aventures et cet homme et de ses armées. » Un de ces braves est le fantassin Goguelat que Napoléon, luimême, a décoré sur le champ de bataille de Valoutina. L'autre est l'artilleur Gondrin que l'Empereur a embrassé à la Bérésina. Il en est un, le braconnier Butifer, qui serait devenu général « si Napoléon était revenu. » Quand meurt i'évangélique Bénassis, Goguelat prononce son oraison funèbre : « C'est, sauf les batailles, le Napoléon de notre vallée. » Dans Le Médecin de campagne reparaît une pensée déjà trouvée dans les lettres à Mme Hanska et Z. Marcas : « En apprenant les discussions qui s'élevèrent lors de sa chute, au sujet de sa pension, Napoléon •lisait n'avoir besoin d'un cheval et d'un écu par jour. » Aussi rigoureusement fidèles dans leurs souvenirs que les personnages du Médecin de campagne le sont ceux d'Un ménage de garçon (La Rabouilleuse). Voici Bridau, l'honnête fonctionnaire, le « grand citoyen obscur, » dont l'Empereur dit : « Justum et tenacum. » Mme Bridau, devenue
veuve, orne son salon d'un portrait colorié de l'Empereur par Vernet. Son iils Philippe est « du bois dont son Empereur faisait les maréchaux. » — « Vous aimez toujours l'Empereur? » lui demande le journaliste Finot. Et Philippe de ré" pondre : « 11 est mon Dieu. » Philippe a porté des ordres de l'Empereur à Montereau, c'est pourquoi, dit son frère Joseph, « il se croit un grand militaire et obligé de faire la grimace aux Bourbons. » 11 consent à marcher avec des bottes sans talons « quand on pense que Napoléon est à Sainte-Hélène et vend son argenterie pour vivre. » A quoi son frère Joseph riposte qu'on « peut aimer l'Empereur et faire sa toilette. » Philippe vit au milieu d'un monde de demi-soldes rudement brossé par le romancier. Il en est qui méditent d'enlever l'Empereur de Sainte- Hélène dans un bateau sous-marin. L'un d'eux, Coloquinte, qui a suivi Bonaparte en Egypte et perdu un bras à Montereau, finit employé dans un petit journal libéral de la Restauration. Compromis dans une conspiration militaire, Philippe Bridau est envoyé en surveillance à Issoudun. Lugubre ville! « Issoudun aurait engourdi Napoléon. » Les anciens militaires qui y sont retirés célèbrent tous les ans, par un banquet, l'anniversaire du couronnement de l'Empereur. Naturellement on y boit à « sa » santé, à ceux qui on tenté de rétablir « son » fils, « son petit. » Philippe s'y prend de querelle avec un autre demisolde, Maxence Gillet, lequel n'est qu'une canaille. Cependant « s'd n'eut pas été arrêté dans sa carrière
par la captivité [sur les pontons anglais], certes l'Empereur aurait eu dans ce garçon un de ces hommes si nécessaires à de vastes entreprises. » (rillet conserve précisément par devers lui un fusil de chasse, « chef-d'œuvre de la manufacture de Versailles, » donné par l'Empereur. Gillet, tué en duel par Philippe, sa maîtresse, la Rabouilleuse, tombe sous la domination de Bridati « comme la France était tombée sous celle de Napoléon. » Enfin,
Le Lys dans la vallée
Mais, aussi bien, ne suffît-il pas? Et ce n'est point la Comédie Humaine tout entière que j'ai entrepris de résumer ici.
Cette sommaire revue de l'œuvre de Balzac a montré l'empire du génie napoléonien sur le fécond cerveau. Sans le vouloir, et peut-être sans le savoir, il a, de livre en livre, au hasard des souvenirs recueillis et des scènes imaginées, écrit une manière d'histoire de Napoléon et de la Grande Armée. Cette histoire, aucun fil ne la relie, elle est en lambeaux et par fragments, et, nécessairement, son ensemble échappe au lecteur, aussi attentif soit-il. On a donc entrepris de reconstituer ici cette histoire d'un homme et d'un temps dit, dans Le Cousin Pons, une « magnifique et grandiose époque. » De l'œuvre touffue de Balzac on a pris soin de dégager les épisodes capitaux, formant une scène à eux seuls. M. Edmond
Biré, dans son étude sur le romancier, avait indiqué quelques-uns de ces fragments. On en a trouvé d'autres, que voici, réunis ici dans l'ordre chronologique de l'histoire impériale. Gomme plusieurs font corps avec le récit dont on les a détachés, on a cru utile de les éclairer par des notes précises et des indications essentielles. Aussi bien la vigueur des récits, leur coloris, leur émotion, les dispense de commentaires superflus. M.Henry Houssaye avait imaginé un Napoléon Le Grand par Victor Hugo. A la haute mémoire de celui qui reconstitua la société française au lendemain de la Terreur, c'était Là l'hommage de la poésie. L'hommage de la prose on le donne aujourd'hui, et il ne cède point en magnificence aux pages en éclairs et en flammes arrachées aux Orientales, à La Légende des siècles, h l'Année Terrible. De, la fosse où il gît, dans le haut cimetière plein de maréchaux et de grognards, Balzac le dicte à nos temps sans foi. Nous avons besoin encore d'écouter la voix de nos morts.
Hector Fleischmann.
Paris, 2 décembre 1912.
PAR