‹ NapoléonChapitre 24 sur 39 · IN BAL SOUS L EMP1KE · texte numérisé non relu

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annales, et qui la caractérise, fut une passion effrénée pour tout ce qui brillait. Jamais on ne donna tant de feux d'artifice, jamais le diamant n'atteignit à une si grande valeur. Les hommes, aussi avides que les femmes de ces cailloux blancs, s'en paraient comme elles. Peut-être l'obligation de mettre le butin sous la forme la plus facile à transporter mit-elle les joyaux en honneur dans l'armée. Un homme n'était pas aussi ridicule qu'il le serait aujourd'hui, quand le jabot de sa chemise ou ses doigts offraient aux regards de gros diamants. Murât, homme tout oriental, donna l'exemple d'un luxe absurde chez les militaires modernes.

Le comte de Gondreville, qui se nommait jadis le citoyen Malin et que son enlèvement rendit célèbre, devenu l'un des Lucullus de ce Sénat conservateur qui ne conserva rien, n'avait retardé saleté eni'honneur de la paix que pour mieux faire sa cour à Napoléon en s'efforçant d'éclipser les flatteurs par lesquels il avait été prévenu. Les ambassadeurs de toutes les puissances amies de la France sous bénéfice d'inventaire, les personnages les plus importants de l'Empire, quelques princes même étaient en ce moment réunis dans les salons de l'opulent sénateur. La danse languissait, chacun attendait l'Empereur, dont la présence était promise par le comte. Napoléon aurait tenu parole sans la scène qui éclata le soir même entre Joséphine et lui, scène qui révéla le prochain divorce de ces augustes époux. La nouvelle de cette aventure, alors tenue fort secrète, mais que l'histoire

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recueillait, ne parvint pas aux oreilles des courtisans, et n'influa par autrement que par l'absence de Napoléon sur la gaieté de la fête du comte de Gondreville. Les plus jolies femmes de Paris, empressées de se rendre chez lui sur la foi du ouï-dire, y faisaient en ce moment assaut de luxe, de coquetterie, de parure et de beauté. Orgueilleuse de ses richesses, la Banque y défiait ces éclatants généraux et ces grands officiers de l'Empire nouvellement gorgés de croix, de titres et do décorations. Ces grands bals étaient toujours des occasions saisies par de riches familles pour y produire leurs héritières aux yeux des prétoriens de Napoléon, dans le fol espoir d'échangerleurs magnifiques dots contre une faveur incertaine. Les femmes qui se croyaient assez fortes de leur seule beauté venaient en essayer le pouvoir. Là, comme ailleurs, le plaisir n'était qu'un masque. Les visages sereins et riants, les fronts calmes y couvraient d'odieux calculs; les témoignages d'amitié mentaient, et plus d'un personnage se défiait moins de ses ennemis que de ses amis. Ces observations étaient nécessaires pour expliquer les événements du petit imbroglio, sujet de cette scène, et la peinture, quelque adoucie qu'elle soit, du ton qui régnait alors dans les salons de Paris.

« En passant sur la mer nous prenons Malte comme une orange. »

(Vignette par A. Lorentz, pour une édition romantique de l'Histoire de l'Empereur racontée dans une grange par un vieux soldat.)

Ce formidable épisode de la campagne de 1812 semble avoir particulièrement hanté Balzac. A plusieurs reprises il y est revenu, comme dans Le Médecin de campagne et Autre Etude de femme. La description la plus émouvante qu'il en a faite se trouve clans une nouvelle peu connue, intitulée Adieu et perdue parmi les Etudes philosophiques, la partie la moins lue de l'œuvre du romancier. Chassant un jour, aux environs de l'Isle-Adam, avec le marquis d'Albon, le général baron Philippe de Sucy aperçoit, clans le parc abandonné d'un château presque en ruine,

une folle murmurant : « Adieu » 11 reconnaît en elle

Mme Stéphanie de Yandières, sa maîtresse, qu'il sauva, en 1812, lors du passage delà Bérésina, et devenue folle à la suite des scènes horribles de cet épisode. Mme de Yandières est soignée par un de ses oncles, médecin, dans cette solitude. C'est cet oncle qui, au marquis d'Albon, fait le récit de la tragique journée.

En quittant, sur les neuf heures du soir, les hauteurs de Studzianka, qu'il avait défendues pendant

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