UN BAL SOUS L EMPIRE
sa suite, magnifique essai de la puissance qu'il déploya plus tard à Dresde.
Jamais, au dire des contemporains, Paris ne vit de plus belles fêtes que celles qui précédèrent et suivirent le mariage de ce souverain avec une archiduchesse d'Autriche. Jamais, aux plus grands jours de l'ancienne monarchie, autant de têtes couronnées ne se pressèrent sur les rives de la Seine, et jamais l'aristocratie française ne fut aussi riche ni aussi brillante qu'alors. Les diamants répandus à profusion sur les parures, broderies d'or et d'argent des uniformes contrastaient si bien avec l'indigence républicaine, qu'il semblait voir les richesses du globe roulant dans les salons de Paris. Une ivresse générale avait comme saisi cet empire d'un jour. Tous les militaires, sans en excepter leur chef, jouissaient en parvenus des trésors conquis par un million d'hommes à épaulettes de laine dont les exigences étaient satisfaites avec quelques aunes de ruban rouge. A cette époque, la plupart des femmes affichaient cette aisance de mœurs et ce relâchement de morale qui signalèrent le règne de Louis XV. Soit pour imiter le ton de la monarchie écroulée, soit que certains membres de la famille impériale eussent donné l'exemple, ainsi que le prétendaient les frondeurs du faubourg Saint-Germain, il est certain que, hommes et femmes, tous se précipitaient dans le plaisir avec une intrépidité qui semblait présager la fin du monde. Mais il existait alors une autre raison de cette licence. L'engouement des femmes pour les militaires devint
comme une frénésie et concorda trop bien avec les vues de l'Empereur, pour qu'il y mit un frein. Les fréquentes prises d'armes, qui firent ressembler tous les traités conclus entre l'Europe et Napoléon à des armistices, exposaient les passions à des dénoùments aussi rapides que des décisions du chef suprême de ces kolbaks, de ces dolmans et de ces aiguillettes qui plurent tant au beau sexe. Les cœurs furent donc alors nomades comme les régiments. D'un premier à un cinquième bulletin de la Grande Armée, une femme pouvait être successivement amante, épouse, mère et veuve. Etait-ce la perspective d'un prochain veuvage, celle d'une dotation, ou l'espoir de porter un nom promis à l'histoire, qui rendirent les militaires si séduisants'.' Les femmes furent-elles entraînées vers eux par la certitude que le secret de leurs passions serait enterré sur les champs de batailles, ou doit-on chercher la cause de ce doux ianatisme dans le noble attrait que le courage a pour elles? Peut-être ces raisons, que l'historien futur des mœurs impériales s'amusera sans doute à peser, entraientelles toutes pour quelque chose dans leur facile promptitude à se livrer aux amours. Quoi qu'il en puisse être, avouons-le-nous ici : les lauriers couvrirent alors bien <\>'> fautes, les femmes recherchèrent avec ardeur ces hardis aventuriers qui leur paraissaient de véritables sources d'honneurs, de richesses ou de plaisirs, et aux yeux des jeunes filles, une épaulette, cet hiéroglyphe futur, signifia bonheur • ■I Liberté. Un trait de cette époque unique dans nos